Journal de Marthe Robin version numérique

© Editions Foyer de Charité

 

Cette version numérique du Journal de Marthe Robin permet d’accéder aux sources que Marthe a utilisées dans l’état actuel de nos connaissances. Marthe a beaucoup lu. En décembre 1928, les capucins de la mission paroissiale lui ont demandé de compléter ses lectures pour l'aider à comprendre les expériences mystiques qu'elle vivait. Elle l'a fait. Son Journal, écrit à la même époque, par obéissance, pour son curé, est à 90% son « bien propre ». On y trouve des réminiscences inspirées par ses lectures et par une mémoire étonnante. Pour mieux exprimer ce qu’elle vivait, Marthe s’est s’appuyée sur les ouvrages qu’elle lisait. Elle a retravaillé ce qu’elle avait mémorisé et fait quelques rares emprunts mots à mots (6 ou 7) sans les retoucher. Des revues de spiritualité, des hymnes, litanies, chants et antiennes de son époque ont aussi inspiré ses écrits parsemés de références à l’Ecriture Sainte. Marthe ne s'approprie rien. Thérèse de l’Enfant Jésus, qu’elle cite fréquemment, ne disait-elle pas : « S’il m’arrive de penser et de dire une chose qui plaise à mes sœurs, je trouve tout naturel qu’elles s’en emparent comme d’un bien à elles : cette pensée appartient à l’Esprit Saint et non pas à moi, puisque saint Paul assure que nous ne pouvons, sans cet Esprit d’amour, donner à Dieu le nom de Père » (Histoire d'une âme, p.178-179). Pour plus de détails sur toutes les réminiscences dans le Journal de Marthe Robin reportez-vous ici à l’introduction de ce même Journal (p. 7-30 dans l’édition version papier). Il est précieux de consulter cette introduction pour percevoir comment le langage mystique « juxtapose les contrastes », joie et souffrance comme 2 barreaux d’une échelle qui monte au ciel. (p 18-24).

  

Dans cette version numérique, les principales références bibliques sont signalées avec un surlignage sur fond rosé, et les autres souvenirs de ses lectures (réminiscences littéraires) sont signalées avec un fond bleuté. En laissant la souris ou le dispositif de pointage sur les réminiscences ou sur les citations Bibliques surlignées, des info-bulles vous donnent un premier niveau d’information et correspondent aux notes de l’ouvrage de référence en édition papier. En cliquant sur ces zones colorées, la version numérique vous permet d’accéder aux sources (Bibliques, ouvrages,…) dans un nouvel onglet de votre navigateur Web. Un clic droit vous permet d’ouvrir la source dans une nouvelle fenêtre plutôt que dans un onglet pour effectuer une comparaison des textes. Un index Biblique et un index par date viennent compléter l’édition papier. Le Journal complet comporte 3 cahiers qui sont donnés en séquence dans le fichier principal dont vous faites actuellement la lecture, vous trouverez en cliquant ici, une description précise de ces cahiers et en cliquant ici, quelques détails sur les conventions utilisées pour aider votre lecture. En cliquant sur les liens ci-après, vous accédez directement à ce qu’ils indiquent :

 

1)  l’index Biblique,

2)  le deuxième cahier,

3)  le troisième cahier,

4)  l’index par date,

5)  un guide pour une utilisation avancée.

 

 

 

Tout pour l’amour de Dieu

pour l’honneur de la sainte Eglise

et le salut des âmes

 

 

Gloire à Dieu... Joie au prochain... Sacrifice pour moi.

 

Aimer Jésus, aimer les âmes pour leur faire aimer Jésus.

 

Ma vie se consume sans fin, dans les douleurs, les épreuves, les déchirements de toutes sortes, dans l’oraison, l’abandon d’amour.

Ma vie est tout entière à Dieu pour les âmes! Tout entière à Jésus enfant, à Jésus agonisant et crucifié, à Jésus-Hostie, pour l’amour des âmes... tout entière aux âmes pour l’amour de Jésus.

 

Je brûle du désir immense de donner à tous, de communiquer à tous les flammes ardentes de mon amour pour Jésus, et pour Jésus crucifié, et de la charité infinie qu’il répand en mon âme en faveur de chacun et de tous.

 

 

Les seize diamants pour atteindre la plus haute perfection

 

Amour de Dieu – amour du prochain – chasteté – pauvreté – pureté – obéissance – patience – humilité – renoncement – douceur – assistance aux offices – fidélité à l’oraison – mortification intérieure – confiance – silence – paix.

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Conseils pour avancer dans la voie de la perfection

 

1. Plus on foule aux pieds, plus on se dépouille des vaines jouissances du monde et de tout ce qui vient de lui, plus on pénètre les choses divines et plus on est à même de comprendre les hautes vérités et d’amasser ainsi de grands trésors spirituels.

 

2. Mourir à tout fait trouver la vie en Dieu! N’enchaînons ni notre cœur ni nos pensées aux créatures, si nous voulons conserver souverainement pure la face du divin Rédempteur dans notre âme. C’est au fur et à mesure que nous nous détachons du créé que nous jouissons des lumières divines, car Dieu ne peut être comparé en rien aux créatures. Il est bien à plaindre, celui à qui Dieu ne suffit pas.

 

3. Le mal est un poison perfide, fuyons-le, écartons-nous de lui comme d’un gouffre affreux. Avec un saint courage, pratiquons le bien de tout notre cœur, de toutes nos forces, allons toujours au plus parfait, et la confiance, la paix rayonnera dans nos âmes.

 

4. Le plus grand honneur que nous puissions rendre à Dieu est de le servir dans toute la perfection de l’Evangile: toute pratique qui s’en éloigne n’est d’aucun mérite pour l’âme et d’aucune récompense.

 

5. Souvenons-nous bien que les biens et les maux n’arrivent qu’avec la permission de Dieu, et ainsi nous n’aurons ni orgueil ni découragement dans le bonheur comme dans l’adversité. Acceptons tout de la main de Celui qui est la toute Bonté. Puisque nous recevons les biens de la main du Bon Dieu, pourquoi ne recevrions-nous pas les maux, permis pour notre bien, qui nous viennent de lui?

 

6. Qu’elle est chérie du Cœur de Jésus, l’âme humble et pure qui s’immole, qui s’abîme dans son propre néant et qui s’abandonne sans réserve dans la confiance et l’amour du Tout. Pourquoi vouloir se gouverner soi-même quand on a donné sa volonté à Dieu?

 

7. Pour être heureux, il faut remettre à Jésus la clef de sa volonté, pour aller à lui entièrement libre et bien résolu à tout quitter pour le suivre; c’est alors que, nous prenant par la main, il transformera nos désirs en effets. Après avoir embrassé la Croix, si nous ne nous sentons pas la force de laisser le divin Rédempteur la mettre sur nos épaules, comme les filles de Jérusalem mêlons au moins nos larmes à ses douleurs; à l’exemple de sainte Véronique, réparons par nos prières et par nos sacrifices les outrages, les mépris, les affronts faits à son amour.

 

8. Qui se relâche dans les exercices spirituels et trouve gênant le joug du Seigneur est, hélas, bien près de la chute. Pénétrons-nous bien de cette vérité, et qu’elle nous engage à nous tenir sur nos gardes.

 

9. N’oublions pas que nous n’avons été faits chrétiens que pour devenir saints: c’est pourquoi nous devons travailler sans trêve, sans relâchement à nous perfectionner dans le service et l’amour de Dieu.

 

10. En toutes choses, dans toutes nos œuvres, n’ayons que notre sanctification et la gloire de Dieu en vue; sans cela nous ne recueillerons ni profit, ni avancement, ni mérite. Quelle perte plus irréparable, quel aveuglement plus grand, quelle ruine plus navrante que montrer de l’attachement pour ce qui n’est que poussière, que vaine fumée!

 

11. Travaillons sans relâche, sans arrêt, à vaincre notre nature, et nous avancerons plus vite dans la belle voie de Dieu, que par le secret contentement de jeûner au pain et à l’eau.

 

12. N’abandonnons jamais le pieux exercice de l’oraison, quand même nous n’y trouverions que sécheresses et souffrances, quand même notre esprit y serait en proie à de terribles et pénibles distractions. Que ceci au contraire nous engage à persévérer, car très souvent Dieu veut éprouver jusqu’où nous avons embrassé la Croix. N’oublions pas que nous ne devons en rien rechercher notre satisfaction, mais plaire à Dieu et nous perfectionner. L’âme doit avoir à cœur de sortir bien humble de l’oraison; c’est alors que le démon, comprenant qu’il ne gagne rien, ne renouvellera que très rarement ses artifices. L’humilité appelle la confiance. Plus l’humilité descend, plus la confiance monte, plus l’âme s’élève à l’amour.

 

13. Trouver du dégoût dans l’oraison et la négliger, c’est armer contre nous l’Esprit infernal et l’armer des armes mêmes avec lesquelles nous devrions nous défendre de lui. Pour l’oraison, le Seigneur veut des âmes bien dociles et bien fidèles et bien souples, ne se confiant nullement, aucunement en elles-mêmes. Veillons et prions pour ne pas passer de la sécheresse à la tiédeur.

 

14. N’aspirons ni aux révélations, ni aux communications surnaturelles, mais que notre âme ne soit éprise que de la véritable perfection, en dehors de toute consolation. Servons-nous uniquement, aveuglément, de notre vrai guide – la foi – pour voler à l’union, à l’amour.

 

15. La souffrance est la voie la plus laborieuse, mais elle est la plus sûre, la plus méritante aussi. C’est la voie du Seigneur. Il nous a lui-même montré ce chemin comme étant celui de la plus haute perfection quand il a dit: «Je frapperai ceux que j’aime; tous mes amis auront part à mes souffrances et ­partageront ma Croix».

 

16. Si les âmes connaissaient le prix de la souffrance et de l’humilité pour acquérir des vertus et travailler au salut des âmes, elles ne chercheraient ni ne voudraient avoir des consolations en rien. Les souffrances de la vie ne sont que de peu de durée, les trésors qu’elles nous font amasser sont pour l’éternité.

 

17. Aucune occupation, aucun prétexte ne doit nous faire négliger l’examen de conscience; pour chaque faute nous devons faire acte de réparation. «Cette résolution a l’avantage de raffermir notre volonté de ne plus pécher.»

 

18. Chaque fois que nous nous refusons une satisfaction trop naturelle, le Seigneur, qui est toute bonté, nous le rend au centuple dès cette vie même, tant au spirituel qu’au temporel. Si au contraire nous nous l’agréons et si nous cédons, c’est au centuple que nous éprouvons l’amertume et le remords.

 

19. Nous nous rendons indignes de l’amour de Dieu toutes les fois que nous laissons aller notre cœur à la colère, toutes les fois que nous fermons la porte à la charité et au pardon.

 

20. Ne cherchons pas à savoir ni beaucoup, ni peu, ni rien de ce qu’on pense et dit de nous; pensons à plaire à Dieu et à l’aimer par-dessus toutes choses. Demandons-lui que sa sainte volonté soit faite, mais jamais la nôtre, donnons-nous à lui, c’est là notre devoir.

 

21. L’entière mortification des sens, le détachement absolu du créé est indispensable à l’âme qui veut atteindre la divine union. La doctrine de Jésus Christ nous enseigne le détachement de toute chose afin d’être toujours libres à recevoir le Saint-Esprit dans nos âmes. Le créé tourmente et abaisse. L’Esprit de Dieu purifie et sanctifie.

 

22. Notre perfection n’est réellement possible qu’en raison de nos sacrifices; l’oraison, le silence, la patience, le renoncement, la mortification intérieure et extérieure sont les grands actes par lesquels, avec la confiance en Notre Seigneur Jésus Christ et la divine protection de la Sainte Vierge, nous pouvons arriver à notre fin dernière: l’Amour divin.

  

23. Ne considérons jamais les afflictions et la pauvreté comme des châtiments, mais au contraire accueillons-les comme un trésor de grande valeur, puisque c’est par elles que nous devenons, pour ainsi dire, d’autres Jésus! Quoi de plus vrai et de plus enthousiasmant!

 

24. Aimons Dieu! Aimons aussi notre prochain quel qu’il soit; c’est le commandement formel imposé à tous par Jésus Notre Seigneur. Et aimer de cette façon, c’est aimer en Dieu, donc en toute liberté d’esprit et de cœur. S’il arrive même qu’il se produise un certain attachement, il sera tout divin, parce qu’il n’aura qu’un idéal, qu’un but: Jésus. L’amour du prochain fait grandir en nous l’amour de Dieu, et à mesure que l’âme s’avance en Dieu davantage, elle aime intérieurement le prochain. Cet amour-là est un amour du ciel.

 

25. Dieu nous place au pied de la sainte montagne de l’amour! A nous d’en gravir les hauts sommets sur les pas du doux Jésus et de monter avec lui au Calvaire où l’âme transfigurée, victorieuse de la chair et des sens, est affermie dans l’amour du Dieu vivant.

 

26. Ne rechercher en rien ce que la vie a de meilleur, mais toujours ce qu’elle a de plus parfait. N’avoir qu’une volonté par amour du Christ Rédempteur: celle d’entrer toujours plus avant dans le dépouillement, le dénuement et la pauvreté de tout ce qui n’est pas Dieu. C’est en accomplissant toutes ses actions avec amour, avec grande humilité de cœur, qu’on parvient très vite à la pleine jouissance des joies divines. Que ne fait pas le divin Maître dans une âme confiante et parfaitement abandonnée à sa merveilleuse et souveraine volonté!

 

27. Il est à conclure que toute imperfection, même la moindre, obscurcit la pureté de l’âme et retarde, si elle n’empêche, sa parfaite union avec Dieu.

 

28. Ah! qu’ils seront beaux, qu’ils seront merveilleux, qu’ils seront ineffables, les trésors d’amour dont nous jouirons éternellement dans le ciel! Jésus nous les a fait seulement pressentir; mais la réalité dépassera de beaucoup nos prévisions bornées.

 

Gloire à Dieu au plus haut des cieux!

Le beau miracle, la grande merveille s’est accomplie: «Le ciel cette nuit a visité la terre».

Noël! pour moi c’est la fête des fêtes, celle où le ciel s’unit si magnifiquement à la terre et où l’Enfant-Dieu continue à se faire homme, à naître en chacun de nous, si nous le voulons... si nous l’appelons.

Réaliser ce beau miracle d’amour, c’est connaître la vérité, c’est la vouloir et vivre d’elle.

En cette nuit de Noël, en cette nuit d’amour, je dépose sur le berceau de l’Enfant-Dieu, de Jésus, l’Amour infini mes vœux ardents, mes souhaits nombreux, affectueux, toujours les mêmes pour tous. Vœux et souhaits pour l’âme d’abord qui, avide de vérité, de beauté, d’infini, ne peut être heureuse qu’en cherchant, qu’en connaissant.

«Chercher Dieu.» Cela est certes plus important, plus sérieux, plus grave que tout succès, toute richesse, toute gloire; et pour le trouver, faudrait-il mourir que je dirais encore: cherchons Dieu, cherchons-le quand même. Mais il ne nous demande en général pas tant de mérites, et la possession de ce trésor divin nous est au contraire un grand secours, une grande force morale et même matérielle, tellement il met de beautés, de clartés, de joies dans notre vie. Cela réalisé, c’est la paix, la paix véritable, la paix profonde dans l’âme, quand elle a trouvé Dieu, quand elle répond à l’appel de la grâce. Que ce Dieu si grand devenu si faible, mais toujours aussi puissant, accueille ma prière et accorde à toutes les âmes de bonne volonté la pleine joie de le connaître, de l’aimer et de le servir. Avec cela on a tout, ou du moins on se passe facilement du reste.

 

Gloire à Dieu! Puis-je chanter quelque chose de plus beau? Que Dieu soit connu, aimé, glorifié par tous, que son règne se propage dans les nations chrétiennes et dans les nations païennes, que sa sainte volonté s’accomplisse parfaitement sur la terre et dans le ciel... «Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.» Paix aux hommes sur la terre. Paix aux âmes du purgatoire, ô mon Jésus, donnez-leur le repos éternel et que la lumière qui brille à jamais luise enfin sur elles... qu’elles reposent en paix. Paix à la sainte Eglise et à son chef suprême, notre bien aimé Saint-Père! Que le Seigneur lui donne la sainteté, qu’il le conserve et le garde dans son amour. Paix à mes chers et bons parents, paix à mes bienfaiteurs, daignez leur accorder à tous la vie éternelle en récompense de tous les biens qu’ils me font par amour pour vous. Paix à mes ennemis, aimez-les, ô Jésus, du même amour dont vous m’aimez. Paix aussi à mon âme, ô mon bien-aimé, comblez-moi de l’abondance de vos grâces, satisfaites en moi vos désirs et les miens. Vous aimer beaucoup, vous aimer plus que tout, me fondre en amour, c’est là mon rêve; daignerez-vous le réaliser pleinement, ô mon Seigneur et mon Dieu?

^ 25 décembre 1929 (mercredi)

 

Ô amour! ô mystère! inconcevable, merveilleux mystère: je vis en Dieu; ce n’est plus moi qui vis, mais c’est Jésus, mon bien-aimé Jésus qui vit en moi. Je ne comprends pas pleinement, mais je connais cette joie, cet incomparable mystère!... A lui en soit toute la gloire!...

^ 26 décembre 1929 (jeudi)

 

Je voudrais que toutes les âmes sachent, qu’elles sentent qu’en cette matinée de fin d’année mon cœur demeure fixé sur elles pieusement et avec tendresse.

C’est à Dieu d’abord que je rends grâce, que je demande pitié, pardon, force, courage pour moi, pour tous. Ce tendre et bon Père connaît mes pensées, mes désirs, mes vœux: pour moi, pour chacun et pour tous.

Qu’il soit content, cela me suffit en tout!

Mon âme est tout embaumée des parfums de Marie! Doux parfums de violettes, suaves parfums de lys.

Je me sens de plus en plus attirée par la voie si humble, si parfaite de la Sainte Vierge... Marie Vierge très pure, Reine des martyrs, m’entraîne à sa suite. Il me semble comprendre que Jésus le veut ainsi.

Je me mets donc sous la garde de Jésus, complètement à l’école de la Sainte Vierge, pour pénétrer plus avant, pour mieux comprendre ces grands mystères de foi, d'espérance et de charité.

Ô Vierge fidèle et si pure, en tout et partout mon soutien, mon refuge, mon si pur et si parfait modèle, pénétrez-moi du respect, de l’amour, de l’abandon filial à toutes les volontés du Seigneur, volontés souvent mystérieuses, quelquefois écrasantes, mais toujours miséricordieuses, toujours adorables, toujours toutes pleines d’amour. Apprenez-moi, ô ma Mère, àfuir tout ce qui pourrait en amoindrir, en diminuer la gravité, la sainteté, la grandeur et la beauté.

Vierge pleine de grâce et de sainteté! ô blanc Lys d’amour! vous que le péché n’a jamais effleurée et qui êtes cependant si tendrement miséricordieuse, si maternellement indulgente à nos coupables faiblesses, permettez-moi d’adorer dans vos bras votre bel et divin Enfant, notre ami si cher, notre doux petit Frère; permettez-moi de déposer mon baiser plein d’amour sur ses pieds adorables, sur ses petites mains venues pour bénir, pour absoudre, pour guérir; sur son front où je vois rayonner la divinité; sur son Cœur d’amour, son Cœur dans lequel, je le sais, palpite mon cœur et celui de tous les humains. Apprenez-moi à mieux pénétrer, à mieux comprendre les merveilleux mystères, les grandes leçons de la Crèche et du Calvaire... et demandez pour moi, bonne Mère, à Jésus notre Sauveur, notre divin Rédempteur, de s’emparer de mon cœur, de s’emparer de tout mon être et de ne plus jamais rien me rendre.

Ô Jésus, je vous aime! Ô Jésus je viens, je vais à vous, je m’élance vers vous par la foi... l’espérance... et l’amour! Venez en moi et serrez-moi plus fort chaque jour dans vos étreintes amoureuses.

Que mon année soit à Dieu... et à Dieu seul!...

 

Vierge du bon conseil! Vierge du bon secours! Vierge notre espérance! Vierge médiatrice de toutes grâces, priez pour nous, bonne et charitable Mère, afin que nous nous rendions dignes des promesses admirables de Notre Seigneur Jésus Christ.

^ 31 décembre 1929 (mardi)

 

Servir: Dieu, puis les âmes.

 

Charité

Il est un grand amour, et c’est la charité,

Qui jaillit, ô mon Dieu, de votre Cœur sacré.

C’est la vraie charité... la charité de l’âme

Dédaigneuse du bruit, des louanges, du blâme.

Sans savoir si mes dons seront pour des ingrats

Je veux ouvrir mes mains, ouvrir bien grand mes bras.

Aimer qui me chérit, et chérir ce qui m’aime,

Serait vraiment donner que bien peu de moi-même,

Et si fort que mon cœur puisse en être enflammé

Je veux aimer l’Amour... semer la charité.

Aimer, n’être éprise que de bonté, de douceur, de justice,

Etre ardente et aimante, dans le pur sacrifice.

Oui, l’être pour tous, l’être de tout mon cœur

Avec la volonté d’apaiser, de confondre l’erreur,

Sans séparer jamais le feu avec la flamme,

Je dois, en m’oubliant, faire aimer Dieu aux âmes,

En me donnant pour tous sans cesse et sans compter.

Donner, toujours donner sans vouloir récolter.

^ 31 décembre – 1er janvier 1930 (mardi-mercredi)

 

Ô Père tendre et bon! Ô Dieu unique et parfait! Que ferez-vous de moi cette année?... Où me mènera votre amour?... Quel délai m’imposerez-vous?... Que me demanderez-vous?... Quels imprévus demanderez-vous encore à votre pauvre petite servante, à votre pauvre petite victime?... Je l’ignore... et ne cherche pas à savoir.

Fiat, ô mon Jésus, mon Dieu, fiat et toujours fiat, dans l’amour et le renoncement à tout.

Ô Seigneur, de moi, de tous et par tous, soyez glorifié et béni, maintenant et toujours. Amen.

 

Magnificat anima mea dominum!...

 

Seigneur Jésus! ô mon Maître adoré! en vous seul je veux vivre. C’est par vous, avec vous, en vous que je veux prier, aimer, louer, bénir et glorifier le Père.

 

Comment pourrais-je assez baiser la main chérie qui me frappe, comment pourrais-je assez inonder de larmes d’amour la main bien-aimée qui m’envoie tant de souffrances, qui me fait si longuement souffrir?

 

Mon divin Jésus, que votre amour et votre grâce soient toujours avec moi.

^ 2 janvier 1930 (jeudi)

 

Ô Vierge, ma tendre Mère, pour Jésus qui doit venir, rendez mon cœur humble comme une violette et blanc comme un lys très pur. Pour lui, pour vous, ô ma Mère, mettez du blanc, de l’humilité partout, dans tout mon être.

Oui, pour Jésus je veux mon cœur, je me veux bien humble et bien pure!... C’est son divin désir.

 

Jésus nous accorde de bien douces joies sur la terre, il nous y fait de bien grandes faveurs, il nous comble de grâces sans nombre; mais rien n’égale, rien ne remplace la douce, la pure joie de souffrir pour son amour.

Les félicités, les contentements de la terre n’ont qu’un temps; seule la joie d’avoir donné, de s’être oubliée demeure.

 

Oh! c’est vrai, j’ai l’esprit et le cœur pleins de lumière et de vérité!

Je devrais ouvrir toute grande mon âme sur tant de pauvres humains qui ignorent tout de Dieu, de la vraie vie. Mais je reconnais trop grande mon incapacité physique et morale, je vois trop mes insuffisances.

Ô mon Jésus, comblez tous mes vides... arrachez-moi de moi-même et pour toujours, et comblez-moi de vous, comblez-moi de l’abondance de tous vos biens.

Mon doux Jésus, donnez-moi tout ce que vous voulez que je vous donne... tout ce que vous voulez que je leur donne.

Que, vous aimant, faites aussi que je vous fasse aimer!

 

Je porte en moi la grâce, la vie même de Dieu! Je veux tout faire pour augmenter sa gloire, pour agrandir son règne.

Seigneur, je suis votre tout petit instrument, je suis là pour faire votre volonté, pour réaliser tous vos désirs, pour vous donner tout mon amour... et pour chanter vos louanges.

 

Je ne recherche ni ne fuis les croix nouvelles! Les rechercher serait peut-être orgueil de ma part, les fuir serait, bien sûr, lâcheté.

Je veux bien tout ce que le Bon Dieu me donne, tout ce qu’il veut que je souffre pour son amour. Et lorsque dans ma nature jamais assez crucifiée je sens venir un frémissement d’épouvante, je me blottis bien vite dans les bras si tendrement maternels de la Sainte Vierge, et là, sur son Cœur, je fais bien doucement un acte d’amour et d’abandon aux trois divines Personnes de la Sainte Trinité.

 

Je ne demande rien: ni vivre, ni mourir, ni guérir; et si je pouvais, s’il m’était permis de choisir, je crois que je ne choisirais rien. Car ce que j’aime, c’est ce que Dieu fait en moi et pour moi, c’est ce qu’il me demande pour lui en faveur des âmes.

Mon Dieu! vous me comblez de joie, vous m’inondez d’amour par tout ce que vous faites.

 

Mon Dieu, je suis vôtre pour vous donner toutes les consolations, pour réparer toutes mes fautes... pour chanter éternellement vos miséricordes.

 

«La grâce de mourir sans peine vaut bien la peine de vivre sans joie»... de souffrir sans douceurs.

Une vie longuement douloureuse est un bienfait, parce qu’elle nous permet de donner beaucoup, beaucoup à Jésus.

Les jours de sombres, de pénibles souffrances sont des jours de grâces, des droits à la béatitude.

Dieu est là toujours, c’est lui qui permet tout! Et quand même il semble se retirer et tout nous refuser, c’est toujours qu’il nous aime.

Quand les douleurs sont atrocement douloureuses, je pense que le Bon Dieu, qui est si bon, me donne de souffrir en proportion de ce que je l’aime et de ce qu’il m’aime. C’est pourquoi je suis toujours souriante et j’ai toujours tant de paix!

Je vis pour Jésus, unie à Jésus! Ce que je lui demande, c’est de mourir dans son amour.

J’étonne les gens, en leur disant que je vis pour mourir, que la mort est la grande idée, le sens de ma vie.

La mort, c’est la grâce des grâces et le couronnement de notre vie chrétienne. Elle n’est pas une fin comme, hélas, encore trop le pensent, mais le commencement d’une belle naissance.

Elle ne marque pas l’heure de la dissolution d’une créature, mais son véritable développement, son plein épanouissement dans l’amour. Elle complète notre possession de la vie divine, en supprimant les obstacles qui, ici-bas, nous empêchent d’en jouir à notre aise.

Elle nous permet enfin de vaquer librement à l’éternel Amour, d’avoir conscience qu’il se donne à nous et de demeurer à jamais en lui.

«Pour moi, le Christ Jésus est ma vie.» Mourir me sera donc tout avantage, puisque le grand effet de la mort sera de dissiper le voile d’ombre qui me cache une si adorable merveille.

«Tout passe», il n’y a que Dieu et l’âme qui soient immortels. Pensons-y sérieusement. Mettons dans notre vie la pensée, le souci, l’inquiétude des choses éternelles.

Quand je pense à la mort prochaine, je me dis: tant mieux, bientôt j’irai voir le Bon Dieu! Néanmoins j’ai comme le pressentiment que Jésus prépare encore des croix plus grandes, plus lourdes, plus sombres, des épreuves nouvelles, à sa petite victime. Qu’elles viennent! du plus profond de mon âme je les bénis.

Que mon âme vive pour Dieu seul... le salut est là!

^ 3 janvier 1930 (vendredi)

 

Mon âme s’attache à Dieu plus passionnément que jamais. Ô mon Dieu, c’est à la vie et à la mort. Ne devrais-je plus jamais sentir votre si douce présence ici-bas, quand même je ne devrais plus jamais sentir que je vous aime: je le sais, je le veux, je le fais!... C’est mon plus grand bonheur, c’est toute ma joie. Rien n’est plus doux au Cœur de Jésus que l’âme qui, en toute confiance, s’abandonne. L’inquiétude déplaît toujours un peu à son amour.

 

Donner Dieu en tout et à tous, le donner constamment, le donner autant de fois et en autant de manières qu’il le voudra. Par la prière, par l’exemple, par la parole, par la bonté, la charité, le pardon... et surtout par l’amour et par le rayonnement d’une vie toute à Dieu. Dans le renoncement et l’oubli parfait de moi-même.

 

Tout mon être accepte la souffrance, la presque entière incapacité physique, plus généreusement, plus amoureusement toujours; et dans un bien plus grand abandon, plus de détachement, plus de renoncement à tout.

Néanmoins, combien la pauvre nature a de peine quelquefois à constater son entière impuissance en une infinité de choses qui font comme le canevas de la vie.

Mais on demeure quand même très calme, on sourit avec joie et avec amour, malgré les douleurs qui étouffent, malgré les déchirements qui torturent et les souffrances lancinantes, malgré les désolantes épreuves et l’amer dégoût, quand on aime Jésus et qu’on l’aime d’amour pur.

^ 4 janvier 1930 (samedi)

 

Etre toujours joyeux est une excellente pénitence.

Père de Ravignan

 

Ô bon et très doux Jésus, purifiez entièrement mon cœur, pacifiez mon âme, faites-en votre petit ciel, votre jardin d’agrément! Ô Jésus, je vous aime. Qu’il n’y ait plus, plus rien en moi qui n’ait Dieu pour principe et pour terme, soit dans l’ordre de l’activité, soit dans l’ordre des dispositions! Seigneur, je  vous remets et je vous soumets toutes choses... Voyez... et laissez agir votre Cœur!

^ 5 janvier 1930 (dimanche)

 

Qu’il n’y ait rien, plus rien en moi qui ne soit pas à Jésus et pour Jésus seul, et par lui ne monte jusqu’au trône suprême du Père pour redescendre en bénédictions sur moi, sur ma chère famille, sur tous ceux que j’aime et que je dois aimer; sur nos paroisses, notre diocèse, notre France infidèle; sur la sainte Eglise, sur son chef souverain, notre Saint-Père le pape, que j’aime non pas de tout mon cœur (ce ne serait pas assez), mais avec les Cœurs si aimants de mon Jésus et de la Sainte Vierge ma Mère... et pour s’étendre sur toutes les âmes, sur toute nation, par toute la terre.

Seigneur Jésus, régnez sur nous et sauvez-nous!

^ 5 janvier 1930 (dimanche)

 

M’efforcer de vivre irréprochable, pour vivre sans reproche au milieu d’un monde si inconsciemment méchant, à une époque si malheureusement corrompue; c’est-à-dire, en véritable enfant de Dieu, tendre toujours au bien, au plus parfait, par la foi, l’espérance et la charité, selon les belles vérités divinement révélées.

Ô Jésus, mon Maître adoré! j’accepte et je vous offre généreusement le prolongement de mes jours, pour souffrir tout ce qui se peut souffrir – dans mon corps, dans mon cœur, dans mon âme – vous suppliant de ne jamais permettre que je vive autrement que dans votre adorable volonté, ni pour autre chose que pour votre amour, pour l’honneur de votre nom et pour le triomphe de l’Eglise.

Avec votre grâce, je saurai supporter courageusement la grande épreuve de l’exil. Mais faites que se lève bientôt l’aurore de ma délivrance.

Fiat voluntas tua! Je l’ai dit: votre grâce, ô mon Dieu, me suffit de tout.

^ 6 janvier 1930 (lundi)

 

Tout pour l’amour de Dieu!...

 

Seigneur, je suis prête à recevoir de votre main une croix plus écrasante, plus sanglante, de plus déchirantes souffrances si là est votre divin désir.

Je veux racheter les âmes ni avec de l’or, ni avec de l’argent, mais avec la menue monnaie de mes souffrances, unie à l’inépuisable trésor des souffrances du Rédempteur et de sa très Sainte Mère, par le puissant moyen de la Croix mis à ma disposition, par l’offrande journalière et l’immolation silencieuse de ma vie au Créateur qui me l’a donnée.

Dieu est mon Père, mon Frère et mon unique Ami, et du moment que je suis son enfant, sa sœur, sa servante, rien, absolument rien ne m’arrivera, je n’aurai rien à souffrir, rien à subir, rien à endurer sans qu’en Père très bon, il ne l’ait permis et préparé à l’avance.

Dans ses bras paternels et si doux, je puis m’abandonner sans frayeur, sans crainte, dans toutes les épreuves que me réserve encore son amour; sachant bien que toutes les volontés de Dieu sont bonnes, sont saintes et parfaites, et que leur parfait accomplissement est le plus doux des bonheurs.

La main chérie qui m’entraîne avec tant d’amour vers les cimes, par un chemin de ronces et de douleur, est aussi la main toute-puissante qui me défend et me fortifie contre les attaques et la terrible rage de l’Ennemi.

Ô main, main adorable et divine qui vous appuyez sur moi avec tant de force, je vous aime, je vous presse, avec transport je vous baise en vous arrosant de mes larmes, parce que vous êtes ma douceur, parce que vous êtes ma force et mon ascenseur dans l’amour.

Heureux ceux qui comprennent que le péché qui a offensé l’Amour mérite expiation.

Heureux ceux qui expient sur cette terre! Heureux ceux qui, pour eux et pour les autres, sont choisis et consentent à expier!

Heureux ceux qui comprennent, qui acceptent, qui suivent Jésus selon leur générosité et la mesure de leurs grâces.

A chaque pas dans l’amour, leur croix se fait moins lourde, leur marche plus ailée, leur cœur plus joyeux, leur âme plus céleste.

Si nous savions, si nous voulions aussi! quel puissant, fécond rayonnement deviendrait notre vie! Que de bien nous ferions sans le voir, sans le savoir, sans le comprendre... si simplement nous savions vouloir. Chrétiens, croyons à la vérité, croyons à la science et à la puissance de Dieu, et laissons-nous conduire par son amour, nous serons plus forts que tous les tyrans du monde.

Mais cet incomparable trésor, il faut le recevoir du ciel pour l’apprécier à sa vraie grande valeur, car les joies de ce monde ne savent rien de ces joies-là. Sans doute il faut lutter encore, lutter toujours, parfois même très péniblement; mais quelle différence entre ces luttes où le bien triomphe si magnifiquement et celles où le mal est toujours vainqueur.

La peine, c’est le plus rude et le plus doux des remèdes! L’âme qui a connu la souffrance jusqu’à ne plus appréhender l’horreur de son mal, jusqu’à n’en plus sentir les brûlantes morsures, cette âme est prête à tout.

Je crois que nul ne sait vraiment ce que c’est que la paix, ce que c’est que la joie, tant qu’il n’a pas passé par le creuset de la souffrance. Nul ne sait quelle ressource, quelle surhumaine allégresse donne le repos dans la volonté de Dieu (même crucifiante). Ce n’est pas encore la béatitude, mais c’est déjà quelque chose d’infiniment meilleur que tout ce que l’on rencontre ici-bas!... C’est la félicité dans l’amour.

Ô ma très bonne, ma très douce Mère! prenez ma volonté, je vous la donne, unissez-la à la vôtre, qui est aussi celle de Jésus, afin que comme vous je me prête de toute mon âme à chacun des desseins de Dieu. Aidez-moi à acquérir une grande ardeur pour le bien, la générosité dans le sacrifice, l’amour dans la souffrance, et daignez prier Jésus de me dire, de la manière qu’il lui plaira, s’il est content de sa petite victime.

 

Ô Vierge très pure, Lys embaumé d’amour! puisque vous êtes notre Mère, ô Marie, apprenez-nous à comprendre l’Amour, faites-nous vivre dans sa sublime doctrine. Apprenez-nous à prier, à pardonner, à aimer, à chanter les merveilles du Seigneur; apprenez-nous à partager avec nos frères les grâces que vous nous obtenez, ô divine Médiatrice entre Dieu et les hommes.

Ô Mère, ô Vierge immaculée, aidez-moi à vivre et à mourir dans la paix et dans l’amour de Dieu.

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Nous ne pourrons jamais, jamais assez nous réjouir d’avoir donné toute notre vie à Dieu. Il rend tellement le centuple de tout ce qu’on lui donne.

Quelle obligation il y a donc de ne jamais nous effrayer des cruelles séparations, des déchirantes épreuves, des douloureux sacrifices que, pour son amour, nous avons à souffrir. A qui aime passionnément, il n’y a pas de souffrances qui retiennent.

De quelque point de l’horizon que souffle la brise, où que rugisse la tempête, elles nous apportent toujours un présent du Ciel. Les croix spirituelles sont des sources précieuses de sanctification et des moyens d’union plus propres que les faveurs et les consolations à procurer la perfection des âmes.

 

Ne nous créons pas nos souffrances, mais quand, par permission ou par ordre de Dieu, elles se présentent, comme Jésus, comme Marie, avec Jésus, avec Marie, par Jésus et Marie, portons-les noblement, vaillamment, avec amour et en silence; la douleur gémissante, bruyante, manque d’honneur et de dignité.

Souffrir est grand à la condition de souffrir saintement! La souffrance prend la valeur que lui donne celui qui la souffre; elle pourrait, hélas – et c’est malheureusement trop fréquent – n’en avoir aucune. De grâce, que nous souffrions peu ou beaucoup, ne souffrons pas pour rien: c’est trop triste, immensément. Souffrons pour Dieu et pour les âmes... Souffrons en paix et par amour.

Du haut de son trône de gloire où il règne en souverain, mais surtout en Père juste et bon, Dieu se penche avec une miséricordieuse tendresse pour encourager, soutenir, fortifier de sa douce présence l’âme par son amour affligée.

Il est là, avec elle, Guide, Lumière, Consolateur, Joie, Amour. Créateur et Rédempteur. Ami et Frère. Cœur ouvert, yeux ouverts, bras ouverts, laissant couler jusqu’en elle sa grâce et son amour.

^ 7 janvier 1930 (mardi)

 

Unie à Jésus et à Marie avec toujours et toujours plus d’amour! Au milieu du monde et si loin de lui par l’esprit et le cœur. Je ne me trouve jamais moins dans la solitude que lorsque je suis toute seule, et au lieu que cette apparence d’isolement soit pour moi source d’ennui et de dégoût, je goûte dans la solitude la plus complète une paix infinie.

Ma petite chambre est un vrai ciel maintenant, puisque j’ai conscience de ces paroles de Notre-Seigneur: «Et voilà que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles» et que je sais, que je sens, que je connais que je suis incessamment avec lui, en la céleste et divine compagnie de la Trinité très haute. Douce présence qui enchante et ravit mon âme et mon cœur. Ma petite chambre peut être pauvre et pas belle, je n’en vois pas la pauvreté ni les laideurs.

Je suis en Dieu. Je lui parle. Je l’entends. Je l’écoute. En mon cœur, je l’adore et je l’aime.

Combien cette conviction de la vérité me soutient dans mes faiblesses, me console dans mes peines, m’aide dans mes souffrances, m’encourage et me fortifie dans les épreuves et contre les terribles attaques de l’infernal Satan.

Ô douce, ô très douce Trinité, joie de mon cœur, ciel et délices de mon âme!...

La cellule fidèlement gardée, joyeusement aimée, devient douce à l’âme qui demeure en union avec Dieu. C’est par l’expérience personnelle de la réclusion, par la science de la souffrance, mais surtout par l’action directe et toute-puissante de Dieu en moi et par l’inaltérable et merveilleux secours de la très Sainte Vierge ma Mère, que peu à peu, par degrés d’une constante ascension d’amour je suis arrivée à gravir, sans même presque m’en apercevoir, des hauteurs incomparables, d’où, extasiée et ravie, je découvre et comme tout à coup, ce qu’il y a de plus grand, de plus universellement beau à voir: l’âme et Dieu... l’âme et l’Amour.

Non seulement je crois, mais je connais, je goûte ineffablement cette vie toute en Dieu... Je la comprends. Je sais ce que veulent dire ces admirables paroles: «Demeurez dans mon amour». «Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous.» Je connais cela avec une lumière, une joie immense.

Jésus, par son Verbe, habite en moi, et je suis dans son amour, inondée de son divin et pur amour.

Oh! n’oublions jamais, nous chrétiens, que nous ne sommes jamais, jamais seuls, que nous vivons constamment en présence et dans la lumière de l’adorable Trinité, et qu’en Jésus (Verbe fait chair) et par le moyen si simple et si parfait de la Sainte Vierge, nous pouvons vivre et nous unir à Eux: Père... Fils et Saint-Esprit.

Mettons dans notre vie le souci, l’inquiétude, l’importance considérable des choses éternelles, et demandons à Dieu de nous fortifier et de nous conserver dans la sainteté de son culte, dans une fidélité inaltérable.

Je brûle du désir immense de voir Dieu Père, Fils et Saint-Esprit aimés, adorés, glorifiés et bénis [sic] ici-bas comme au ciel.

Notre Père qui êtes aux cieux, qu’aujourd’hui et chaque jour votre nom soit sanctifié par moi et par tous. Que votre règne d’amour s’étende dans mon âme et dans toutes les âmes. Que votre volonté soit faite en moi, dans ma famille, dans notre paroisse, dans toute la France et sur toute la terre, comme elle est faite dans le ciel.

Que la foi domine et gouverne toute notre vie.

 

Heureuse, bienheureuse est l’âme qui connaît Dieu, ignorerait-elle tout le reste! Mais combien malheureuse, combien ignorante est celle qui, saurait-elle tout le reste, ignore la grande et unique Vérité, le seul vrai Bien qui est Dieu. Et ce n’est pas l’étude des lettres, des arts, des sciences profanes qui peut faire avancer dans la connaissance du suprême Amour, celui-ci étant à la fois plus élevé et plus humble, à la portée de tous, grands savants et tout-petits. Ne laissons pas passer le temps de chercher la vérité, d’apprendre la vraie science, la vraie philosophie de la vie, faudrait-il pour cela abandonner tout le reste; ne croyons pas par la foi des autres; écoutons fidèlement tous les conseils – quand ils sont purs et saints – qui peuvent nous éclairer, nous encourager, nous ouvrir la bonne voie, et puis marchons sur les meilleurs témoignages.

Très puissant Jésus, faites que je vous connaisse toujours et toujours davantage pour mieux aimer encore... pour aimer sans mesure. Jésus, mon Dieu, je l’aime! C’est de la passion, c’est de l’ivresse.

De l’amour, toujours plus d’amour pour suivre Jésus, pour voler à l’union!...

^ 9 janvier 1930 (jeudi)

 

Je demande peu de choses pour moi au Bon Dieu! Mais à chaque instant je lui dis dans mon cœur: Mon Dieu, mon Jésus bien-aimé, de mon âme, de ma pauvre petite âme, occupez-vous-en, veillez sur elle.

Je crois que la grande passion de l’amour pour Jésus l'emporte sur tout pour toucher son Cœur si infiniment délicat et en obtenir toutes espèces de grâces. C’est pourquoi je ne me mêle en rien de lui spécifier quelque chose, je ne demande rien en particulier. Je l’aime, je m’applique à l’aimer de tout mon être, de toutes mes forces tendues vers lui, persuadée que cela suffit.

J’ai soif de Jésus, de vivre de Jésus... J’ai soif de lui donner, de lui sauver des âmes. Et je sens que ma soif, mon ardente soif se développe au fur et à mesure qu’elle est comblée.

Quel honneur! Quel bonheur! Quelle joie immuable!

Quelqu’un a dit: «Le cœur de l’homme vierge est un vase profond.» Oui, le cœur humain est immensité, un abîme, il est plus vaste que la terre, il n’y a rien de plus grand, que Dieu seul, que lui, l’infini Vivant!

^ 10 janvier 1930 (vendredi)

 

Mourir plutôt qu’offenser Dieu!!...

Seigneur, faites-moi la grâce de vivre et de mourir dans votre saint amour sans jamais vous offenser! Préservez-moi de tout adultère du cœur!

^ 11 janvier 1930 (samedi)

 

Les coups de foudre, les douloureuses épreuves, les accidents imprévus sont souvent des coups de grâces.

Dans l’histoire des âmes, il n’y a point de faits de hasard, iln’y a que les grands desseins d’une Providence; ce qui est imprévu pour nous était depuis toujours prévu par Dieu.

Dieu est Bon. Dieu est Père. Dieu nous aime. Dieu compatit et adoucit toutes nos souffrances. Si nous le laissons faire, il saura remplacer, et remplacer au centuple, tout ce que nous avons perdu, tout ce qu’il a voulu nous prendre, par des biens immensément meilleurs.

Toutes nos douleurs, Jésus les partage. Toutes nos croix, ilveut les fleurir.

La douleur, la souffrance ne vient pas du ciel, mais le secours en vient, le bonheur en est.

Il vaut mieux et il est infiniment plus sage de porter sa croix en toute confiance et en silence que de s’exposer à perdre en paroles, en épanchements inconsidérés, en descriptions inutiles, le précieux mérite de la souffrance.

Jésus seul, l’ami véritable, l’ami cher, le bien-aimé, peut nous soutenir efficacement dans toutes nos peines et difficultés. Ilpeut seul nous prêter un parfait concours, un véritable secours, parce que seul il dispose des moyens divins capables de nous consoler, de nous réconforter dans nos douleurs physiques et morales. La vie des âmes confiantes et pleinement abandonnées entre les mains de Dieu est remplie d’heureuses surprises que ne connaissent pas les âmes qui se défient et qui se découragent, les âmes qui manquent de foi et de soumission, qui font mauvais usage de leurs souffrances et ont ainsi la douleur sans la divine compensation.

Révoltons-nous contre les saintes lois du Seigneur et nous sommes broyés par elles; obéissons-leur librement, et le voilà amoureusement vaincu. Les épreuves sont l’expression des habitudes de Dieu.

Ce n’est pas l’âme qui supporte docilement, mais surtout chrétiennement, ses souffrances qui doit trembler, c’est celle qui s’impatiente, qui proteste, qui se récrie contre elle-même, contre tous et contre Dieu. Ce n’est pas pour nous faire souffrir que Dieu nous a donné la vie, c’est pour nous rendre heureux, c’est pour nous attacher à lui davantage. La souffrance est une vraie semence de joie.

La douleur n’a qu’un temps bien court, le bonheur aura la bienheureuse éternité. La croix est attachée à la joie, mais la résurrection suit de bien près la mort. L’alleluia succède au Libera.

Il y a des jours de pluie quelquefois bien désolants, mais que de beaux jours de soleil en compensation! Il y a des ombres et des brouillards glacés, mais que de lumières intimes et de ciels radieux! Il y a de rudes hivers, mais que de printemps fleuris et embaumés, que d’automnes fertiles et doux! Il y a des moments pénibles, il y a des bruits fatigants, mais que de chants d’âmes, que de belles harmonies dans la nature!

Confions-nous à Dieu et à lui seul: il est plus fort que les plus forts, que tous les forts; il voit clair dans les ténèbres, dans les consciences et il sait le juste moment où il faut intervenir.

Jésus se fait l’Ange consolateur de toutes les âmes, il les éclaire, les fortifie quand le danger les menace, au plus fort de la lutte, modérant les coups, tempérant le flot amer des tribulations et des adversités.

Que d’inconnu! Que d’imprévu! Que de lumière et de vie divine on découvre au ciel de la souffrance!

L’abandon sincère, la confiance pleine d’amour, le don parfait du cœur délivre l’âme du fini et lui entrouvre l’infini! Ah! si nous savions le don de Dieu, et quel est Celui qui nous demande de le suivre!...

Mais qu’elles sont rares – a dit quelqu’un – les âmes abandonnées...C’est pourtant bien simple et si facile.

L’homme créé par l’Amour, pour aimer l’Amour, ne devrait pas savoir se contenter de moins.

La grâce, l’amour affluent dans mon âme avec abondance. Je suis envahie des richesses d’en-haut.

Ce que j’ai à faire, c’est tirer le meilleur parti de tous ces merveilleux trésors envoyés du ciel pour faire, avec Marie et comme Jésus, la grande Œuvre de Dieu. Seule, je ne suis capable de rien, mais «je puis tout», j’attends tout du Seigneur, à qui je laisse toute la responsabilité de sa mystérieuse conduite, en me conformant joyeusement à tous ses admirables vouloirs. Je compte uniquement sur son aide, sur son puissant secours et sur celui de ma douce Maman... et même sur les miracles, siles miracles deviennent nécessaires. Je sais que le Cœur d’un bon Père n’abandonne jamais l’âme qui s’abandonne à son amour, qui accepte de confiance et de totalité de cœur tout ce que sa divine main lui présente d’amer et de doux, d’humiliant et de douloureux, sans se laisser dissiper par les uns, abattre par les autres.

La maladie est une grâce adorable, une incomparable richesse. Ah! que la grâce de la souffrance révèle de beautés, apprend de grandes choses! Souffrir sert d’abord à nous, souffrir sert à tout et à tous. Souffrir apprend à aimer, à prier, à méditer, à se renoncer. Souffrir apprend la charité, l’abandon à Dieu, le détachement. Souffrir apprend à voir, à comprendre. Souffrir apprend à soulager, à compatir, à consoler ceux qui souffrent. Ce mot sauveur, ce baume mystérieux, cette goutte d’huile sacrée, cet accent divin qui relève, adoucit, réconforte, rien ne le donne à une âme que la science personnelle de la souffrance. Et le don de savoir consoler est par surcroît la plus douce des consolations. Souffrir apprend encore à mieux souffrir et à moins faire souffrir les autres de nos souffrances!... Enfin, souffrir nous fait semblables au Christ et nous unit à Dieu! Mais que faisons-nous de nos heures de souffrances?... C’est dans sa sainte Passion, c’est dans la souffrance que le Christ s’est le plus rapproché de notre humaine faiblesse; c’est dans la douleur qu’il nous rapproche le plus près de lui, qu’il nous prend en sa plus intime compagnie.

Les maux que nous subissons ne sont pas toujours des châtiments mérités, ils sont souvent des épreuves et même des grâces exceptionnellement accordées à notre confiance, à notre fidélité à remplir nos devoirs de chrétiens.

Notre-Seigneur, la très Sainte Vierge, ne méritaient pas ce qu’ils ont dû subir!

Qu’est-il cependant résulté de leurs terribles épreuves? Pour Dieu, sa divine justice satisfaite, apaisée. Pour lui, le Christ Sauveur, la réalisation complète de son plan de Rédemption. Pour la Sainte Vierge, une gloire et une félicité qui surpassent de bien haut celles de tous les élus. Et pour le genre humain, voué au supplice de l’Enfer, le salut éternel. Ah! certes, pour sauver le monde, pour payer au Père la dette de l’homme coupable, un mot, un soupir du Fils aurait suffi, sa valeur étant infinie; mais l’homme n’aurait pas compris la grandeur de sa faute, il n’aurait pas senti l’horreur de sa révolte contre son Créateur. C’est pourquoi il faut tout cet amoncellement de souffrances du Fils et de sa Sainte Mère, pour faire comprendre à l’humanité pervertie la grandeur de l’offense commise par ceux qui ont contribué à la Passion du Christ, au martyre de la Sainte Vierge.

C’est ainsi que de par la volonté de Dieu, toute âme doit être à son tour réparatrice et rédemptrice. C’est Jésus qui est notre unique Sauveur, mais il ne nous sauve qu’à la condition d’unir à sa réparation infinie notre pauvre petite réparation personnelle, gage de notre profond repentir et de notre immense désir de voir Dieu.

Si cette réparation de foi et d’amour est assez grande, assez méritante, il peut se faire qu’après nous être sauvés nous-mêmes, nous sauvions beaucoup, beaucoup d’autres âmes.

Mais on n’expie pas sans souffrir. Donc, nous devons souffrir! Est-ce beaucoup?... Est-ce peu?... Dieu seul le sait! Ne perdons pas par nos petites révoltes le mérite de nos souffrances; le supplice en serait double, et la valeur bien moindre, sinon totalement nulle.

Penchés vers nous, Jésus et Marie nous appellent; ils nous tendent les bras. Montons avec eux, comme eux, jusqu’à eux; nous irons partager leur gloire après avoir un peu partagé leur martyre.

Que sortira-t-il de ma petite misère, de mes épreuves chrétiennement, amoureusement supportées? Il peut en sortir sûrement, pour moi des grâces exceptionnelles de vertu et de sainteté, pour les êtres qui me sont si chers, des grâces éclatantes de conversion, et peut-être pour beaucoup, beaucoup d’autres âmes des grâces merveilleuses de salut.

C’est peut-être par les épreuves qui semblent le plus vouloir m’anéantir, me réduire à l’incapacité, que s’accomplira la réalisation de mes plus ardents désirs, de mes plus ferventes prières, de mes plus suppliantes demandes. Aimer, souffrir, c’est mériter, c’est grandir... c’est s’approcher de Dieu. C’est se détacher de tout, pour s’attacher au Tout.

 

Ô Marie! ô ma sainte et bonne Mère! donnez-moi, donnez à tous de comprendre la grande valeur du silence, dans lequel on entend Dieu! Apprenez-moi à me taire pour écouter la Sagesse éternelle. Apprenez-moi à tirer du silence tout ce qu’il renferme de grand, de saint, de surnaturel, de divin; aidez-moi à en faire une prière parfaite, une prière toute de foi, de confiance et d’amour; une prière vibrante, agissante, féconde, capable de glorifier Dieu et de sauver les âmes!  Ma vie vaudra ce que vaudra mon oraison.

^ 12 janvier 1930 (dimanche)

 

Quelle belle place est faite à l’humanité souffrante et pécheresse, à l’humanité ignorante, sourde et aveugle, dans l’âme toute donnée, toute consacrée à l’Amour!

Il n’est pas vrai que ses proches, ses amis, le commun des mortels doivent s’affliger ou sourire de la voir se consacrer tout entière au service de Dieu; ni pour eux, qui ne perdent rien de sa très profonde, de sa très tendre affection, même au temporel; ni pour elle, qui y trouve le bonheur, l’espérance et la paix... et je devrais même dire la félicité, qui est le commencement de la béatitude éternelle et de l’amour sans mesure et sans fin.

Elle aime, en effet, tous ceux qu’elle aimait avant que Jésus gravât sur elle son ineffaçable empreinte, bien plus et bien mieux qu’elle ne savait les aimer.

Elle n’a qu’un immense, qu’un unique amour: Dieu seul. Et c’est de ce pur et unique amour, que lui donne intarissablement son Seigneur et son Dieu, qu’elle aime tous les siens et chaque créature, quelle qu’elle soit.

Qu’il y ait dans chaque foyer une seule âme pleine de Dieu, elle en remplira la maison. Sous le rayonnement de sa bienfaisante chaleur, à l’accent de sa voix pénétrante et persuasive, à la lumière de sa pure clarté, les cœurs les plus sombres, les cœurs les plus fermés, les plus farouchement clos s’ouvriront. Dieu entrera, et il en fera la conquête.

 

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Il est sage, il est chrétien de ne voir les manquements des autres que pour se mettre en garde et se tourner contre soi. C’est si bon de penser du bien de son prochain. Toutes les créatures sont bonnes, elles sont toutes bonnes; c’est Dieu qui les a créées, et il les a créées à son image. Mais Dieu les a créées pour nous servir, pour leur servir, non pour nous asservir.

Il les a créées pour nous mener, pour les mener à lui, et non pour nous en laisser détourner ou – chose peut-être encore plus grave – les en détourner nous-mêmes.

Telle que l’humanité a été conçue, toutes les créatures nous sont nécessaires, et nous leur sommes à toutes nécessaires; elles ne peuvent se passer de nous, nous ne pouvons nous en passer. C’est pourquoi le Créateur en jalonne si charitablement notre route. Mais aucune ne peut, n’est capable, ni ne doit nous suffire.

 

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J’ai confiance qu’après ma mort Dieu m’emmènera dans son ciel. J’espère que je serai admise à m’unir à l’innombrable phalange des élus, aux célestes chœurs des anges et des archanges.

Je sens que j’ai tellement besoin de toute l’éternité pour chanter les louanges, les amabilités infinies du Seigneur, pour l’aimer librement à mon aise et jouir des indicibles embrassements de l’Amour et des douceurs de son intimité qui ne finira jamais.

Je ne suis que la toute petite lampe en laquelle le divin Soleil de justice, Jésus Roi d’amour, verse avec surabondance l’huile sacrée, l’huile précieuse et sanctificatrice... les feux du ciel.

Le Seigneur comble ma petite misère de ses excessives miséricordes! Mais plus je suis pénétrée, plus j’ai conscience de ma misère, plus elle me semble profonde, infinie, plus aussi je ressens la puissante influence de la grâce, plus je suis dans l’admiration de ses merveilleux desseins sur moi. Alors plus fervente devient ma prière, plus vibrants les élans de mon cœur, plus enthousiasmés mes transports de reconnaissance, plus douce mon intime adhésion aux divins vouloirs. A quoi servirait ma belle vocation, ma céleste mission, si je ne m’appliquais pas à devenir comme mon bien-aimé Jésus, douce et humble de cœur, à conformer mon âme à la sienne, afin d’être bien docile et bien abandonnée à tous ses désirs d’amour?

Oh! je n’ai pas à me glorifier de <       > la volonté du Seigneur dans l’accomplissement plein d’amour de mes petits devoirs. Loin de moi une telle pensée! Je reçois tout de Dieu, et à tout instant. Et cependant, il daigne me traiter comme si je lui étais absolument nécessaire.

Ô amour, ô incompréhensible amour! ô douce charité! ômon Dieu! je vous aime! ô je vous aime! Mais je ne sais comment vous dire, comment vous prouver mon amour. Ô ma douce Maman, dites au Bon Dieu que je l’aime. Seigneur, vous le savez, je suis aussi pauvre de vertus que de mérites. Mettez dans mon cœur vos incomparables trésors, donnez-moi beaucoup, pour que je vous donne beaucoup.

Je vis pour servir, aussi longtemps que mon Dieu le voudra et en autant de manières qu’il lui plaira.

Jésus, mon Dieu! permettez que je sois non seulement méprisée, persécutée avec vous – ce serait encore trop d’honneur pour une si petite chose – mais incomprise, ignorée à votre place, apparemment inutile et indifférente à tous. Préservez-moi de toute récompense, de toute reconnaissance ici-bas de la part de mon prochain. Seigneur, je vous offre tout, je vous abandonne tout en faveur de l’Eglise et pour le bien spirituel et éternel des âmes.

Que Dieu fasse de moi un vrai foyer de lumière et d’amour, une parole pour porter sa joie!

^ 22 janvier 1930 (mercredi)

 

Oh! que je souffre, et dans tout mon être! Mais l’amour parle encore plus fort, plus haut que la souffrance. Il y a même plus de joie, plus de paix dans mon âme ces derniers temps!... donc plus de force. Quelle paix! Quelle douce et divine paix en moi!

Mon Dieu, je vous aime! ô Jésus, je vous remercie pour tant de joies, tant de saintes émotions que vous avez mises en mon âme aujourd’hui! Ce matin je pensais: ah! si l’on connaissait tous les mystères de la chambre du malade, on n’oserait ni le plaindre, ni s’apitoyer sur son sort, on envierait la part qui lui est faite.

Je crois qu’on ne penserait plus à voir en lui un disgracié, un déshérité de la vie, mais un heureux élu, un bien-aimé du Seigneur.

On s’agenouillerait d’admiration, dans l’angoisse, dans la joie de ce que Dieu réalise, accomplit dans et avec les plus petites misères, quand ces "petites misères" sont bien dociles, bien fidèles à sa grâce.

Qu’au contact des âmes douloureuses, mais quelquefois si rayonnantes de paix et de vie divine, la foi s’éveille, se fortifie; que les cœurs les plus endurcis se dilatent et s’ouvrent à la lumière, à l’amour! A quelle hauteur Dieu porterait nos âmes si nous savions profiter de toutes les grâces qu’il nous offre!...

Que le Cœur saint et immaculé de Marie soit en moi pour aimer le Seigneur!... Que l’âme de Marie soit en moi pour le glorifier comme le mérite sa souveraine grandeur!... Que l’esprit de Marie soit en moi pour s’y réjouir en Dieu!...

Je suis toute à vous, ô ma tendre et bonne Mère, et tout ce qui est en moi... tout ce qui est à moi... tout ce qui est moi, vous appartient, puisque je suis votre enfant. Offrez tout, offrez-moi à Jésus, mon Seigneur et mon Dieu.

Etre digne! Etre digne! digne de Jésus et de Marie! Etre digne de l’Amour.

Ô ma bonne Mère, rendez-moi digne de souffrir par amour, pour Jésus; rendez-moi digne de me sanctifier dans la souffrance. Car je le sais: la plus légère souffrance, pour se disposer dignement à la recevoir, exigerait des années et des années d’intime préparation.

^ 17 janvier 1930 (vendredi)

 

De toutes mes forces, de toute ma volonté j’ai désiré, j’ai voulu le bien, et avec sa grâce, j’ai trouvé Dieu. Après des années d’angoisses, de déchirements profonds; après bien des épreuves physiques et morales, j’ai osé, j’ai choisi le Christ Jésus, lui le Verbe incarné, l’Agneau sauveur du monde, pour Maître, pour Modèle unique et parfait; ou plutôt je l’ai supplié de vouloir être mon Maître, mon Modèle, ma Voie et ma Vie. Puis, un jour de plus grande douleur (après m’être depuis longtemps donnée et consacrée à lui tout entière et avoir eu la preuve réelle et sensible que j’avais été exaucée), après un acte d’abandon humble mais très confiant, il s’est révélé et donné à moi (spirituellement) pour le Dieu et l’Epoux de mon âme, vivant, agissant en elle. Avec sa vie, j’ai connu et aimé la Trinité glorieuse, l’incomparable et immaculée Vierge Marie, les anges et les saints. J’ai compris le rôle admirable et si maternel de la sainte Eglise, la pure beauté de sa doctrine à la fois si haute et si simple, à la portée des plus grands, des plus savants, comme des plus humbles et des tout-petits qui veulent vivre dans sa société et marcher selon la pureté de ses enseignements et l’affirmation de ses témoignages. Puis, sans presque y avoir pensé, j’ai appris et me suis sentie tout à coup fille et protégée de saint Joseph.

Voilà comment toutes les révélations se sont succédé chez moi dans leur ordre purement divin.

Quand même que me livrant fréquemment à ce très pieux exercice, je crois que je ne savais pas avant ce jour ce que c’était que la communion spirituelle, mais ce jour béni, j’ai eu connaissance de cette immense, de cette infinie douceur... «Le Cœur de Jésus a dans mon cœur.»

 Dans mon saisissement, mon admiration et ma reconnaissance d’une si grande preuve d’amour, j’ai pensé à ces paroles de Jésus: «Je suis venu apporter le feu sur la terre et tout mon désir est de le voir s’allumer.»

 

Qu’y a-t-il de plus vrai, de plus magnifiquement beau que le dogme? Que j’aimerais étudier pour pénétrer dans la profondeur des mystères! Parfois j’envie ceux qui ont le bonheur de faire de la théologie... Mais l’oraison, la divine contemplation ne dépasse-t-elle pas de bien haut en connaissance, en amour, en puissance, les plus fortes études? L’expérience est plus profonde, plus lumineuse, plus féconde que la science.

Pour moi, toute ma théologie, toute ma science c’est l’amour, l’union de mon âme à Dieu par Jésus Christ avec la Sainte Vierge; rien de plus et rien de moins. Là est mon sommet et mon tout.

Je ne désire pas savoir davantage.

Je vis en Dieu, portant sa vie, sentant en moi sa force et son amour, goûtant sa joie, dans une si douce et si intime union que toutes mes souffrances, toutes mes peines en sont changées en joies.

Une âme peut être ignorante en beaucoup de choses et être capable de savoir aimer Dieu splendidement.

Même sans génie, même sans talent, même sans argent, même sans instruction, une âme qui a la grâce a tout le suffisant pour vivre la plus profonde, la plus sainte vie. Parce qu'avoir la grâce, c’est avoir le secours suprême; la demander avec mesure pleine et abondante, c’est faire la plus indispensable des prières: «sans moi, vous ne pouvez rien.» Chercher tout le temps, chercher partout la grâce, boire indéfiniment à cette source ineffable, c’est la plus urgente des préoccupations, le plus important des devoirs.

La grâce suffit à se sanctifier. Avec elle, quel qu’il soit, quels que soient les difficultés qui le retiennent, les écueils auxquels il se heurte, l’homme peut réaliser sa destinée. A condition toutefois de fournir sa collaboration indispensable, de ne pas refuser de s’aider de la grâce; c’est-à-dire de s’aider de Dieu pour agir en Dieu.

Il y a en Dieu assez d’amour, de bonté, de charité, de puissance pour subvenir pleinement, surabondamment à toutes les nécessités humaines.

Le Christ Sauveur a mérité assez pour que son mérite, qui est infini, assure à tous et à chacun largement de quoi se sauver.

Il n’y a point de péché qu’avec la grâce on ne puisse éviter; pas de tentation dont on ne puisse triompher; pas d’indispensables lumières qu’on ne puisse obtenir; pas de douleurs qui ne puissent être consolées; pas de victoire morale qu’on ne puisse remporter; pas de faiblesses qui ne puissent être fortifiées; pas de découragement qui ne puisse être suffisamment guéri, au point de n’être plus désespérément entraînés, fatalement écrasés.

«Seigneur, donnez-moi votre amour et votre sainte grâce et je serai assez riche, et je n’aurai plus rien à désirer.»

La grâce et l’amour manquant, rien ne peut les remplacer. Tout le reste viendrait-il à manquer, si la grâce, si l’amour est là, c’est suffisant pour subvenir à tout.

Il n’est pas vrai, Seigneur, il ne se peut pas qu’une révélation semblable, un si grand miracle d’amour, soit pour le seul contentement de votre petite misère; elle est l’indignité, elle est la dernière de toutes vos créatures, et alors, si vous vous penchez sur tant de bassesses, si, de si haut, vous venez chercher si bas, c’est que vous la marquez, vous l’avez destinée pour quelque chose. Votre choix m’épouvante, mais votre bonté, votre grande miséricorde me rassure.

Mon Dieu, je suis la pauvre petite servante de votre Servante. Elle est ma mère, elle est ma reine... elle est ma maîtresse... elle est mon modèle... elle est mon étoile... elle est mon soutien... elle est ma force et mon refuge; et après elle et comme elle, je répète: «Qu’il me soit fait selon votre parole.» Fiat voluntas tua!... Je vais à Celui qui m’invite.

Seigneur, mon Dieu et mon Tout, que par votre adorable amour et votre sainte grâce, mon cœur uni à votre Cœur soit chaque jour plus humble et plus doux, ma pensée plus profonde, ma volonté soit plus docile à la vôtre, ma prière plus fervente, mon amour plus surnaturel, plus divin.

Que ma vie soit meilleure, plus pure, plus parfaite, plus édifiante tous les jours; que je sois plus sévère pour moi, plus oublieuse de moi et plus juste, plus charitable, plus aimable pour le prochain.

Ô Jésus, mettez en moi beaucoup d’idéal mystique. Faites que je vive dans votre plénitude, en divine harmonie avec vous... Faites que chaque jour soit un pas dans votre amour... et que tous les jours je me dépasse.

Faites que j’aime, en tout ce que j’aime, et rattache tout sentiment, toute amitié à votre seul et unique amour, ô Jésus mon Tout!

^ 22 janvier 1930 (mercredi)

 

La paix, ce bien si précieux, ce divin trésor sans lequel il n’y a en nous qu’angoisses et qu’amères souffrances, abonde, surabonde en moi... et tout mon être est plein de Dieu!

Ô Jésus, ma Lumière, mon Amour et ma Vie, faites que je ne connaisse que vous, que je n’aime que vous, que je ne vive que de vous, avec vous, en vous... et pour vous seul.

Ô mon Jésus d’amour, je m’unis à votre sacrifice perpétuel, universel, incessant. Je m’offre à vous, Vérité suprême, pour toute ma vie, pour tous les jours de ma vie et pour chaque instant du jour, selon votre désir et votre très adorable volonté.

Ô mon Jésus, ô mon Maître adoré! je me donne, je me redonne, je m’abandonne librement à votre miséricorde, à votre amour, à votre intimité heureuse, douloureuse et glorieuse... à votre intimité eucharistique.

Je suis votre petite victime d’amour, exercez sur moi tous vos droits, disposez de moi à votre bon plaisir. Je compte sur votre lumière pour m’éclairer, sur votre bras pour me soutenir.

Que je vive d’amour, dans l’amour, pour mourir d’amour, et que le dernier soupir de mon cœur, le dernier chant de mon âme, soit un acte du plus pur amour.

 

Ô mon Jésus chéri, faites qu’après avoir marché docilement à votre suite, qu’après m’être habituellement blottie dans vos bras, cachée dans votre Cœur humble et doux, j’aie l’incomparable bonheur d’être emportée sur vos ailes dans l’éternelle patrie de l’Amour.

Ô bon Jésus, je vous aime! Suppléez, je vous en conjure, à tout ce qui manque à mon amour pour qu’il soit favorablement agréé par le Père.

Ô Jésus, je compte sur vous... je me livre à vous... je me repose en vous par Marie... je suis vôtre, ô mon Amour et mon Tout.

Ô très pieuse Vierge Marie, accordez-moi votre perpétuel secours et la grâce de vivre saintement, de mourir pieusement dans l’amour de Dieu, pour mériter la béatitude éternelle du ciel.

^ 26 janvier 1930 (dimanche)

 

Pourquoi Dieu nous aime-t-il? Quel profond mystère! Quel abîme!

Puisqu’il ne m’est pas permis de défendre, de faire aimer le Bon Dieu par la parole, qu’au moins de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute ma volonté, de toutes mes forces, je rachète, je répare... je le console de tant d’abandon, de tant d’outrages, de tant de blasphèmes, de tant de mépris de la part de ses misérables créatures qui ne reçoivent de lui que de l’amour en ne donnant que de la haine!

Que je sois sa petite joie!...

Aux autres les actions éclatantes, les œuvres couronnées de succès. A moi le recueillement, le silence, l’oraison d’amour.

Aux autres une vie applaudie, une vie plus facile, plus paisible... A moi une vie de renoncements et de luttes.

Que par mes souffrances, que par ma piété simple et profonde, par ma passion d’amour pour les âmes, par mon affectueuse tendresse, ma grande compassion pour les pécheurs, pour les pauvres, les petits, les malades, les incompris, les disgraciés, je réalise pleinement mon ardent et pieux désir de faire le bien, de le faire à tous, de les sauver tous, avec Dieu et par amour de Dieu.

Vie de prières, vie d’amour! Qu’il est facile et doux de prier quand on aime! Souffrir, ne pas dormir, ne pas pouvoir reposer n’est rien. Veiller avec Jésus, tout près de Dieu, l’âme dans la lumière et dans l’amour, est un bonheur infini!... C’est prier encore.

Puisque nous devons prier, puisqu’il faut prier, prions!... Prions avant de parler, avant de travailler; prions dans l’action, prions dans le repos, prions au milieu des foules, prions dans la solitude, prions partout, prions sans interruption. La prière est une puissance d’apostolat mise à notre disposition. S’il y avait quelque chose de meilleur pour nous que la prière, Notre-Seigneur nous l’aurait appris; mais il a enseigné et il nous recommande surtout de veiller et de prier... de faire pénitence.

Que notre vie soit donc une vie en prière! «Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous marchiez, soit que vous travailliez ou vous reposiez, disait saint Paul, faites tout pour la gloire de Dieu», ce qui certainement veut dire en priant.

Vie contemplative... Vie apostolique! La première assurant le succès de l’autre! C’est un peu paradoxal, mais ce ne l’est qu’apparemment, la réalité est affirmative.

Personne, a dit quelqu’un, ne missionne plus qu’un saint, demeurerait-il reclus entre quatre petits murs.

C’est la plénitude même avec laquelle elle s’immole, c’est la générosité de son sacrifice qui permet à une âme – quelquefois même à une très pauvre petite âme – de favoriser au maximum la diffusion de la vie divine dans l’âme de ses frères de la terre. Sa vie fait d’elle la plus utile, sinon la seule utile aux apôtres.

De son saint monastère et surtout de sa petite cellule, l’angélique petite Thérèse de l’Enfant-Jésus n’a cessé de répandre, de porter partout et jusqu’aux extrémités de l’univers, les grâces de salut que lui valait l’héroïsme de son sacrifice. Et c’est pourquoi l’Eglise, sa «bonne Mère», n’hésite pas à la nommer aujourd’hui «patronne des missions» et la «plus grande sainte des temps modernes».

Les saints savent prier parce qu’ils sont pleins de Dieu; nous ne savons pas prier parce que nous sommes pleins de nous.

La prière est d’une conséquence infinie! Prions: prière du cœur constamment, prière des lèvres de temps à autre. Jésus lui-même nous a enseigné la formule: le Pater, si court et si complet.

Ne récitons pas notre prière, prions-la. C’est l’âme qui doit commander nos mouvements. C’est l’âme qui doit ployer nos genoux, incliner notre corps. C’est l’âme qui doit joindre nos mains, abaisser nos paupières ou plonger nos regards vers le ciel. C’est l’âme qui, montant vers Dieu, entraîne tout l’être à sa suite. C’est l’âme qui adore, qui glorifie, qui demande à son Dieu pardon pour les péchés de tous, pour ses péchés à elle.

Prier est le plus important, le plus impérieux des devoirs! Prions donc, et que toutes nos prières, nos cantiques s’échappent de notre cœur comme des flèches enflammées d’amour. Offrons nos souffrances et nos sacrifices, notre travail, mortifions-nous, faisons pénitence pour un missionnaire, pour les prêtres nos pasteurs, aidons-les dans leur vie d’apôtre! Aimons pour ceux qui combattent. La communion des saints, c’est l’entraide mutuelle, fraternelle. Mère toute parfaite, toute puissante et toute bonne, dans mon désir sincère de répondre pleinement, fidèlement au dessein de Dieu, je vous supplie de m’aider à faire de ma vie le chef-d’œuvre d’amour qu’il attend et désire.

Ô bon et doux Jésus, je suis à vous, je demeure en vous pour accomplir, selon les désirs de votre Cœur, votre adorable et divin bon plaisir! Je vous aime, ô mon Jésus, je vous aime!

Un grand désir m’anime, me transporte: m’unir à Jésus, me perdre en Jésus, disparaître en son Cœur, et par lui parvenir à ma fin suprême, c’est-à-dire à l’union à l’Amour.

Ce matin je l’ai demandé, je l’ai voulu, j’ai supplié avec instance et Dieu m’en a bénie ... et mon cœur est plein de divines espérances! C’est la paix et la félicité dans mon âme.

Ô ma Mère, parlez au Père pour moi... Dites bien à Jésus que je l’aime. Je sens maintenant mon cœur capable de consolation du Christ.

Je prie ardemment et de toutes mes forces, ou – ce qui est plus juste– de toutes les impuissances de mon cœur, pour que ma joie, mon bonheur d’aimer soit donné à tous.

29 janvier 1930 (mercredi)

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Louange à la Vierge Marie

 

Prier Marie, l’aimer, l’imiter en silence

Vivre auprès d’elle, appuyer sur son Cœur,

Mettre en ses mains bénies, ma filiale confiance

C’est là ma paix, ma joie et mon honneur...

... Ô Vierge Sainte, ô blanche Souveraine,

Mon âme aimante, en vous s’épanche à flots.

J’irai au ciel, vers vous, Mère que j’aime

Ah! que ne puis-je y aller aussitôt!

Quand je contemple votre éclatant visage,

Vos traits si doux, vos regards maternels,

Ah! je voudrais dépeindre mon extase.

Divine aurore, ô beau lys immortel,

Reine des cieux, si bonne et la plus pure,

Les séraphins, pour vous, brûlent d’amour.

J’irai au ciel vous chérir sans mesure

Ah, je voudrais y aller en ce jour!

Vos suaves tendresses, ô divine Marie,

Me font, dès cet exil, respirer l’air du ciel.

Ces sublimes instants comblent mon âme ravie,

Quand pourrai-je les vivre au séjour éternel?

Sous vos douces caresses, tout mon être palpite...

Rose mystique, Mère admirable, ô pur miroir,

J’irai au ciel vous aimer sans limite.

Ah! que ne puis-je y aller dès ce soir!

^ 2 février 1930 (dimanche)

 

Nuit obscure et douloureuse, très vive impression de l’absence de Dieu en mon âme. Cependant, malgré les ténèbres et la brume épaisse, j’aime croire qu’il est là quand même tout près, sans que je m’en doute, sans que la plus petite éclaircie vienne m’en donner la douce certitude. Mais, que c’est dur ce désert intime, que c’est dur de se sentir si loin de lui!

Je sais par une expérience déjà longue que la maladie, la souffrance est une bien bien rude épreuve, même quand on s’abandonne avec confiance dans la pleine foi, même quand on accepte d’entrer avec Jésus et comme Jésus non par intérêt, mais librement et par amour, dans les desseins de Dieu, ce qui n’est pas toujours très facile dans ces moments de noir si profond. Enfin, cela augmente en nous la charité et la compassion pour ceux qui souffrent de si grands maux.

Rien n’est en effet permis par Dieu que par amour et pour le plus grand bien surnaturel et divin de notre âme.

J’essaie de m’abandonner comme un bien petit enfant dans les bras de Jésus, de ne faire de ma volonté qu’une volonté avec la sienne, pensant bien que, comme toujours, il aura pitié de sa très pauvre petite passion et que son amour compensera.

Jésus me voulant abandonnée à lui sans réserve, et voulant, lui, agir en moi à l’infini, me comble à cet effet. Je comprends tout le sérieux, toute l’importance de cet acte, mais aussi tout l’amour, toute la joie: démesurée... infinie.

J’ai confiance que tout est pour un bien meilleur. Voulant me rapprocher de lui davantage et bien mieux, il agit à sa coutume, en m’associant de plus près encore à sa mortelle agonie, à sa douloureuse Passion.

Mon cœur est plein de l’amour de Jésus, c’est pourquoi mon âme est toujours immensément heureuse Si elle n’était pas ainsi remplie d’avance de l’adorable volonté du Seigneur, s’il fallait qu’elle le soit par les sentiments de joie et de tristesse qui se succèdent si vite en cette vallée de larmes, ce serait un flot de douleur bien amer! Mais ces alternatives, ces scrupules lancinants ne font que l’effleurer passagèrement; ainsi, même au plus fort de l’épreuve, je reste toujours dans une paix profonde, que rien ne saurait troubler.

Si le chant qui monte des profondeurs de mon cœur ressemble plus à un «Libera» qu’à un «Alleluia», il n’est pas moins pénétré d’amour, puisque mon unique et profond désir est de parvenir au sommet de l’union par la Voie unique (qui est Jésus lui-même) et par Marie Médiatrice de toute grâce, et que pour y arriver je ne veux rien, rien refuser au Bon Dieu. Alors, plus rude est la route, plus divine, plus céleste est aussi la joie, parfois débordante, en la voyant se produire. Oh! cette union du cœur, cette intimité d’amour et même cette conformation de l’âme avec l’âme du Christ Jésus!

Pour réaliser cet idéal si beau, rien n’est jamais trop souffrir!

«Que vous viviez en moi, ô Jésus, et que je meure!...»

Je sais, à n’en plus douter, que la lumière et la vérité sans voiles m’attendent au bout du long chemin, au sommet du Golgotha, et que, pour les atteindre, l’amour me sera donné comme précieux accompagnement. Alors, dans ces conditions, pourquoi aurais-je peur de la souffrance, du sacrifice et même des traversées de ténèbres?... Dieu m’aidera et je vaincrai.

Donc, tous ces tourments du corps, du cœur, de l’esprit que j’ai à subir, j’y consens... je les reçois... je les bénis. Ce n’est pas que toute cette agglomération de douleurs ne soit pas une torture pour mon âme, mais je vois plus haut, au-dessus de la douleur: je vois Dieu... la joie qui est en Dieu.

Il n’y a de vraie joie que la joie qui vient de notre union à Dieu, parce que c’est la seule qui dure; parce que Celui qui la donne est là, toujours, quand même il se cache bien profond, ou bien qu’un mauvais abus de sa grâce l’oblige à s’en aller.

Il n’y a pas d’amour sans épreuve, mais l’épreuve est le gage d’amour de Celui qui nous aime plus que tout.

Aimons Dieu, et nous serons aimés de Dieu, et nous connaîtrons même en ce monde "un peu" de cette surhumaine joie qui fait le bonheur des élus. De cela, ceux qui vivent loin de Dieu, sans Dieu, n’en ont pas la moindre idée; mais ses amis intimes le comprennent.

Courage, mon âme! il y aura toujours, malgré tout, des moments bien doux. Tu es défendue, protégée, aimée du Dieu très bon, qui demeure toujours, même quand il laisse pénétrer l’Ennemi.

Il arrive même, quand la consolation est donnée, quand on se trouve tout près, bien dans l’adorable intimité de Dieu, de regretter le temps où le cœur souffrait tant.

Je vais à la vie... c’est la mort à moi-même qui la commence.

^ 3 février 1930 (lundi)

 

Ô Cœur infiniment tendre de Jésus, faites que je sois toujours celle qui veille avec vous, qui veille pour vous et prie pour votre peuple.

Ma devise est: «Toute à Jésus, par Marie Médiatrice de toutes grâces.» Ma vie est toute d’union à Notre-Seigneur par l’union à sa très sainte Mère.

Je l’aime tant, cette bonne et tendre Mère! Elle est mon étoile et ma demeure. Je vis à sa lumière et toute cachée dans l’asile imprenable de son Cœur immaculé.

Là... je veux aimer... souffrir... vivre d’amour et mourir d’amour quand l’heure sera venue!

Ma bonne Mère, agissez en moi... priez en moi... parlez en moi... souffrez en moi... aimez, en moi et avec moi, Jésus et qu’ainsi je sois à même de dire à tout instant en union avec vous: je suis la petite servante du Seigneur... qu’il me soit fait selon son bon plaisir.

Reine toute puissante et toute bonne, ô Mère incomparable, prenez-moi tout entière sous votre si maternelle protection, gardez-moi tout entière et à tout jamais dans l’amour de Jésus, votre adorable Fils.

Ô Mère la plus tendre, par moi-même, vous le savez, je ne peux pas, je ne sais pas, je n’arriverai jamais à me sanctifier. Mais je suis prête à me soumettre sans réserve à la conduite de la grâce.

Ô Mère, je vous apporte les trois puissances de mon âme: ma mémoire... mon entendement... ma volonté.

Agissez en moi!

Soyez dans ma mémoire, pour en effacer toute autre pensée que la vôtre et celle de Jésus.

Dans mon entendement, pour en bannir le passé, pour vous en remettre l’avenir et ne voir que vous, bonne Mère, veillant amoureusement, miséricordieusement sur moi, pour m’unir en toutes choses à Jésus mon Roi.

Dans ma volonté, pour en arracher avec soin tout ce qui pourrait non seulement lui déplaire, mais n’être pas agréable à Notre-Seigneur dans les plus petites choses... comme dans les grandes.

Nous tous, qui que nous soyons, apportons nos misères, nos besoins, nos désirs, nos prières, nos actions, nos espoirs à la Toute-Puissante assise auprès du Tout-Puissant. Allons à Marie, elle est celle dont nous avons incessamment besoin.

Pour comprendre nos angoisses, pour compatir à nos douleurs, il faut un cœur qui ait souffert. Pour obtenir notre pardon, il faut une âme innocente. Pour avoir à s’occuper des besoins de tous, il faut être exempt de toutes dettes, pur de toute tache. Pour consoler, pour sécher les larmes des petits enfants, il faut être mère. Pour dispenser les grâces et les bienfaits du ciel, il faut être reine. Pour donner à tous, pour les aider tous, il faut avoir dans les mains la clé des trésors de Dieu. C’est ce que fait la très Sainte Vierge: elle est pure, immaculée et sans tache... Elle est mère... Elle a aimé elle a souffert plus que tous... Elle n’a aucune dette à satisfaire à la divine justice... Elle est reine, elle puise à son gré dans le trésor divin.

Tous les biens spirituels et même temporels que nous recevons passent par les mains libérales de la très Sainte Vierge. Elle n’en est pas la possetrice (sic), mais la dépositrice et la distributrice; elle les obtient de «Celui qui est» et à qui tout appartient.

Plus un saint a pratiqué de vertus, plus il les a pratiquées parfaitement, plus son pouvoir est grand dans le ciel.

Or, la Sainte Vierge a pratiqué toutes les vertus. Elle les a pratiquées avec un degré de perfection que notre petitesse ne saurait mesurer, que notre fragilité ne saurait atteindre. Elle a connu toutes les difficultés de la vie, toutes les angoisses du lendemain, toutes les souffrances... Nul, après Jésus, n’a souffert autant qu’elle.

Elle eût moins souffert si elle était morte avec son Fils, mais ilfaut qu’elle le voie agoniser, il faut qu’elle le voie mourir et qu’elle vive. Elle est sainte, et plus que sainte. Elle est martyre, et plus que martyre: elle en est la reine... Elle est la Mère du Tout-Puissant, elle en partage toute la gloire, elle participe à son gouvernement divin. C’est pourquoi tous les cris, toutes les supplications, toutes les louanges qui montent de la terre vers Dieu, passent par Marie, de Marie à Jésus, et de Jésus au Père. En retour, toutes les grâces obtenues passent du Père au Fils, du Fils à sa Sainte Mère, et par elle à celui qui la prie. Ce n’est pas spécialement quelques âmes que Marie protège: elle vient au secours de tous les humains. La Sainte Vierge a tout pouvoir sur le Cœur de Dieu, c’est donc toute sa famille humaine qu’elle protège, qu’elle console, qu’elle guérit, qu’elle encourage, qu’elle éclaire, qu’elle soutient, qu’elle veut sauver. Mère de miséricorde, elle imite le Père de toutes miséricordes et nous aide, même sans être priée.

Allons donc à Marie, puisqu’elle est notre mère, la nôtre à chacun. Allons à elle, puisqu’elle est l’universelle médiatrice entre Dieu et nous. Ah! si nous savions nous faire bien petits! Si nous savions tourner nos regards et nos cœurs vers celle qui nous aime tant!

Que de belles vertus, que de bons conseils cette humble vierge, cette tendre mère, cette noble reine nous apprendrait sur les avantages de l’humilité, les exigences de la charité, la sagesse de l’obéissance, les douceurs de l’abandon à Dieu, les joies de la confiance!

Si la jeune fille savait se blottir auprès d’elle pour abriter sa pureté, le coupable se jeter dans ses bras pour chercher un refuge et échapper aux châtiments; si le malade lui apportait ses plaies à panser, l’enfant son innocence à protéger, l’indigent sa misère à secourir, l’affligé ses douleurs à consoler, le vieillard et l’orphelin leurs cœurs à réchauffer, leurs larmes à sécher, la vie serait moins triste, parce que plus profondément chrétienne.

Essayons donc de nous faire petits, tout petits auprès de Marie notre Mère. Quand on souffre, quand on pleure, quand on est seul et bien triste, ce n’est vraiment pas difficile de se faire tout petit, on a tant besoin de secours, on a tant besoin de sentir une maman auprès de soi! Et qui donc ne souffre pas?... Qui donc ne pleure pas?... Qui donc ne tremble pas quelquefois sur la terre?... Qui donc n’a pas besoin de se faire consoler, de se faire pardonner, de se faire aimer, de se faire guérir?

Oh! oui, apprenons à nous faire bien petits et à ne rien faire sans le conseil, sans le secours, sans l’inspiration et le consentement de notre Reine chérie! Qu’elle soit toute notre confiance et toute notre espérance en Dieu.

Elle est mère, et comme mère, elle est d’autant plus empressée à voler au secours de son enfant qu’il implore son aide avec plus de confiance et plus d’amour.

Si des grâces temporelles nous sont nécessaires, elle nous les obtiendra, à la seule condition cependant qu’elles se rattachent à la vie surnaturelle, c’est-à-dire à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Ne demandons pas des choses qui ne peuvent ni glorifier Dieu, ni être salutaires à notre prochain, ni nous mener au ciel.

La belle mission de Marie est d’amener à Jésus tous ceux qui vont à elle.

Faisons-nous bien petits, et bien petits dans les bras de notre Mère aimée, plaçons-nous tout près d’elle: elle nous apprendra notre devoir, elle nous dira que notre devoir et tout notre devoir de chrétien est de ressembler à Jésus, et qu’il n’y a toujours en tout temps, en tout lieu, qu’une manière de lui ressembler: se renoncer soi-même, prendre sa croix et le suivre. Mais elle nous dira aussi ce qu’elle sait par expérience: c’est qu’avec Jésus, se renoncer, prendre sa croix et le suivre en la portant, ce n’est pas mettre des boulets à ses pieds mais des ailes à son cœur, de la joie, du bonheur, du ciel dans sa vie... c’est monter, c’est se rapprocher de Dieu pas à pas. Elle nous dira que la croix se fait de jour en jour plus légère, plus aimée, quand on la porte en se sanctifiant.

Suivons Jésus et suivons-le avec Marie, son incomparable Mère. Attachons nos regards non uniquement sur sa divinité, mais sur son humanité sainte, sur son humanité souffrante... Jésus le modèle parfait, le modèle complet, le modèle de tous.

Regardons-le, regardons-le souvent, regardons-le longuement, regardons-le toujours, non pour le copier dans ce qu’il a fait – on ne devient pas saint par copie – mais pour lui ressembler dans ce qu’il est: doux et humble de cœur, rempli d’amour, rempli de charité, de compassion et de pardon pour tous, obéissant... et obéissant jusqu’à la mort sur la croix, pauvre dans sa naissance, dans sa vie et à sa mort... pauvre et sans égal.

Laissons ses gémissements, ses cris d’amour, ses cris de détresse, ses divins soupirs s’imprimer ineffablement en notre esprit. Laissons, sans jamais nous plaindre, le glaive de feu s’enfoncer sans fin dans notre cœur, jusque dans notre âme. Laissons sa douloureuse Passion se renouveler en nous... Laissons-nous clouer en croix avec le Christ! Laissons Jésus et Marie nous refaire en eux et uniquement pour eux.

La maternité divine a revêtu la Sainte Vierge d’une grandeur qui ne peut avoir d’égale ni sur la terre, ni dans le ciel. Elle la place au-dessus de tout ce qui n’est pas Dieu. Elle lui donne, par participation, la puissance que Dieu a par nature, et on peut dire d’elle qu’il ne se passe rien au ciel et sur la terre sans qu’elle n’intervienne.

La maternité divine a donné à la Sainte Vierge, dans ses rapports avec nous, la tendresse bienfaisante d’une mère, l’autorité incomparable d’une reine. Marie Mère de Dieu, Marie Reine d’amour, participe à la médiation du Christ et à toutes les grâces que le Christ nous a acquises; elle a mérité d’en devenir la distributrice. C’est elle qui distribue tous les dons, toutes les vertus, toutes les grâces à qui elle veut, quand elle veut, de la manière et dans la mesure qu’elle veut.

Ô Marie, que vous êtes bonne!

Ô Marie, que vous êtes grande!

Ô Marie, que vous êtes puissante!

Ô Marie, que je vous aime, vous qui êtes ma Mère!

Jésus et Marie... Ne les repoussons jamais de notre cœur. Allons de l’Amour à l’amour... de la Miséricorde à la miséricorde... de la mort à la vie!

^ 3 février 1930 (lundi)

 

Pour demain, la grande visite aimée, la douce visite de Jésus-Hostie! Aucun sentiment, aucune impression sensible, aucun tressaillement de joie, aucun contentement intime à l’éveil de cette pensée... Quel airain, que mon cœur!

Pourquoi cette singulière insensibilité, cette absence de chaleur, ce manque de vie dans tout mon être, moi qui, à l’ordinaire, palpite de désir et de joie quand je vais recevoir mon Jésus, mon Roi?

Je ne pleure pas... j’étouffe!

J’éprouve une espèce de dessèchement intérieur. Serait-ce, ce que l’Eglise appelle "les sécheresses"? Cela ressemble à un désert sans lumière, sans verdure et sans eau... à un affreux trou noir. C’est un vrai martyre pour mon âme, comme pour mon corps et mon cœur... Avec effort je pense à Dieu.

Ô Jésus, mon Dieu, ô mon Roi bien-aimé, auriez-vous entièrement abandonné votre petite victime à son néant, à sa misère? Que votre volonté soit faite, ô mon Maître adoré, mais donnez-moi la permission de vous aimer, faites que je puisse vous aimer toujours, vous aimer quand même.

Tout dernièrement, après une communion très fervente, Jésus m’avait fait comprendre par voie de communication qu’il voulait que je m’élève jusqu’à lui par le moyen de l’Eucharistie.

En cette veille de le recevoir sacramentellement dans le pauvre petit jardin sans fleur de mon cœur, je renouvelle la prière ardente que je fis alors – et avec encore plus d’humilité – et le supplie de toute ma faiblesse, de tout mon désir de l’aimer et de lui appartenir, de descendre lui-même sur ma petitesse extrême, de se donner à moi, de venir en moi pour m’élever, lui seul, jusqu’à son Cœur...

Quelle atroce et terrible nuit j’ai passée! On dirait que Jésus m’a complètement abandonnée pour me livrer à la rage de Satan. J’ai tant souffert qu’il m’a semblé plus d’une fois que mon cœur allait se fendre, mes veines se rompre, dans ces atroces douleurs.

Venez, Seigneur Jésus! Venez, ô mon Maître, ô mon Roi chéri! Venez réjouir mon cœur!... Venez consoler mon âme de votre adorable présence!... Venez l’orner de toutes vos vertus!... Venez l’enrichir de vos dons!... Venez la fortifier... Venez l’encourager contre l’ennemi du bien, l’ennemi du salut, et mettre en elle le germe de la vie immortelle. Venez, ô le bien-aimé de mon cœur! Venez, ô Jésus, ma vie et mon âme... Venez!...

Ô vous qui êtes l’Amour, la Lumière et le Salut! Soyez en moi l’amour qui demeure, la lumière qui éclaire, le Sauveur qui bénit.

Ô douce, ô belle, ô puissante Marie! ô ma Reine, aidez-moi en ce moment si grave, et dans les luttes si dangereuses de la vie, mettez-moi –  puisque vous êtes ma Mère – dans les dispositions où me veut Jésus. Venez en moi pour m’aider à aimer.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour moi pauvre pécheresse, maintenant et à l’heure de ma mort.

 

Un petit réveil en moi ce matin! Mon âme, malgré l’épaisseur de ses ténèbres, est dans une volonté d’amour infini...

 

Sainte Communion. Enfin je l’ai trouvé, Celui que mon cœur aime! Il est à moi... je ne le quitte plus.

Ô bonheur et martyre, délices et douleurs! il s’est donné... ilm’appartient... je le possède enfin.

Mais ce n’est plus l’aimable, le tendre et doux Jésus qui se fait sentir aujourd’hui dans mon cœur, mais le Dieu juste et terriblement sévère.

Plusieurs heures durant, j’ai comme été plongée dans un abîme de feu, feu de douleur plus que d’amour.

Je me sentais brûler vive, réprouvée, bannie loin de Dieu, loin de Jésus, venu dans mon cœur si peu de temps avant! C’était affreux, terrible, plus terrible que la veille... que la nuit passée. Les actes d’amour... les actes de confiance et d’abandon à l’Amour et à la Miséricorde que j’ai faits en ces quelques heures, ne peuvent se compter!

Je ne comprenais plus l’Amour, je ne voyais plus de miséricorde. Ce que j’ai éprouvé alors ne peut s’exprimer. Je ne m’explique la cause de toutes ces atroces douleurs qu’en cela... Ou plutôt je ne m’explique rien et ne cherche pas à rien m’expliquer.

Je m’abandonne avec plus de confiance, plus d’amour encore au bon plaisir de Celui qui vit et demeure en moi et à qui j’appartiens sans réserve. Je crois cependant qu’il faut attribuer ces excès de souffrances au fait suivant: mon confesseur m’ayant demandé d’offrir ma communion et mes souffrances intimes à l’intention d’une âme au seuil de son éternité (laquelle personne, malgré les supplications, les prières de son entourage et les multiples exhortations du prêtre, ajournait toujours sa réconciliation avec son Sauveur et son Dieu, refoulant en ceci les grâces exceptionnelles qui lui étaient inévitablement accordées à ce moment suprême), j’acquiesçai tout de suite et de tout cœur à la prière de mon confesseur, non sans lui dire cependant que j’étais un bien, bien pauvre intercesseur.

Comment en effet Dieu m’exaucerait-il?... J’ai tellement la poignante impression qu’il ne m’écoute plus, qu’il m’a repoussée de son Cœur, loin de lui!

Ô malheureux engourdissement de nos âmes! Ô cœurs si farouchement, si désespérément clos! A quel atroce réveil nous exposons-nous?...

Dieu juste, mais si bon et si infiniment compatissant à nos faiblesses, à nos ignorances... si infiniment miséricordieux à nos égarements, à nos péchés, ayez pitié de l’ouvrage de vos mains, faites grâce et miséricorde à cette pauvre âme que les biens de la terre ont si malheureusement endurcie!

Ô mon Dieu, je vous le demande au nom de Jésus descendu vivant dans mon cœur, je vous le demande par ses souffrances, par ses mérites inépuisables, infinis, par les douleurs, par les larmes que la Sainte Vierge a versées au Calvaire à cause de nous, par mes pauvres petites souffrances unies aux leurs, si grandes, et par toutes les prières, offrandes et sacrifices que beaucoup d’âmes généreuses vous offrent en sa faveur. Pardonnez-lui, ô le plus doux, le plus tendre des pères. Seigneur Jésus, faites descendre sur cette âme, si près de paraître devant vous, un rayon de lumière de votre Face adorable, et elle sera sauvée.

Parlez au Bon Dieu de cet enfant de vos douleurs, ôcharitable Mère. Bienheureuse armée des élus, intercédez en sa faveur!

Mon Jésus, pitié et miséricorde!

^ 5 février 1930 (mercredi)

 

Ô Vierge si belle et si pure, ô Immaculée Vierge Marie, gardez-nous, Jésus et moi, bien amoureusement unis dans votre Cœur maternel.

^ 8 février 1930 (samedi)

 

Seigneur! ô Roi des rois! ô Jésus mon Dieu! une fois encore, une fois de plus, votre souveraine grandeur, votre adorable majesté, votre douceur, votre infinie charité, a pénétré mon âme, envahissant tout mon être avec une splendeur, une puissance inaccoutumée et d’une durée (du moins il me le semble) encore inconnue.

Mais comment m’y prendre, comment savoir dire toutes ces choses qui dépassent l’être de tellement haut?

Rien ne se présente à mon esprit me permettant de donner la plus petite ressemblance sur ce qui se passe au-dedans de moi.

On comprend, on sent, on goûte ces choses, mais on ne peut ni les dire, ni les expliquer! Ô Seigneur Jésus...

Quel singulier, quel craintif émoi éprouve la pauvre nature lorsqu’après une prière calme, apaisante, elle se sent tout à coup et fortement saisie, possédée par une flamme intérieure dont rien à l’avance n'avait donné la moindre idée; et qui lui fait souffrir – en les bénissant d’ailleurs– des tourments indéfinissables et pleinement délicieux. Dieu prévenant toute pensée, toute préparation intime, fond sur l’âme à la façon d’un gigantesque oiseau sur la proie qu’il convoitait, la prend, l’enveloppe, l’enlace, l’emporte toute frémissante, toute palpitante d’amour, elle a l’impression, très haut, dans une atmosphère, une clarté délicieuse, éblouissante, où elle voit, où elle comprend d’une certaine manière, absolument inexprimable humainement.

L’âme a besoin et doit donc montrer ici une grande confiance, et beaucoup de courage, pour s’abandonner, pour se livrer complètement, pour braver, repousser ces craintes où l’on croit que la vie, la raison sont en danger.

Ce qui arrête mes transports, mes élans, c’est bien cela: j’ai peur d'avoir à me jeter dans l’abîme. Et cette sensation, je l’éprouve presque chaque fois.

Mais je dois, il faut vouloir même cela, si je ne veux pas me refuser à Dieu, et me jeter quand même entre ses bras.

Ces "ravissements d’esprit", cette vision purement "intellectuelle" a eu l’immense avantage de m’arracher (je ne sais pour combien de temps) aux tourments douloureux dans lesquels, par ordre de la volonté divine, j’étais englobée depuis de nombreux jours déjà.

Gloire et louange en soient rendues à Dieu!

J’étais à terre, gisante, écrasée sous le poids de la croix, trop faible ou trop lâche pour me relever toute seule. Jésus en bon Père, en bon Frère, a eu pitié de sa petite misère, exauçant sa prière ardente. Il est venu, il s’est donné à elle, pour l’avoir avec lui, pour l’unir à lui... pour la fondre, la perdre en lui... et dans une mesure tellement inespérée.

Tout mon être vient de subir une heureuse transformation. Et mon âme, hier encore ensevelie dans les plus désolantes ténèbres, s’ouvre à des horizons nouveaux. Je me sens aussi toute renouvelée pour la lutte et pour la souffrance. J’ai eu peur à un moment donné de n’avoir plus la force, plus la volonté à rien. Quelle angoisse! Mais Jésus m’a refaite en lui, et uniquement pour lui seul. C’est comme une vie nouvelle... Je suis avide, j’ai vraiment faim et soif de travailler pour l’amour et la gloire de Dieu, pour la divine royauté du Cœur Eucharistique de Jésus et de Marie Immaculée, non que je puisse compter et que j’aie le droit de compter sur beaucoup d’œuvres extérieures, mais sur l’apostolat de la réparation, de la prière et de la souffrance, le silence du renoncement et de l’amour en tout.

Notre Dame du Bon Secours, priez pour moi et inspirez beaucoup d’âmes généreuses à prier pour moi, ô ma si chère Mère.

Que toutes mes journées soient à Dieu, et pour Dieu seul!

Seigneur, augmentez ma foi, donnez-moi plus de vie, plus d’élan, plus d’amour. Faites que j’agisse toujours sous l’influence directe de l’Esprit Saint et selon mes plus chères convictions.

Ô Dieu d’amour! découvrez-moi, dans la mesure en rapport avec ma faiblesse, les splendeurs de la vie surnaturelle, les beautés achevées de votre perfection, les grandeurs incomparables de votre humilité, les adorables délicatesses de votre douceur, les exigences heureuses de votre charité, les merveilles cachées et les précieux avantages de la croix, les affinités de la grâce, les sommets sublimes de la vertu... les délices de l’intimité eucharistique.

Mais que sera donc, dans l’éternité, que sera-ce donc de voir Dieu dans le ciel, puisque ce que je vois, ce qu’il daigne me montrer de lui est déjà si merveilleusement, si infiniment beau!

Que je sois la consolation, le bonheur et la joie de mon Dieu!

Ô nous qui voulons aimer Jésus, et qui voulons l’aimer d’amour pur, rappelons-nous qu’il n’y a qu’une voie qui mène à l’Amour: l’humilité, la confiante simplicité, dans la plus héroïque charité. Et ce degré de perfection de l’amour divin est un précepte qui s’adresse à tous.

^ 10 février 1930 (lundi)

 

Gloire soit rendue à Dieu qui me donne force et courage par Jésus Christ, mon Sauveur!

 

Si je considère Jésus souffrant, mourant pour nous, une vertu sort de lui et me remplit de confiance; et comme lui, à mon tour, j’aime et je suis heureuse dans la souffrance.

 

Pour ton amour, ô Jésus

J’ai bu l’amer calice, j’ai bu jusqu’à l’ivresse,

Ne cherchant doux refuge que dans ton divin Cœur

Car toi seul es ma force... et moi l’humble faiblesse.

Ne m’abandonne pas, je suis tienne, ô Seigneur!

 

Je suis ta proie, Jésus, pour la croix, dans la joie;

Dans la cruelle épreuve et la vive douleur,

Qu’il est doux de souffrir lorsqu’on s’immole à toi,

Et qu’on a pour foyer le doux feu de ton Cœur!

 

Sur ton Cœur, ô Jésus, j’ai connu tous les charmes,

Dans tes brûlants baisers, j’ai palpité d’amour,

Mais tes traits douloureux, j’ai tant baignés de larmes;

Je suis à toi, Jésus, heureuse et pour toujours.

 

Je sais où vit l’Amour, j’ai vu briller la flamme!

Pour ton Ciel, ô Jésus, je veux cueillir des fleurs.

Des tourments bien amers ensanglantent mon âme,

Mais sans cesse, je dis: «Merci, merci Seigneur».

^ 12 février 1930 (mercredi)

 

Mon cœur saigne, brisé et déchiré de part en part. J’ai cru mourir sous le coup de la triste nouvelle! Un poignard a traversé mon cœur. Ô mon bien-aimé Jésus, vous vouliez encore cette nouvelle épreuve, un nouveau témoignage de mon amour.

Mon cher père spirituel est très souffrant, m’a-t-on dit, et par ma faute j’en suis sûre, puisque c’est pour moi, pour moi, pour mon bonheur surtout qu’il a dû faire ce long et pénible parcours de l’église jusqu’ici, cause presque certaine de sa maladie.

Mon Dieu, si je suis cause, mais bien involontairement, de son mal, ne ferez-vous pas que je souffre pour lui, ne m’enverrez-vous pas un nouveau calice, une plus lourde croix pour sa guérison? Il est cependant si nécessaire, si utile à sa paroisse.

J’ai péché contre vous, ô mon Dieu, et tout péché, pour être pardonné, demande expiation! Doux Seigneur, ne me regardez pas avec toute votre colère, je me jette dans vos bras, je me livre à vous... je veux réparer.

Oh! mais pourquoi demander, supplier plus longtemps? N’était-ce point déjà la divine réponse, ce glaive transperçant mon âme? Ô mon Jésus, fiat et merci.

Ô mon Amour et ma Vie, vous savez que, pour lui comme pour les chers miens, je donnerais tout; je donnerais ma vie pour leur bonheur. Cependant, bien que l’aimant toujours davantage et me faisant connaître et me découvrant à lui bien mieux qu’autrefois, je vois que j’en suis de moins en moins comprise et aimée.

Ô mon unique et très cher Ami, c’est vous qui désiriez et vouliez l’union de nos âmes dans cet abîme infini qu’est votre divin Cœur. Me suis-je donc trompée, aurais-je été dupe de mon imagination? Fiat; non pas ma volonté, mais la vôtre, Seigneur!

Divin Créateur, union des âmes et des cœurs qui vous aiment, si le prêtre que j’ai cru m’avoir été donné pour guide, pour directeur spirituel, veut de sa volonté briser les liens sacrés scellés par vos mains divines, pour des raisons que j’ignore, pardonnez-lui, ô mon Jésus. Pardonnez-lui, pour son activité, sa générosité à votre service, son admirable et inlassable ardeur à vous aimer et à vous faire aimer, et pour le bien spirituel de sa pauvre paroisse sur laquelle vous m’avez promis de triompher, de régner un jour, malgré l’indifférence et l’indignité de certaines âmes, malgré la lutte acharnée de vos ennemis, malgré la rage et les efforts de Satan, malgré l’apparence et les oppositions actuelles.

Seigneur Jésus, guérissez son corps, vivez en lui, agissez en lui, avec lui toujours; donnez-lui, donnez-nous la joie de contribuer pour une large part à votre règne sur ce petit coin de France, sur toute la surface de la terre et jusque sur les points les plus reculés du globe, et de vous faire beaucoup aimer en vous aimant plus que les autres. Divin médecin des corps et des âmes, rendez, je vous prie, la santé à mon père spirituel. De toute sa personne, mais surtout de son âme, je vous en supplie ô mon Jésus, prenez-en bien soin. Ô Mère si bonne, penchez-vous, s’il vous plaît, sur ce fils de votre tendresse, posez sur son front en sueur votre main guérisseuse, et votre pauvre petite enfant sera aussitôt consolée.

Néanmoins, je confesse très humblement qu’un coup imprévu n’est plus pour moi un événement extraordinaire. La douleur s’affirme chaque jour de plus en plus torturante, de plus en plus crucifiante pour mon âme, mon cœur et mon corps. Heureuses souffrances, source des suavités célestes, force et joie de l’esprit, délices de l’âme qui sait donner à Dieu l’amour pur, l’amour vrai, l’amour complet, l’amour éternel et qui sent en elle le besoin d’aimer toujours plus, d’aimer jusqu’au sacrifice suprême, jusqu’au martyre!

Il faut souffrir pour être bien sûre de s’être donnée sans réserve; le cœur partagé veut jouir dans ses affections, le cœur tout donné ne veut que souffrir et ne se plaint jamais de trop souffrir, de trop se dévouer.

On dit «assez» à la joie, aux douceurs divines, on ne dit jamais «assez» au dévouement qui coûte, aux douleurs qui torturent. La souffrance alimente, exalte, enflamme et sanctifie l’amour... et l’amour ne conserve bien toute sa pureté et toute sa fraîcheur qu’au milieu des tribulations.

L’âme la mieux gardée est celle que gardent les peines.

Que de raisons de me réjouir, moi qui semble vraiment être née et élue par Dieu pour souffrir, et qui l’ai entendu me répéter nombre de fois qu’il voulait me faire vivre dans le silence, le renoncement, les humiliations, dans un journalier surcroît de tortures, toujours en vue et pour la gloire de son nom, l’honneur de sa passion, pour la confirmation de la foi et le triomphe du règne de l’Amour sur toute la terre et dans toutes les âmes.

J’éprouve dans tout mon être un si grand détachement, une paix si profonde, tant d’amour à toujours souffrir.

^ 12 février 1930 (mercredi)

 

Les heures consacrées à Dieu sont des moments de lumière et de joyeuse compagnie dans la maussade solitude de cette vie.

Aimer vraiment Jésus, l’aimer de toute son âme, de tout son être, de toutes ses forces... L’aimer par-dessus tout, c’est s’offrir à partager les douleurs de son agonie et de sa sainte passion.

Toute âme qui embrasse généreusement et pleinement le désir de la perfection doit s’attendre à être éprouvée par des peines extraordinaires, afin d’être par là purifiée et rendue capable de jouir de Dieu. Mais quelle âme généreuse s’est jamais fatiguée de souffrir à cause de sa tendresse? Quel cœur, je l’ai déjà dit, s’est jamais plaint de se dévouer toujours?

«Quelle que soit la douleur que ta tendresse endure,

Laisse-la s’élargir, cette sainte blessure!»

Oh oui! laisser faire Jésus... Lui laisser élargir tous les jours la sainte blessure de l’amour. Soit qu’il le fasse d’une façon directe, soit qu’il se serve de la main quelquefois si cruelle du prochain, ou même – ce qui est plus terrible encore – des griffes épouvantables du démon.

Quel bonheur de tant souffrir et de toujours souffrir! Rien n’est capable de me réjouir, si ce n’est la croix de mon divin Maître et Seigneur Jésus.

Que d’autres mettent leur bonheur à monter sur le Thabor, à jouir des consolations divines! Pour moi, je ne veux que la souffrance, rien que la souffrance et toujours la souffrance! Oh! quel bonheur de pouvoir souffrir en silence et de vivre journellement sur la croix au milieu de toutes les tribulations du corps et de l’esprit!

Que sont les joies, les honneurs, les richesses, les satisfactions de la terre, même accumulées, pour l’âme qui regarde le ciel?

J’éprouve une bien plus grande joie à me sentir sous les pieds de tous et dans le dénuement de toutes choses pour l’amour de Dieu, qu’au-dessus d’un seul.

Que sont tous les vains discours des hommes?... Qu’est donc le monde?... Que sont toutes les merveilles du monde à côté d’une seule parole du Seigneur, comparées à la beauté d’une âme consacrée à l’Amour?...

Il y a des souffrances plus cruelles que la mort pour les âmes attachées à Dieu et totalement résolues à bien faire. C’est surtout la crainte continuelle de pécher, la violente tentation au mal et la terrible angoisse de se sentir éloignées de Dieu. Or, tous ces maux extrêmes, le Seigneur a résolu dans sa tendresse qu’ils fondent sur sa petite servante.

Ma croix, c’est la vie! Je n’aspire qu’au ciel... Je n’attends que le ciel pour aimer, être aimée et faire aimer l’Amour.

Ô ma bien douce Mère, priez, je vous en supplie, pour que je marche très vite, mais très humblement, sur les pas de Jésus, sans plus jamais m’arrêter.

^ 14 février 1930 (vendredi)

 

Une âme ne peut donner aux autres que du trop-plein d’elle-même, que le surplus qui lui est donné.

On ne peut faire aimer l’Amour que dans la mesure où on le possède, comme on ne peut rayonner que si on porte en soi la Vérité, qui est la Lumière.

On aide, on encourage, on guide, on soutient les âmes dans la belle voie de Dieu, on ne les maintient dans le parfait détachement de toutes choses que par l’exemple et par l’entraînement d’une ascension continuelle; et en continuant à développer en soi, à l’infini, ce don divin entre tous: la Vie... la vraie Vie qui est Dieu... Dieu: l’Amour et notre fin.

Oh! Vie de Dieu en moi! quel bienfait! quelle immense douceur! quelle ivresse!...

Pour donner inlassablement, il faut puiser incessamment dans l’unique trésor d’amour que l’on trouve caché en Dieu, sans se lasser jamais à venir emplir la coupe immense de son cœur au fleuve de toutes les grâces.

Ô Dieu, source de tous les biens! Ces torrents de flammes, ces eaux si douces qui jaillissent nuit et jour de votre Cœur dans le mien avec tant d’abondance, faites que suivant vos inspirations, dans la lumière de l’Esprit Saint, avec la bienfaisante assistance de la Très Sainte Vierge, je les répande sur tous et sans mesure.

Ô mon grand dépouillé du Calvaire, cette grâce d’amour, je vous la demande en faveur de tous ceux qui, sur la terre, luttent, souffrent, travaillent, peinent et prient; pour les chères âmes du purgatoire: mettez fin à leurs souffrances en les attirant toutes dans le ciel.

Ô mon Dieu, Trinité que j’adore, vivez en moi pour que jevive parfaitement en vous, pour que je vous révèle... pour que je vous montre... pour que je vous donne... et vous donne à tous!

C’est encore la douce voix de Jésus, dont les accents me font tressaillir jusqu’au fond de l’âme, qui m’invite à lui demander quelque chose: «Ma fille, demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai.» – Mais, doux Seigneur, que puis-je vouloir que vous ne vouliez vous-même? Tous vos désirs sont les miens et je suis votre très humble servante.

La voix se fait plus pressante encore: « Ma fille, que veux-tu?» – Ce que je veux: votre Cœur, votre amour, ô Christ Jésus... «Mais pourquoi mon Cœur, et pourquoi mon amour?» – Pour vous aimer avec votre Cœur... pour vous aimer par votre amour, pour vous aimer comme vous vous aimez vous-même.

Je suis aussi votre petite victime: Seigneur, crucifiez-moi, et plus invisiblement, plus amoureusement, plus pleinement que jamais. Ce que je désire, c’est vivre comme vous... avec vous... en vous et pour vous toujours.

Tout faire par amour... pour mourir d’amour!

Ô ma bonne Mère, dites bien à Jésus que j’accepte la souffrance, le combat, la lutte, et que par vous je lui abandonne tout, sans désir de récompense, sans rien recevoir en retour.

Je ne demande que des âmes! Ô mon Dieu, donnez-moi des âmes, des âmes à sortir du péché, à arracher à l’enfer pour les mettre entre vos bras.

La même voix répond au plus intime de mon âme: «Achète-les dans le silence et le secret de la souffrance...»

Seigneur, je les achète... Je suis toute à vous; disposez de moi... Et puisqu'on ne peut acheter les âmes que par l’amour et par la souffrance, continuez en moi votre passion rédemptrice.

Je suis votre petite passion, votre petite victime d’amour! Je vous donne mon cœur, ma vie, mon sang, mon âme... tout mon être, donnez-moi les douleurs de votre saint Corps, les terribles angoisses de votre Cœur, les tourments cruels de votre Âme... toutes vos tortures d’amour. Je veux devenir totalement Jésus, et Jésus crucifié, pour devenir Jésus Rédempteur... Jésus victime du Père... Jésus victime pour tous!

La souffrance se fait de plus en plus lancinante et plus aiguë, et la fièvre se maintient très forte depuis quelque temps.

Je me sens épuisée, usée, à bout; mais je sais très bien que si c’est Jésus qui le veut ainsi, je puis quand même résister encore de longs mois dans cet état languissant.

La fièvre, la souffrance physique et morale agissent, je crois, très efficacement et très favorablement sur mon activité spirituelle; et depuis cette nouvelle transformation, je pense aux âmes plus fort et m’unis bien mieux à elles en Dieu, priant plus qu’avant pour toutes, et spécialement pour les âmes sacerdotales, pour les prêtres, missionnaires, religieux, ma vocation particulière, ma belle mission d’amour. Jésus ne fait rien sans utilité et tout par amour, et s’il m’envoie tous les jours de nouvelles douleurs, de plus grandes épreuves, c’est qu’il a en vue un bien que j’ignore.

Vierge très pure et si belle, du sein de votre céleste gloire, aidez, je vous en supplie, votre humble petite servante à reposer amoureusement sur le Cœur de son Jésus, même si c’est la nuit, même s’il ne l’entend pas, même s’il paraît m’avoir abandonnée... Je sais qu’il est là, et quand même il ne me dit rien, il empêchera toujours que le mal me tourmente trop ou que l’angoisse se prolonge de manière à m’accabler, que la tentation me presse au point de me faire succomber... Je l’invoque et j’ai confiance qu’il viendra à temps et, tout en pleurant quelquefois et en gémissant, je continue ma tâche, ma vie de prière, ma vie de souffrance et d’immolation aimante.

^ 16 février 1930 (dimanche)

 

Mon Dieu, j’ai failli avoir regretté d’avoir été bonne! Daignez me pardonner cette malheureuse offense à votre amour et permettre que tout ce qui arrivera à l’avenir soit un bien pour mon âme et non un obstacle à son développement dans l’amour.

Il ne faut jamais repousser une âme que Dieu rapproche de la nôtre, parce qu’il ne le fait jamais sans une importante raison.

Que par mes souffrances et mes larmes je rachète ma faute, et si vous voulez bien avoir encore pitié de votre misérable créature, ô mon Dieu, vous lui pardonnerez de vous avoir fait souffrir, elle en est tellement punie aujourd’hui.

Très Sainte Vierge Marie, vous qui êtes toujours si bonne, très bonne infiniment avec moi, priez pour que je sois bien amoureusement obéissante à toutes les volontés de Dieu, qu’il n’y ait plus rien en moi qui ne soit totalement consacré, sacrifié, immolé à l’Amour et voulu par l’Amour.

Ô la plus tendre et la plus douce des mères, vous seule pouvez dire à Jésus l’immense affection, toute la tendresse de sa petite victime... Je ne veux que vous pour la lui faire savoir, que vous pour me conseiller, m’éclairer, me conseiller, me diriger, me fortifier dans l’amour.

Ô ma Mère, demandez bien à Jésus d’habiter en moi, près de moi, avec moi, toujours, avec le Père et le Saint-Esprit! Faites de moi une âme eucharistique.

^ 18 février 1930 (mardi)

 

Je l’ai compris: si la patience conduit à la paix et à la sainteté par l’amour, l’humiliation est la voie directe qui mène à l’humilité, source de toutes vraies grandeurs; elle est aussi un moyen énergique pour nous détacher des créatures et nous attacher à Dieu.

Résolution: laisser l’humiliation accomplir dans mon âme son œuvre de purification et de perfection.

^ 20 février 1930 (jeudi)

 

Je n’ose plus rien comprendre! Je devrais plutôt être triste, languissante, abattue au milieu de tant de douleurs et de peines; et bien non, mon âme au contraire déborde de joie, d’amour, de foi!

Que Dieu est donc admirable dans ceux qui l’aiment et qu’il détourne, par la tendresse de son amour, des satisfactions et des plaisirs de la chair; qu’il empêche d’arrêter leurs pensées sur aucun objet terrestre et leur fait trouver en lui leur joie et leur consolation.

Je ne trouve pas de mots assez justes pour dire la douceur, la force de cette joie d’amour, de cette paix, de cette foi en Dieu.

Oh! oui, je suis à Dieu, et toute à lui! Tout mon être en est comme purifié, transfiguré de bonheur.

Oh! comme avec saint Paul, je me plais dans mes infirmités, dans mes douleurs et dans mes souffrances, puisque c’est Dieu qui me les envoie.

Je surabonde de joie dans mes tribulations... mais mon bonheur n’est qu’en Dieu. Ce matin encore, pendant la sainte messe, en m’offrant au Père avec Jésus pour le salut de tous, et lui disant: «ô Père, Jésus me veut, je suis à lui», j’ai eu une impression d’amour qui n’est pas de la terre. Que va-t-il donc se passer? Prier... me faire plus pauvre, plus petite encore... attendre dans la paix et le calme la volonté de Dieu.

De plus en plus, je compte sur notre bonne Mère. Je suis entre ses mains, elle fera donc sans aucun doute ce qui sera le meilleur pour son enfant.

Ô ma Mère, dites bien à Jésus que je donne tout... que j’abandonne tout... que je sacrifie tout pour mieux l’aimer!

C’est en priant le Père que j’ai reçu Jésus, que j’ai connu son amour. Maintenant, Jésus, qu’il me révèle le Père davantage.

Toute ma joie est d’aimer Dieu et les choses de Dieu, et de m’efforcer, en les aimant, de m’unir à lui et de me transformer en lui, pour sa gloire.

Mon amour, ma foi montent et s’affirment tous les jours, dans la plus douce, la plus respectueuse tendresse, avec mon grand désir de mieux connaître, de mieux comprendre pour mieux aimer encore.

Pourquoi la vérité du monde, l’amour de Dieu, la charité du Christ, n’est-elle pas mieux connue?... Pourquoi reste-t-elle une beauté cachée, ignorée de tous? Pourquoi faut-il que tant de chrétiens n’en soupçonnent même pas l’existence ou que, mis en face de ces abîmes d’amour, ils se contentent de les considérer d’un regard furtif et seulement de loin, en restant pour ainsi dire sur le seuil de cette demeure splendide, sans se donner la peine d’y entrer?

Que leur manque-t-il donc? Que manque-t-il aux hommes pour qu’ils retrouvent le bonheur? Ah! sans doute ces yeux et ce cœur d’aigle dont parle la Sainte Ecriture, que la lumière attire et qui ne trouve son repos que dans la contemplation des choses divines, que dans l’intimité de la Famille divine.

Il leur manque le désir et la volonté de s’instruire dans la science du divin amour. Il leur manque peut-être aussi d’être assez humbles pour s’approcher de Dieu, pour se laisser enseigner par Dieu. Ils ne sont pas de la race de ceux que le divin Maître instruit de ses secrets d’amour, et au sujet desquels il disait: «Je vous loue, mon Père, de ce que vous avez caché ces choses aux prudents et aux sages, pour les révéler aux petits...»

Il leur manque ce qui est seul essentiel et nécessaire... Illeur manque Dieu! Il s’agirait donc de rendre Dieu au monde, de l’aider à revenir à Dieu pour qu’il retrouve le bonheur. Il s’agirait surtout, pour remédier aux maux terribles que nous traversons, de montrer au monde perdu dans l’impiété, l’immoralité et le vice, les abîmes d’amour du Sacré-Cœur de Jésus, si aimant et si peu aimé.

Tous nos désirs, toutes nos prières, tous nos sacrifices, nos souffrances et nos intentions devraient avoir jour et nuit pour but unique, d’obtenir que le feu de l’amour s’allume dans tous les cœurs et que la douceur de sa grâce les fortifie et les console dans le bonheur comme dans le malheur.

Jésus a soif de donner son amour. Il a soif de le donner à tous. Son Cœur adorable s’ouvre devant nous avec plus de compassion, plus de miséricordieuse tendresse que jamais. J’en ai la certitude, ayant entendu ces divines paroles il y a peu de jours dans l’oraison: «Ma fille, va, dis aux hommes combien je suis bon, pour ceux qui m’aiment et prodigue de mes bienfaits. Dis-leur à tous, mais surtout aux pécheurs, que je les aime, et que dans mon amour je n’ai véritablement pour eux que de la tendresse... Ils m’ont tant coûté. Dis-leur aussi que je suis disposé à pardonner à tous ceux qui viennent à moi avec les dispositions requises: c’est-à-dire avec respect et humilité, quelle que soit l’énormité de leurs fautes, quel que soit le nombre de leurs péchés et le temps qu’ils ont vécu dans le péché; pourvu qu’ils soient bien préparés à recevoir le pardon et bien disposés à recevoir l’absolution.» Le même jour j’entendis encore ces mots: «J’ai les mains pleines de bénédictions que je ne demande qu’à répandre. Demande-les-moi pour toi, pour les tiens, pour tous ceux que tu aimes... pour tous.

Demande-moi des grâces de salut pour les pécheurs et je te les accorderai. Oh! demande-moi, demande-moi surtout des grâces de sanctification pour mes prêtres bien-aimés. J’ai fait du prêtre l’instrument visible de mon action sur les fidèles pour les sanctifier, et sur les infidèles pour les éclairer. Si leur état d’âme n’influe en rien sur la validité des actes du sacerdoce, il n’en est pas moins vrai cependant que plus le prêtre sera saint, plus son influence sera profonde sur les âmes.»

La plus ou moins grande sainteté du clergé importe donc grandement dans l’Eglise. Et c’est grâce aux prêtres brûlants d’ardeur et de zèle pour la gloire du Christ et de sa Sainte Mère que leur double royauté d’amour s’établira de plus en plus dans l’univers entier.

Oh! je voudrais être un homme plein de science et de vertus pour écrire un ouvrage aussi spéculatif que pratique sur l’amour de Dieu, et les merveilles de cet amour.

Je voudrais éclairer les âmes comme les prophètes et les docteurs; je voudrais parcourir la terre en tous sens, prêcher le saint Nom de Dieu et planter sur le sol la Croix glorieuse de Notre Seigneur Jésus Christ! Mais une seule mission ne pourrait me suffire, je voudrais en même temps annoncer l’Evangile dans toutes les parties du monde et jusque dans les îles les plus reculées; je voudrais aller là où jamais personne n’est encore allé.

Je voudrais être partout à la fois pour dire et redire au monde combien le Bon Dieu est bon, combien il aime les hommes et se montre pour tous tendre et compatissant. A quel point il est Père, et Père plein de bontés et de miséricorde. Que rien n’est plus facile que de le réjouir et de le satisfaire... Que rien n’est plus doux que de l’aimer, que rien n’est plus facile non plus, puisque même nos plus petites actions faites par amour suffisent pour charmer son Cœur.

Je voudrais pouvoir dire à tous ceux qui, ayant le cœur droit, cherchent partout un introuvable bonheur, que le secret pour être toujours heureux, oui malgré toutes les souffrances et les adversités, se trouve caché dans l’Evangile, qu’il suffit de le chercher, que c’est là que leur sera révélé le grand commandement de l’amour, en même temps que la manière de le pratiquer, puisque c’est par la méditation du Texte sacré qu’ils apprendront à connaître et à aimer Celui dont la connaissance et l’amour suffisent – et bien au delà – à satisfaire les plus brillants génies et à rassasier les cœurs les plus affamés de bonheur.

Rien, en effet, ne peut faire notre bonheur sans Dieu. Et voilà ce que beaucoup ne veulent pas comprendre, ce qui paraît difficile à plusieurs, ce qui leur semble même impossible ou tout au moins exagéré.

Rien n’est plus vrai cependant; et il semble bien que ce que Dieu semble vouloir inculquer le plus fortement aux hommes, c’est cette idée qu’il est le Père plein d’ineffable douceur, qu’ils doivent le considérer comme tel et agir en conséquence dans toutes leurs relations avec lui.

Mais ce n’est pas à moi à démontrer ces choses, ces œuvres-là me sont interdites. Dieu a donné à moi l’apostolat de l’amour dans la souffrance, dans toutes les souffrances s’il le veut!... d’aimer pour ceux qui combattent.

A l’Esprit Saint, le grand illuminateur des âmes, d’ouvrir nos yeux aux grandes vérités de la foi. Notre pire faiblesse en ce monde, c’est l’ignorance de Dieu.

Nous sommes assis dans les ténèbres de la mort et nous ne savons voir ni plus haut ni plus loin que la terre. Dieu nous échappe parce que notre âme n’est pas assez pure, assez limpide, assez dégagée des liens terrestres qui nous prennent par tous nos sens. Et c’est pourquoi il faut supplier Dieu de purifier nos yeux et nos cœurs, afin que nous puissions le connaître et l’aimer.

Que la lumière se lève dans nos esprits enténébrés, pour nous montrer la voie de la paix.

Cette nuit, j’ai pensé intensément à l’amour du Père pour son Fils bien-aimé, à la Vie glorieuse de la Sainte Trinité, et plusieurs fois dans mon sommeil j’ai été saisie d’un recueillement étrange, d’un immense désir de prier, de m’abandonner par Marie, «Reine des vierges, Reine des martyrs», à la très Sainte Trinité, mieux que je ne l’ai fait encore... Je me sens tellement et de plus en plus attirée.

Et plusieurs fois j’ai dit, pleine de respect, d’amour, de confiance: Que la bienheureuse et très auguste Trinité me possède et m’absorbe pleinement dans son amour.

Ô Père... ô Jésus... ô Saint-Esprit... ô Amour! ô sainte et divine Trinité! Oh! comme en Marie j’ai rendu grâce, et ai renouvelé mes pieux souhaits pour tous! Ô merveilleuse unité des âmes en Jésus, de Jésus en son Père; par conséquent, merveilleuse unité des âmes dans le Père, par Jésus son Fils.

Ô grandeur inouïe de la vie chrétienne. Elle nous transporte et nous absorbe en Dieu, elle fait de nous des enfants de Dieu, étroitement unis à leur Père, comme Jésus Fils de Dieu est uni à son Père.

Dans quelle captivante beauté, dans quel océan d’amour nous vivons! Est-il possible que Dieu nous aime à ce point? On dirait que notre bonheur fait partie de son bonheur à lui. Il se réjouit de notre retour, du pardon qu’il nous accorde, comme s’il avait besoin de nous. Et il veut que toute la cour céleste, tous les anges, tous ses amis partagent sa joie. Dieu est l’offensé, et c’est lui qui se réjouit le plus de pouvoir pardonner, et pour un seul pécheur qui fait pénitence, tout le ciel est en fête.

Quand nous comprendrons cet amour de Dieu pour nous, nous trouverons que l’éternité ne sera pas assez longue pour le remercier.

Aimer Dieu passionnément, l’aimer à la folie, l’aimer par-dessus tout, l’aimer plus généreusement tous les jours n’est pas assez pour mon âme... je veux encore le faire aimer!... Ce tendre Père, ce Dieu uniquement bon sait combien, avant toute chose, sa petite servante désire que tous le connaissent et l’aiment comme un père, que tous vivent et n’agissent que par lui, et se sentent comme moi près de lui de très pauvres petits enfants qui ont bien besoin de ses lumières, de ses encouragements, de ses conseils pour persévérer.

Avec la foi en Dieu et la connaissance de son amour, on peut facilement se passer du reste, tandis que tous les avantages, tous les plaisirs, les richesses, les honneurs de la terre ne peuvent remplacer la force, la paix, la joie d’une croyance vivante, d’une véritable tendresse. Non que je sois dure et ne sente pas très profondément la douceur d’aimer et ne sois pas émue à la vue des beautés de la nature, à la connaissance d’un bienfait ou d’une peine du prochain, mais c’est parce que je sens davantage que l’amour de Dieu est tellement au-dessus de tout et passe bien avant toutes les tendresses humaines, qu’aucune ne pourrait me consoler de sa perte, que rien ne saurait faire mon bonheur sans lui. Il est le seul nécessaire à mon bonheur, à mon âme, à mon cœur... à tout mon être. Sans lui, plus rien ne m’est doux, avec lui je me sers de tout pour aimer. Quant aux créatures, je n’ai besoin que de les savoir heureuses en Dieu pour être moi-même heureuse avec elles.

Seigneur, je vous fais l’abandon complet de ma volonté pour ne plus penser que par vous et ne plus agir qu’en vous seul en union avec mon Jésus, par la divine protection de ma Mère, par amour pour la Trinité.

Ô ma Mère, ô Immaculée Vierge Marie, vous dont la vie n’a été qu’un martyre et une lente agonie dans une perpétuelle ascension d’amour, aidez-moi à monter sans cesse dans la voie de la divine perfection, non pas d’un seul coup, ni dans une vision d’extase, mais jour par jour; non pas suivant mes désirs, mais les desseins de la Providence. Et qu’ainsi conduite par vous de clarté en clarté, jusqu’à la pleine lumière, je puisse voir dans toute sa captivante beauté la divine Charité, telle que les tout-petits ont besoin de la connaître, pour y trouver, avec le rassasiement de mes désirs, le secret de vivre et de mourir consumée par l’amour.

Ô Vierge Sainte, vous qui avez si bien conquis et captivé mon âme, gardez-moi maintenant tout entière et à tout jamais dans l’amour de votre divin Fils.

^ 22 février 1930 (samedi)

 

Toute perfection est dans l’amour... Toute sainteté est dans l’humilité! Ma vie, ou plutôt mon âme, est pleine des mystères, des ravissantes merveilles de l’amour divin! Tout me parle d’infini.

Ma vie est une prière, un doux rosaire d’amour. Et si les mystères douloureux sont les mystères de tous les jours, elle n’est pas moins divinement embaumée des mystères joyeux et glorieux.

Souffrir comme Jésus, en Jésus, par Jésus, me consumer d’amour pour sa gloire, c’est tout mon bonheur et ma joie de vivre... C’est aussi ma plus grande gloire! J’ai dit "gloire", parce que toute ma gloire est dans la Croix de Jésus.

Je suis quelquefois étonnée qu’au milieu de tant de souffrances ma vie soit si étrangement, si mélancoliquement belle, d’une mélancolie qui est loin d’être de la tristesse, puisque c’est elle qui maintient ma joie, qui me donne Jésus, qui me livre tout entière à son amour et met en même temps dans mon cœur et sur mes lèvres l’épanouissement nécessaire à mon état. C’est pourquoi je ne trouve jamais le temps trop long, et qu’il ne me vient jamais à la pensée de demander du soulagement, du répit dans mes douleurs.

Mais il y a infiniment mieux que moi en moi... Il y a Jésus, l’Amour suprême et infini, qui vit en moi et me soutient dans toutes mes agonies.

Ah! si l’on savait ce que l’amour de la souffrance, ce que l’esprit met de gaîté et de paix dans une âme qui s’abandonne à Dieu, et tout ce qu’il supprime d’inutiles souffrances, on s’agenouillerait de bonheur, d’admiration, de reconnaissance.

Méditons la vie!... Bénissons l’épreuve!... Tenons-la pour une grâce incomparable et d’une valeur infinie. Car elle est souvent – pour ne pas dire toujours – le temps favorable à Dieu... Et le temps favorable à Dieu, c’est le temps du miracle et des féconds agissements.

Oh! oui, bénissons la souffrance!... Aimons-la avec Jésus, réjouissons-nous en avec lui et en lui, et notre vie s’illuminera de clartés immortelles, de tressaillements divins.

Ô Vierge fidèle, aidez votre pauvre petite enfant, aidez-nous tous à réaliser notre vie, telle que Dieu l’a conçue dans son plan divin, telle qu’il l’a préparée pour chacun de nous dans son éternelle pensée.

^ 24 février 1930 (lundi)

 

C’est la paix, la véritable paix divine dans mon âme! La grâce abonde et surabonde en moi!...

Me voilà maintenant enrôlée, agréée, reçue, dans la grande famille du tiers ordre de la Pénitence de Saint François d’Assise, le brûlant séraphin; mais pauvre, bien pauvre petit membre... C’est le temps du noviciat, c’est donc le temps des précieuses semences!

Que rendrai-je au Seigneur en reconnaissance de tout ce dont il m’a comblée? Que lui donnerai-je? Que puis-je, pauvre petite créature, pour lui témoigner ma gratitude et mon amour?

Mon Dieu, vous me comblez de joie par tout ce que vous faites! Vous me favorisez de vos grâces les plus saintes, vous m’inondez d’ineffables bienfaits. Oh! tant recevoir de votre aimable tendresse, être l’objet de si intimes faveurs et n’avoir rien à donner en retour!... quelle angoissante perspective! Mais Dieu remplit le cœur quand on a les mains vides. L’important pour devenir un saint, n’est pas d’être ceci ou cela, de faire ainsi ou autrement, de demeurer dans tel lieu ou dans tel autre; c’est d’être, de vivre et d’agir comme le Bon Dieu le veut.

«Je vous ai choisies pour que vous portiez des fruits, et pour que vous en portiez en abondance et que vos fruits demeurent.»

A l’œuvre donc, ô mon âme, pour Dieu, pour son Eglise, pour le ciel!

Pour acquérir, conserver et développer en nous la vie de la grâce, nous devons être prêts à tous les sacrifices, à tous les renoncements, à tous les héroïsmes.

Mon Jésus, mon Dieu, faites que la grâce ne soit pas stérile en moi. Mon Jésus, je vous aime! Mais je vous aime encore bien peu, si je mesure mon amour à votre amour pour moi... et je voudrais vous aimer beaucoup. Quand donc, Seigneur, donnerai-je toute ma limite? Quand donc vous rendrai-je amour pour amour, moi qui ai toujours rêvé de tant vous chérir? Oh! que je ne sois plus jamais tiède en amour, mais fervente; plus jamais méchante avec Jésus, avec personne.

De la douleur, de l’amour à plein bord, voilà ce que je désire. Ô ma bonne, ma bien douce Mère, demandez à Jésus de me garder bien unie à vous sur son Cœur adoré. Faites que je sois avec lui, non seulement très aimante, mais folle, passionnée d’amour.

Oh! je suis exaucée, Jésus a entendu ma supplication! Et le feu qui brûlait en moi avec une déjà bien vive ardeur semble devenir encore plus intense, mon cœur bat avec une nouvelle vigueur... Je me sens tout embrasée d’amour... Quelle douceur! En suis-je vraiment digne? Divin Jésus, je renonce, j’abandonne, je sacrifie tout pour mieux vous aimer. Faites que toujours, et de plus en plus fort, je vous aime.

Seigneur, que votre amour me presse!...

Ô très humble! ô très douce Vierge Marie! Faites que je sois un autre Jésus et que je l’imite en tout... Faites que je vous ressemble. Qu’il n’y ait pas une de mes actions, pas une de mes souffrances qui ne soit un acte d’amour.

Que ma vie ne soit qu’un chant d’amour et de reconnaissance, et que je vive comme je rêve de mourir: tout simplement par amour.

^ 25 février 1930 (mardi)

 

«Un "Dieu soit béni" dans l’adversité, vaut mieux que mille "je vous remercie" dans la prospérité.»

Ô mon Dieu, pénétrez mon âme et mon cœur de votre horreur infinie du mal et de votre amour infini du bien. Et faites, ô Maître adoré, que «par» vous, «avec» vous, «en» vous, je sois non seulement édifiée mais édifiante... Non seulement sauvée, mais sauveur. Je suis débordée de souffrances de toutes façons... mais aussi d’amour. Je dirai tout à mon confesseur et directeur, même et surtout les atroces luttes, les tentations et obsessions sataniques de cette nuit, puis j’obéirai à la direction que je recevrai de lui.

Les tentations diaboliques ont duré presque une partie de la nuit. Cependant, sans me troubler outre mesure de la longueur de la tentation, n’écoutant pas le tentateur, mais n’ayant à la fin même plus la force de le repousser, je me suis rappelé le conseil de saint François de Sales: «La tentation, dit-il, quelque longue et rude qu’elle soit, ne vous rendra jamais désagréable à Dieu, tant qu’elle ne vous plaira pas et que vous n’y consentirez pas. Tant qu’elle vous déplaît vous n’avez pas à craindre; pourquoi vous déplairait-elle, sinon que vous ne la voulez pas?»

Et je répétais intérieurement: En Dieu seul, j’ai confiance. Jésus est ici témoin de ce combat livré pour me garder fidèle à sa loi. Il est ici pour moi et c’est lui qui m’encourage de son invisible présence, lui qui me fortifie par sa grâce et mesure à ma faiblesse la puissance de la tentation. Je l’aime!... Je sais qu’il ne m’abandonnera pas!... Je crois en son amour pour moi.

Ah! la pauvre petite barque de mon âme a été plus d’une fois sur le point d’être submergée par les flots, et peut-être même, hélas, plus d’une fois elle a failli être emportée par la violence du courant. Assauts contre la foi, contre l’espérance, contre l’humilité, contre la chasteté, et d’autres vertus encore... Et ce qui est encore plus angoissant et plus troublant que tout le reste, c’est que souvent, dans ces moments pénibles, Jésus semble dormir, comme le disait la petite Thérèse. Il semble ne pas faire attention à nous, ne pas songer à notre âme et à ses besoins, être indifférent à ce qui se passe en nous et autour de nous. Il semble ne pas se douter de la violence des attaques dont nous sommes l’objet, ne pas même soupçonner que nous pouvons être emportés par la force du courant. Je sais bien que ce ne sont là que des apparences, mais elles sont souvent bien douloureuses et bien crucifiantes.

Qui donc une fois ou l’autre n’en a pas fait l’expérience? Qui de nous n’a eu à soutenir ces assauts si violents et si impétueux parfois qu’ils menaçaient de tout renverser et de tout détruire en nous? Les meilleurs amis de Dieu ne sont pas eux-mêmes préservés de ces tempêtes et de ces assauts; au contraire, ils sont souvent exposés aux assauts les plus violents et aux tempêtes les plus terribles.

Un jour de communion où je me plaignais doucement à Jésus et lui demandais où il était donc la nuit précédente pendant que j’étais si violemment tourmentée, je reçus de ce bon Maître cette réponse: «Ma fille, j’étais près de toi, j’étais en toi, j’étais là; et te voyant rester si courageuse et si généreuse au sein de cette épreuve que je n’avais permise que pour t’éprouver dans ton amour, je pensais à la belle récompense que je te réservais en retour et je trouvais mes délices à te voir enivrée de l’amour que mes bontés provoqueront en tout ton être...»

Il faut donc toujours et malgré tout, garder la conviction profonde que Dieu ne se désintéresse pas de nos souffrances, qu’il est avec nous quand nous sommes dans la peine, plus encore que lorsque nous sommes dans le bonheur et la prospérité; qu’il compte toutes les gouttes de sueur qui tombent de notre front, toutes les larmes que nous versons par amour pour lui.

Dans nos épreuves, nos souffrances, nos tentations, nos faiblesses, faisons comme les apôtres: réveillons notre doux Seigneur qui fait semblant de dormir, et demandons-lui avec confiance et persévérance son secours et son assistance; mais rappelons-nous que la base de notre confiance doit être la conviction de notre faiblesse: sans Dieu, nous ne pouvons rien, nous sommes la faiblesse même en face de nos ennemis et de leurs assauts; avec le secours de Dieu, nous sommes capables de tous les héroïsmes et de toutes les victoires. Oh! mes Sœurs, chères âmes consacrées à Dieu, chères âmes qui appartenez à Dieu et que Dieu soumet à l’épreuve pour vous obliger à lui témoigner plus ardemment, plus généreusement votre amour, restez bien humbles, bien petites et défiantes de vous-mêmes, bien confiantes et bien généreuses avec Dieu, et vous serez victorieuses!

 

Sainte Communion. Douces et suaves tendresses de Jésus, communiquées à mon âme. L’union se fait plus intime, la présence sensible se prolonge chaque fois davantage ces derniers temps après la communion. Pourquoi?... A cause de quoi?... Je ne sais... Mais je n’éprouve aucune sorte d’attachement aux faveurs extraordinaires. Je n’ai qu’un désir, grand, immense: celui d’aimer et de faire aimer le Bon Dieu... de le remercier de tout, toujours.

Ô profond et soudain ravissement et saisissement de l’âme à laquelle le Seigneur se manifeste dans toute sa royale et majestueuse beauté! C’est le calme après la tempête, le secours après la lutte. Une ravissante lumière a lui au plus fort de l’orage, ou plutôt au plus profond de mon âme, me montrant dans un éblouissement merveilleux l’Auteur, le Soutien de mon amour.

Lorsqu’il veut agir, que Dieu sait bien s’y prendre pour se communiquer et se montrer à ses pauvres petites créatures! Et quels que soient l’émoi, la crainte et même les supplications et la résistance apportées à d’aussi insignes et si extraordinaires faveurs, ce Dieu si saint et si parfaitement bon s’impose à l’âme et s’empare de l’être tout entier en maître tout-puissant. Mais qu’il est donc difficile – pour ne pas dire totalement impossible – d’expliquer en notre humain langage ces ravissements de l’esprit, ces révélations intérieures, et surtout de les faire comprendre.

Il faut être l’objet personnel de ces grandes merveilles pour croire sans l’ombre d’un doute que Dieu daigne agir pareillement avec ceux qui l’aiment. Qu’il lui plaise de se montrer, de se rendre visible et sensible à leur âme, même en cette vie.

Que sont tous les discours des hommes?... Qu’est donc l’amitié purement humaine, dans une âme qui a contemplé la souveraine grandeur de Dieu et qui jouit presque continuellement de son intimité, dans l’âme qui a connu les tourments et les délices des embrassements divins, qui a senti l’ineffable brûlure de ses baisers d’amour?

L’âme ainsi abîmée dans la contemplation des mystères divins et de la souveraineté infinie de Dieu, dans un acte parfait d’humilité, de révérence, d’adoration et d’amour, se livre tout entière pour réaliser, en union avec son Jésus, l’adorable volonté du Père.

Seigneur mon Dieu! Comment? C’est vous, Jésus, vous le créateur et le sauveur du monde... vous, le roi et le souverain des âmes... vous par qui tout a été fait et par qui tout existe... vous, mon bien-aimé, qui me demandez mon cœur pour vous reposer de toutes vos fatigues, pour oublier – dites-vous – toutes vos douleurs et vous consoler des indifférences, des délaissements, des trahisons et des mépris des hommes? Mais est-ce donc à vous, mon Jésus, de me faire cette demande?... N’est-ce pas plutôt à moi à la solliciter de votre Cœur?... Est-ce bien à moi que vous la faites?... Avez-vous donc oublié mes tiédeurs et mes négligences passées?... Ne voulez-vous plus savoir que je suis la plus indigne et la moindre de toutes vos créatures?... Mais comment ne le sauriez-vous pas?... Comment ne savez-vous pas aussi que toute ma personne et ma vie sont à vous et uniquement à vous, et que je vous aime par-dessus toutes choses?

Mais, Jésus, vous rendrai-je suffisamment heureux? C’est si pauvre chez moi! Saurai-je assez vous chérir pour vous consoler et vous dédommager de tout? Vous auriez trouvé bien mieux ailleurs, ô mon Maître adoré! La réponse bien distincte ne souffre pas de réplique: «C’est bien pauvre, m’a dit Jésus, mais c’est chez moi! J’y suis maintenant pour y rester toujours. Je viens pour t’améliorer, t’enrichir de mes plus précieux trésors; pour effacer tes fautes, payer tes dettes, corriger tes défauts, purifier ton âme, sanctifier tes souffrances, développer tes vertus, illuminer ton esprit, élever ton cœur, marquer sur tout ton être l’empreinte de ma ressemblance... te transformer tout entière en laissant sur toi chaque fois les traces de mon passage.

Je veux graver en toi mon nom, ma volonté, mon autorité, ma sagesse... Mes yeux et mon Cœur seront posés sur toi tous les jours. Je sais pourquoi je le veux.»

Seigneur, j’espère en la multitude de vos miséricordes! C’est vraiment si admirable ce que vous m’annoncez. Tant de fois j’ai éprouvé le désir d’être transformée, mais je me sens si impuissante. Avec vous, j’aurai tous les moyens pour réaliser mes désirs de perfectionnement, pour travailler à devenir une sainte, pour bien employer mes jours à acquérir des trésors pour le ciel et pour sauver les âmes!

Heureux les purs, quand ils ne voient pas Dieu, ils l’entendent!

Bienheureux les purs, Dieu se montre à eux... il leur parle!

Que de choses, que de belles choses dont nous ne nous doutons pas et qui se passent souvent bien près de nous, même quelquefois sous nos yeux.

Que faire, que promettre pour qu’on croie à l’Amour... pour qu’on aime l’Amour?

Ô Mère du Bel Amour, apprenez aux hommes à croire sans voir, à aimer sans comprendre, à adorer sans savoir, le plus adorable de tous les mystères. Divine Marie, obtenez de l’adorable Trinité qu’elle daigne accepter en réparation de tant d’injures qui lui sont faites, les affections de douleur et d’amour dont Jésus m’a favorisée aujourd’hui.

^  27 février 1930 (jeudi)

 

Je continue ma belle vocation, sans chercher à connaître ce que sera ma vie du lendemain, celle du soir et du matin. Je m’applique à passer le plus saintement possible chaque jour de souffrance et d’immolation.

Du monde, je ne sais rien, ni ne veux rien savoir. De lui, je m’attends à tout, à toutes les persécutions, à toutes les trahisons, à toutes les hontes. Mais le monde peut me mépriser et m’oublier, il ne le fera jamais autant que je ne le fais moi-même... Tout pour Dieu seul!...

Appuyée sur ma foi en la toute-puissance, et forte de l’amour de Celui qui peut tout et qui favorise de son divin secours en même temps qu’il destine à une mission, j’ai en honneur de réaliser, en dépit de toutes mes impuissances, de mes incapacités et de mes faiblesses, l’étendue de ses desseins sur moi, avec l’assurance dans la pensée qu’il peut faire infiniment plus que je ne puis expliquer, vouloir et comprendre.

Lorsque nous avons fait vœu d’abandon à l’Amour, ne tardons plus à réaliser jusqu’au plus parfait accomplissement ce divin idéal.

Ma joie est de vivre toute cachée en Dieu, avec le Christ, de me perdre en lui et de me laisser envahir. Ainsi vécut la Sainte Vierge, elle qui demeurera jusqu’à la fin mon vivant et incomparable modèle... «ma Maman». Quand je la prie, quand doucement je l’appelle, je crois la voir se penchant avec tendresse sur l’enfant qui, jusqu’à son dernier jour sur la terre, doit marcher sur ses traces, petite victime cachée dans la grande Victime du Calvaire et petite hostie de la grande et divine Hostie pour les âmes.

Tout mon bonheur et mon ciel en ce monde est de faire avec Jésus la volonté de Dieu. Et c’est par ma générosité à me conformer docilement à la volonté divine et par mon application à l’accomplir parfaitement mieux tous les jours, que j’ai le très grand et très doux bonheur de jouir d’une manière presque continue et consciente de la présence de Jésus.

Ce que je voudrais, et rêve surtout, c’est de plaire au Bon Dieu en toutes choses sans recherche du moi, sans recherche de rien. Ce que je désire plus que tout, c’est de l’aimer: de l’aimer de tout mon cœur, de l’aimer par-dessus tout, de l’aimer avec tendresse, de l’aimer sans défaillance, de l’aimer sans mesure.

Ô mon Jésus, je vous aime! Je sens que vous m’aimez et que vous m’invitez à l’amour.

Que Dieu m’accorde la grande grâce de comprendre l’œuvre sainte et si sublime de la souffrance et de la respecter toujours, en moi comme en tous.

Ma résolution sera de vivre toujours unie à Dieu et de rendre cette union tous les jours plus intime et plus étroite, pour qu’elle devienne plus féconde. N’est-ce pas la «seule chose nécessaire» dont le Christ parlait à Marthe?

Toutes les parties de mon être, je m’en servirai pour honorer, aimer et glorifier le Bon Dieu. Tout mon zèle, je le dépenserai pour la propagation de son règne, pour la conversion des pécheurs et pour ma sanctification personnelle... pour faire beaucoup de bien sans le savoir.

^ 28 février 1930 (vendredi)

 

Nuit sans aucun repos, ni sommeil! La nuit, c’est le temps favorable à la contemplation, à l’union sacrée avec Dieu, à la vie spirituelle enfin! Oh, ce seul à seul, cette union de notre solitude à celle de Notre-Seigneur dans sa douloureuse agonie, à Jésus accusé, à Jésus insulté et déchiré de coups, à Jésus couronné d’épines, à Jésus dépouillé de ses vêtements et cloué sur la Croix, à Jésus ressuscité et glorieux, à Jésus seul au Tabernacle, à Jésus vivant en nous!

Quel apaisement et quelle consolation! Quel bien précieux, infini, pour notre âme!

L’enfer ne lâche pas les armes, je crois même que l’abominable troupe redouble de nombre. Quelle rage et quelle nuit! Mais plus les assauts et les obsessions (auxquelles par une grâce de Dieu j’ai résisté jusqu’à ce jour et espère lutter jusqu’à la fin) sont pénibles et violentes, plus aussi, lorsqu’elle sont passées, l’amour de Dieu me donne de joie. Mon cœur est alors tout rempli, tout absorbé dans la pensée de Dieu.

Seigneur je vous aime et je suis toute à vous... Ô ma Mère, venez me secourir!

Mon Dieu, vous le savez, je ne suis rien, je ne vaux rien, je ne puis rien; mais je sais qu’en vous et par vous, Seigneur Jésus, tout se transforme en or pur, tout devient fruit et vie, trésor infini.

Ô mon Jésus, vous qui êtes allé jusqu’à me dire que vous me faisiez tant de grâces parce que vous me vouliez toute vôtre, entièrement vôtre et que vous vous vouliez tout à moi... Mais alors, que donnerez-vous aux autres, Seigneur?

Vous qui m’avez dit encore: «C’est moi qui serai ton cœur et moi qui serai ta vie. Je ne veux plus que tu vives autrement qu’en moi et par moi.» Oui, Jésus, faites-moi vivre, puisque de moi-même je ne sais que mourir. Faites aussi que personne ne voie et ne connaisse tout ce que je souffre.

Donnez-moi d’être avenante, gracieuse, aimable et très bonne avec tous ceux qui m’entourent... avec tous. Gardez avec moi tous ceux que j’aime sous votre doux, si doux regard.

Ô mon Maître chéri, je vous adore et je vous aime. Je vous remercie de ne me donner ni soulagement, ni repos dans mes souffrances.

Donnez-moi l’amour parfait du bien, la haine infinie du mal. Laissez-moi n’aimer que le bien, faites que je l’aime infiniment, que je l’aime passionnément pour l’accomplir toujours au gré de vos désirs.

^ 1er mars 1930 (samedi)

 

Je note ce matin: plus intime, très intime union avec Jésus.

J’ai senti revivre en moi le désir de souffrir et j’implorais la grâce de la souffrance pour son amour... pour sa gloire... pour les âmes.

Pourquoi l’idée de la souffrance est toujours et de plus en plus, très très forte en moi, accompagnée de l’idée qu’il n’y en a peut-être plus pour très longtemps sur la terre? Alors, je crois que c’est pour compenser les grâces immenses qu’il me fait que le Bon Dieu m’envoie toutes ces peines de cœur. Le Ciel a ainsi répondu pleinement à mes plus chers désirs, aux plus chères aspirations de mon âme, puisque c’est en effet par la souffrance, par la lutte et l’effort de tous les jours que je dois monter vers la paix... vers Dieu!

^ 2 mars 1930 (dimanche)

Ne vouloir que Dieu seul pour consolateur et pour ami, c’est gagner le Cœur de ce Père plein de miséricorde et attirer sur soi ses plus douces caresses. Au reste, les consolations des hommes sont plus qu’impuissantes à soulager le cœur; elles y creusent au contraire de lamentables vides; elles en souillent les affections les plus saintes, elles ouvrent la porte à de nombreux défauts. Les consolations célestes, au contraire, amènent avec elles l’humilité, la charité, l’obéissance, la mortification, la patience, l’oubli de soi, la paix. La pensée de Dieu console toujours, car quiconque est uni à Dieu par la grâce peut se passer de beaucoup de choses.

 

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Ma vie est belle, aimante, aimée! Tout mon être est plein de Dieu, ravi, perdu en Dieu, sans autre pensée que l’amour.

Oh! je l’aime, c’est de la passion... Et cela ira tous les jours augmentant puisque c’est lui, Jésus, qui développe et qui soutient mon amour.

Tout à l’heure je pensais, répondant dans mon cœur à la question d’une amie qui me demandait quelles étaient les pensées que j’aimais le mieux... Il me serait vraiment bien difficile de fixer mon choix, étant donné le peu d’occasions que j’ai eues d’apprécier les belles pensées des maîtres, mes lectures ayant été bien au-dessous de la moyenne et que je n’ai jamais lu de livres savants.

Je sais qu’il y en a de très belles, mais j’ose affirmer, non seulement d’après mes lectures, mais d’une façon générale, que celles que je préfère à toutes, même aux plus belles, ce sont les pensées évangéliques, la Sainte Ecriture, la sainte liturgie et les belles prières de l’Eglise! Elles sont à mon âme une nourriture substantielle, une boisson sucrée, sans mélange d’humain puisque ce sont des paroles uniquement inspirées par le Saint-Esprit. Il ne peut donc y en avoir de plus belles.

^ 3 mars 1930 (lundi)

 

Jésus le veut: je dois devenir un autre lui-même... un autre Jésus! Donc abandon, abandon! Abandon à l’Amour!... Abandon plein d’amour. Tout entière à Jésus... tout entière en Jésus pour devenir Jésus... et Jésus crucifié.

Je monte au Calvaire, mais j’y vais en chantant... Et c’est si bon, si bon, si bon que quelquefois j’ai peur de rêver.

Tout avec Jésus! Tout pour Jésus seul!... Tout ce qui me vient de lui, tout ce qui est de lui, je l’aime; et j’aime tout puisqu’il n’y a rien qui ne vienne de Dieu ou soit permis par son amour.

Je voudrais tellement n’avoir aucune attache du cœur, ne mettre aucune réserve à mon amour.

Tout ce qui est consacré à Dieu n’appartient qu’à Dieu, et ne doit par conséquent être ni partagé, ni profané, ni repris. Jésus n’a jamais permis pareille chose.

Seigneur infiniment aimant et infiniment miséricordieux, vous le voyez, je suis bien vôtre, toute vôtre; mais je le suis encore trop peu et je voudrais l’être beaucoup... Je voudrais l’être en tout et si généreusement. Disposez de moi et de tout ce que vous mettez si abondamment en moi selon vos vues... selon vos intérêts... selon vos désirs et votre souverain bon plaisir. Fermez à tout jamais mes yeux à ce qui pourrait vous déplaire, pour les ouvrir davantage à la vérité... à l’amour.

Que je voie sans voir, que j’entende sans comprendre, tout ce qui n’est pas dans votre volonté. Faites-moi mourir à toute vie trop naturelle pour ne plus vivre que de la vie de la grâce et par pur amour.

Je voudrais arriver, avec l’aide et le secours de la Sainte Vierge, à transformer ma vie naturelle en une vie toute surnaturelle et divine.

Mais que ne puis-je pas, si je sais me faire aider par elle, et si je la prie avec cette confiance d’enfant à laquelle elle ne se dérobe jamais!

Ô divine Médiatrice de toutes les âmes, afin de donner une double plénitude à votre médiation envers moi, je m’abandonne à vous comme à votre divin Fils, pour vous appartenir comme à lui.

Ô ma Mère, régnez sur mon âme... Faites régner Jésus en moi!...

Je remets entre vos mains bénies tous les actes de ma vie, pour qu’ils soient présentés à mon Roi et Seigneur Jésus. Je vous donne en particulier mes pauvres petits mérites, vous suppliant de les affecter au sacerdoce, afin que, par lui, s’établisse dans les âmes la double royauté de justice et d’amour de votre divin Fils et la vôtre.

Que faire, que donner en reconnaissance de la grande grâce qui m’a été faite de comprendre ce qu’une âme peut et doit arriver à gagner en souffrant et en acceptant tout par amour?

Ah! qu’il est doux, qu’il est enviable le sort d’une petite victime, qui, toute consacrée à Jésus et Marie, se laisse jour par jour silencieusement consumer par l’amour. Je ne crois pas sortir de la vérité en disant que, de toute ma volonté, je ne recherche jamais le plus doux, mais le plus pénible; non le plus facile, mais le plus humiliant; non ce qui console, mais ce qui meurtrit; non ce qui plaît, mais ce qui mortifie; non ce qui est vu, mais ignoré; non la louange, mais l’indifférence; non le repos, mais l’effort continuel; non le bonheur, mais toujours la souffrance! C’est la croix non pas en rêve, mais en réalité.

Il y a bien encore de temps à autre quelques petits contretemps, mais je ne crois pas qu’ils soient précisément un retard. Jésus m’a fait comprendre qu’il les permettait pour me maintenir dans l’humilité. D’ailleurs, s’il n’y avait pas du mieux, je ne serais pas tout le temps tracassée d’ennuis. Ceux-ci ne sont-ils pas au contraire l’heureux présage de jours plus féconds? Que Jésus et Marie soient loués de tout!...

Je veux amener beaucoup, beaucoup d’âmes à Jésus, par mon seul amour et l’offrande entière de ma vie de malade, sans autre volonté que celle de mon Dieu, ou plutôt par ma volonté pleinement unie à celle de mon Dieu.

Je compte surtout sur la Sainte Vierge pour me garder bien petite, toujours plus petite et infiniment aimante, et tous les jours plus amoureusement abandonnée au bon plaisir divin. Ne faut-il pas que je sois toute à Dieu, et toute aux choses de Dieu? «Le Christ ne s’est jamais plu à lui-même.»

Mon Dieu, me voici, non pour faire ma volonté, mais la vôtre. Et la volonté de Dieu est que je ne perde rien de ce qu’il m’a donné, de faire toujours ce qui lui est le plus agréable.

Quelle louange plus glorieuse que cette oblation infiniment aimante de l’âme à Jésus, et de Jésus au Père éternel!

Notre vie doit en effet être une extension de la vie du Christ. C’est donc à lui comme à notre Maître que sont manifestées les volontés du Ciel qui nous concernent.

Que pouvons-nous désirer de plus parfait que cette volonté, de plus utile à notre âme? Nous n’avons pas à comparer les différents actes de Dieu en ce qui nous concerne, tout se concentre dans l’amour qu’il nous porte. Sa sagesse et sa puissance sont au service de sa bonté qui veut nous assurer la participation à sa sainteté.

Chaque volonté de Dieu accomplie par amour est, pour l’âme en état de grâce, une communion à la sainteté de Dieu.

Or, tout ici-bas est messager de la volonté de Dieu pour moi!

Ô Amour! ineffable Amour! Ceux qui voient Dieu par la lumière de l’Esprit Saint ne peuvent pas ne pas l’aimer et aller au-devant de tous ses désirs.

Non, rien n’est impossible à l’amour! L’amour rend tout possible, tout facile et tout simple. L’amour est un feu divin qui purifie pour sanctifier, qui nous dépouille pour nous enrichir. Dieu nous bâtit en nous démolissant. Qui vit dans l’amour, vit de Dieu, et a Dieu en lui!

C’est non seulement pour la plupart des mortels, mais pour tous qu’il n’y a de véritable bonheur qu’en Dieu, parce que c’est tous, et non quelques-uns, qui sommes appelés à réaliser un bien supérieur à nous-mêmes.

Il y a une sainteté commune à laquelle tous les chrétiens par vocation doivent aspirer et embrasser, dans la mesure des grâces qui leur sont faites, parce que tous y sont appelés. La désirer n’est pas de l’orgueil, parce que c’est Dieu qui nous l’impose. La poursuivre n’est pas présomption, puisque pour atteindre ces sommets de l’esprit, nous comptons uniquement sur le secours du ciel, et non sur nous-mêmes; nous devons cependant et à tout prix la rechercher sans faiblesse, la poursuivre sans langueur, sans tiédeur, sans ralentissement, parce que la perfection demeure en soi une héroïque vertu... Elle est un sommet.

C’est donc que cette belle vie morale, cette belle ascension d’amour ne se soutient pas toute seule: il faut la nourrir, l’alimenter, la diffuser sans cesse par les pratiques religieuses fidèlement accomplies, c’est-à-dire non d’une façon légère, mais par amour, en toute conscience et volonté.

Ce ne serait pas rendre la sainteté attrayante et facile que de l’abaisser à la mesure de nos médiocrités. Dieu est une Altissime Grandeur de vie, d’intelligence, de sainteté, de sagesse, d’amour, et nous ne devons et nous ne pouvons entrer dans la demeure du Père que semblables au Fils, car nous sommes tous prédestinés à devenir – non un peu, ni même beaucoup – conformes à son image: comme lui, doux et humbles de cœur, obéissants jusqu’à la mort... et à la mort de la croix s’il le fallait.

S’il y a tant de chrétiens qui pensent que la sainteté est un état spécialement réservé aux grandes âmes, et simplement à quelques-unes, c’est qu’ils ne la voient pas dans toute sa simplicité et sa belle vérité. Ils ne la voient qu’entourée d’œuvres extraordinaires, impossibles au commun des mortels. Souvent aussi ils la confondent avec les grâces gratuitement données, avec les visions ou le don des miracles. Ils n’imaginent les saints qu’en extase ou en croix ou «penchés sur des morts pour les ressusciter». Qu’on puisse vivre avec Dieu dans une union d’amour pur ne leur vient pas à l’esprit. Pourtant, la vraie sainteté est contenue principalement dans la charité parfaite, et cette perfection, chacun peut l’atteindre sans grâces extraordinaires, sans faveurs de choix, et même et surtout sans œuvres éclatantes, mais en demeurant, avec sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, «une petite âme» confiante et tout entière abandonnée à l’amour... une âme de prière et d’oraison.

L’Eglise nous montre d’ailleurs en l’aimable petite Thérèse un illustre exemple de grande, de très grande sainteté dans la plus simple des vies.

Irons-nous donc au Royaume de Dieu par la médiocrité et les plus mesquines vertus, diront certains? Non! la sainteté est une sublime perfection, qui peut être très simple, mais toute en pureté, en plénitude, en harmonie, et non en vanité, en bassesse, en médiocrité. La vie apparemment la plus ordinaire doit nous élever aux plus hauts sommets de l’union et de l’amour.

Ayant compris que la perfection consiste principalement dans la charité parfaite et spécialement dans l’acte d’amour porté au sublime, mon idéal est de poursuivre directement le progrès dans la vie spirituelle par le progrès dans l’amour. L’acte d’amour étant par excellence l’âme de toute ma vie.

«Dieu est charité, et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et a Dieu en lui.» Il suffit donc d’employer tous mes efforts, de faire tendre tous mes désirs vers ce but suprême: l’amour de Dieu, pour arriver à le conquérir sans mesure.

Toute âme consacrée à Dieu qui veut se sanctifier, ne peut rester unie à Dieu que soutenue par l’amour de la prière et la sainte communion.

Aimer Dieu invisible, l’aimer d’un amour surnaturel, généreux et pleinement immolé est chose facile et simple, il suffit de s’humilier, de reconnaître son humaine misère et de ne plus l’appuyer que sur Dieu; de faire de sa petitesse le principe de sa grandeur. Dieu nous élève en nous anéantissant! Le doux enfant Jésus n’a voulu apparaître sur la terre, au fond de sa pauvre Crèche, que pour que nous nous laissions attirer très bas, bien bas, jusqu’au niveau de son néant!

Qu’un tel amour, qu’un si profond anéantissement de la part d’un Dieu soit si peu compris est incroyable! Il est vrai que pour comprendre un si grand mystère, pour jouir des divines tendresses d’un Dieu, né et mort d’amour pour nous, il faut savoir s’humilier, ouvrir les yeux sur sa misère... et voilà ce que beaucoup ne veulent pas ou ne savent pas faire.

Si chacun, dis-je, voulait greffer sur lui le petit ferment chrétien qui changerait et son cœur et sa vie, et si toutes les âmes en état de grâce voulaient aimer Dieu comme il faudrait l’aimer et vivre dans l’intime union avec lui, oh! comme la vie serait pour tous belle et harmonieuse, qu’il serait doux de vivre dans le plan divin réalisé!

Si le monde désaxé court à la dérive, c’est en grande partie parce qu’il y a trop de mouvements, pas assez de prières, trop d’action et pas assez d’adoration, trop d’œuvres et pas assez de vie intérieure... pas assez d’esprit surnaturel.

Pour renouveler le monde, Jésus et Marie n’ont rien trouvé de meilleur, si je puis m’exprimer ainsi, que de souffrir et d’aimer dans l’oblation de leurs volontés à la volonté du Père. Ils se sont sanctifiés en nous sanctifiant, et les apôtres comme les premiers chrétiens ont suivi leurs traces.

Que peuvent d’ailleurs toutes les œuvres extérieures, toutes les activités les mieux comprises, les plus perfectionnées et multipliées, si ce n’est vraiment en Dieu qu’elles s’alimentent? Elles ne sont des moyens qui ne sont efficaces que dans la mesure où Dieu en est l’animateur. Jésus a fondé l’Eglise avec douze apôtres ignorants et dépourvus de tous moyens humains pour réussir, mais que sa grâce faisait riches de foi agissante dans l’amour. Les saints en ont fait autant. C’est plus encore la sainteté qui manque que les ouvriers, et le divin Maître nous rappelle ses paroles: «Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donné par surcroît». Si vous êtes saints, voulait-il dire, Dieu sera avec vous en tout ce que vous ferez, pour animer et féconder vos efforts.

C’est là l’appel qu’il adresse à ses enfants les plus purs, les plus généreux, pour une action intérieure animant l’action extérieure. Et la charité, que le Christ et sa Mère communiquent à l’Eglise, refleurira abondamment en elle, et ce sera comme une nouvelle période de fécondité, venue par les membres vivants du Christ, qui la renouvellera.

Ah! puissions-nous, puissé-je pour ma faible part, hâter ce moment trois fois heureux, où toutes les nations créées par Dieu, rachetées par Jésus et Marie, les acclameront, sur la terre d’abord, puis au grand jour de l’éternité, pour leur Roi et leur Reine de justice et d’amour, pour la plus grande gloire de la Très Sainte Trinité.

Que l’Amour infini nous reçoive, au soir de nos combats, en phalanges innombrables, c’est le vœu que je forme, c’est ce que je lui demande et ne cesserai de lui demander. «La Lumière luit dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l’ont pas comprise.» A moi d’expier, de réparer, de racheter tant d’indifférence, tant d’ingratitude et de mépris. En vivant si adorante, si généreuse, si aimante, si pure et si intimement unie à Dieu dans la souffrance et l’immolation, qu’il y ait plus de résignation, plus de bonté, plus de charité et plus d’amour de Dieu sur la terre après mon insignifiant passage.

La mesure de notre fécondité est proportionnée et s’adapte à la mesure de notre sainteté. Une âme ne donne que du trop-plein d’elle-même.

Expier, réparer, consoler, aimer! Me donner... me dépenser sans partage et de tout mon être pour Dieu, pour chacun... pour les âmes. Transformer tous mes actes en actes surnaturels et divins, c’est la plus belle vérité, c’est le plus grand et le dernier mot de l’amour.

Mettre l’amour où il y a la haine... la beauté où il y a la laideur... la prière où il y a le mépris... le bien où il y a le mal... l’union fidèle où il y a l’indifférence et l’oubli de Dieu... le zèle où il y a la tiédeur: c’est mettre la paix, la joie, le ciel dans son âme et dans l’âme du prochain.

Si, pour sauver les âmes et les donner à Dieu, je pouvais me vendre, je crois que je me vendrais. Car il est totalement impossible de concevoir la vie autrement, de l’employer à autre chose que d’arracher des ténèbres de la mort pour les conduire à la lumière, à la vie, à l’amour, à Dieu, tant de pauvres humains si faibles, si malheureux, si tristes, et si désespérés quelquefois, mais capables cependant de devenir si purs, si lumineux, si beaux et si grands dans l’amour.

Mon doux Jésus, par l’offrande de mes souffrances toujours acceptées par amour, daignez changer vos malédictions en bénédictions; votre absence en présence dans toutes les âmes de bonne volonté; votre colère en douceur; votre irritation en tendresse et en doux embrassements. Qu’elle soit pour les pécheurs comme un nouveau Baptême qui, grâce et en vertu du Sang divin de Jésus, les lave, les purifie, leur rende leur beauté perdue et les rétablisse dans leur premier état. Qu’elle soit enfin comme une conductrice de la grâce qui agit en moi et, par moi, produise dans les âmes comme une résurrection, un rajeunissement, un refleurissement, une nouvelle vie, et les conduise toutes au seuil de l’éternité bienheureuse.

Souffrir, ne jamais mourir pour toujours souffrir! Me faire toute à tous, afin de les sauver tous.

Que le Dieu de la paix et de l’amour soit tout entier en tous et avec tous... et que tous vivent en lui, avec lui, toujours!

Que nombreuses sont les religieuses, même les jeunes filles et les femmes du monde à qui il n’a manqué pour être <saintes?> que la divine empreinte de la Croix de Jésus Christ! L’âme est comme la terre: il faut qu’elle soit déchirée pour être féconde.

^ 4 mars 1930 (mardi)

 

Ce n’est pas pour être vu, pour être apprécié et même pour être content au fond de son âme et avoir la paix qu’il faut devenir meilleur, mais pour plaire à Dieu, pour obéir à Dieu, pour aimer et faire aimer et glorifier le Bon Dieu.

 

______________

 

Comme il fait bon de s’abandonner à la volonté de Dieu et se réfugier dans le tabernacle; de parler, d’écouter, de sentir le divin regard de Jésus se poser et reposer sur son âme. De la face du tabernacle à la face de Dieu, il n’y a qu’un voile à laisser tomber, et il est suspendu à un seul et amoureux soupir. Ô Jésus, formez en moi cette prière qui perce les nues, cette prière qui fait tomber tous les voiles. Donnez-moi ce brûlant désir de vous posséder, qui monte jusqu’à votre trône suprême, qui ouvre, ô mon Bien-aimé, un doux asile dans votre Cœur. Ma prière demande, elle frappe à la porte du tabernacle, du ciel et de la terre, mais faites, ô mon Roi, que mes prières partent d’un cœur pur, humble et sanctifié.

^ 5 mars 1930 (mercredi)

 

La charité est comme l’humilité et comme l’amour: ni la douleur ni l’épreuve ne peut la détruire, ni la distance l’amoindrir, ni le temps l’effacer.

La charité, comme l’humilité, est fille de l’amour, elle triomphe de tout, elle résiste à tout, elle s’incline à tout. De développement en développement, elle atteint les sommets les plus sublimes.

«Ayez tout, dit saint Paul, soyez tout, si vous n’avez pas la charité vous n’avez rien, mais si vous avez la charité, n’étant rien en tout le reste, vous êtes quand même tout dans l’ordre du salut.»

Seigneur Jésus, que par la charité, avec la charité et dans la charité, je monte jusqu’à vous. Je le puis avec vous, en vous!

Mon cœur déborde d’amour, de paix en Dieu! C’est la joie dans le plus complet sacrifice.

Aimer Dieu, aimer Jésus, c’est tout lui donner en retour, et se donner soi-même. Aimer, c’est montrer, c’est témoigner son amour, c’est faire en tout la volonté de l’aimé; ou plutôt, c’est perdre sa volonté dans la volonté de l’aimé... c’est vivre en lui éternellement.

Aimer, c’est mériter, c’est monter, c’est grandir, c’est accroître sa vie surnaturelle, c’est la porter au sublime.

 

«Aimer! c’est sans retour se dévouer sans cesse,

C’est se laisser trahir sans jamais se venger,

C’est plus que se donner, c’est faire avec noblesse

L’abandon de soi-même et ne jamais changer.

 

Aimer! c’est anoblir sa pensée et son être,

C’est réchauffer son cœur et c’est le ranimer,

C’est un parfum si pur qu’il charme, qu’il pénètre,

C’est un ravissement qu’on ne peut exprimer.

 

Aimer! c’est accomplir un vœu de la nature,

Qui nous trace la route au but mystérieux.

C’est obéir à Dieu qu’aimer sa créature,

De tous les sentiments, c’est le plus glorieux.»

 

Aime Dieu, ô mon âme, et va ton chemin! L’amour rapproche... L’amour unit et Dieu avec toi, et Dieu en toi. C’est toujours sans doute le combat, la souffrance sur la terre, c’est même quelquefois la douloureuse agonie, mais c’est toujours le bonheur, c’est toujours la victoire.

Va, sans te laisser arrêter par la lassitude et la douleur... secoue ta langueur. Un arrêt de quelques heures te serait funeste, et, pendant ce repos plus trompeur peut-être que réparateur, qui sait les mauvaises semences que l’ennemi jetterait en toi? Va, sans te laisser arrêter par les épines qui sillonnent ta route. Elle est dure, la montée, mais l’arrivée sera alors si douce.

Marche, marche encore, ô mon âme, jusqu’au bout... oui, malgré tout, malgré les adversités et les épreuves qui peuvent surgir.

^  6 mars 1930 (jeudi)

 

Sainte Communion. L’amour m’a prise... l’amour m’a saisie... l’amour m’a ravie en Dieu.

Ô Jésus, âme et vie de mon âme! pourquoi faut-il vous laisser aller?... pourquoi faut-il revenir de vous, redescendre de vous, ô mon Maître adoré?... Nous étions cependant si bien. J’étais si à vous, si pleinement en vous et si heureuse de l’être... Et vous étiez tellement en moi et à moi.

Vous en moi, ô Jésus, et moi avec vous, en vous, ne voyant, n’écoutant plus autre chose. Quelle mystérieuse solitude! Quel délicieux seul à seul!

Pourquoi semblez-vous maintenant ne plus me vouloir?... Même dans l’union, même dans la plus douce intimité, il y a la souffrance. Le bonheur ne peut être ni stable, ni parfait sur la terre... Il ne sera complet qu’au ciel; mais la paix, la joie en est. Je l’ai goûtée, j’en ai savouré la douceur... je la goûte encore.

Jésus a mis de la lumière, de la vie partout, et jusque dans ma pauvre petite chambre... et du ciel plein mon âme!

Oh! que de grands et de sublimes mystères se montrent à nos regards sans nous retenir!

Il me semble que si toutes les créatures recevaient les mêmes faveurs que moi, les mêmes lumières que moi, Dieu ne serait un inconnu pour personne, mais aimé de tous jusqu’à l’excès; avec confiance et non en tremblant. Jamais aucune âme ne commettrait la plus petite faute, ne lui ferait la plus petite peine volontaire... Il ne recevrait de tous que de l’amour.

Oh! cette union d’amour avec Notre-Seigneur, cette intimité révélatrice et ces paroles sublimes tombées des lèvres divines, plus suaves, plus douces que le miel, plus pénétrantes qu’un glaive à deux tranchants. «Ma fille, tu voudrais, dis-tu, pouvoir te vendre pour arracher les âmes au péché, à l’enfer, pour me les donner? Vends-toi à moi, je t’achèterai. Vends-moi tout. Je te transformerai en moi... Je te ferai un avec moi... Je ferai de toi un autre moi-même, comme tu le désires.

Vois aujourd’hui la belle union que j’opère entre toi et moi, entre mon Cœur et le tien. N’es-tu pas bienheureuse?»

Je vis en effet, à la lumière divine comme dans un miroir incomparablement pur, comment Jésus se donne à nous, s’abandonne, se livre à nous et se laisse posséder par nous chaque fois qu’il lui plaît, mais particulièrement dans le sacrement de l’Eucharistie. Je vis aussi d’une façon semblable comment il nous unit, nous fond en lui et nous transforme, dans la mesure où nous lui laissons la liberté, et selon aussi la pureté et l’ardeur de notre amour et notre désir de lui appartenir.

Ô Vérité qui êtes Dieu, faites-moi encore vous entendre!... Faites que je sois un avec vous dans un amour éternel!... Que tous les Docteurs se taisent, que toutes les créatures fassent silence devant vous; parlez-moi, vous seul, ô mon Dieu!

Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter... à vous aimer en silence!

Ô Verbe de Lumière, ô mon Jésus, je veux me faire toute enseignable, afin d’apprendre tout de vous!

Dieu est à moi, et je suis à lui... je suis toute à lui! bien qu’il ait dit plusieurs fois à mon âme: «Je suis tien».

Alors, dans l’excès d’une joie délirante, je me suis écriée: «Vous, Seigneur Jésus, vous, mien? Vous à moi? Mais auriez-vous donc encore oublié mes langueurs, mes tiédeurs, mes offenses et ma si grande misère? Auriez-vous aussi oublié toutes les âmes qui vous appellent et qui vous aiment plus fort et bien mieux peut-être que moi? Que restera-t-il pour elles?... Que leur donnerez-vous, si vous donnez tout à moi? si vous les dépouillez pour m’enrichir?»

Mon émoi est aussitôt guéri: «Je me donne tout entier à elles comme à toi, je leur donne autant et avec autant de bonté et d’amoureuse tendresse, je les comble de même de toutes mes grâces et de mes dons les plus précieux, selon l’immensité de leurs désirs et leur générosité... selon aussi qu’il me plaît.

Je suis l’inépuisable richesse, et si je ne me donne pas à tous de la même manière, si je ne leur donne pas autant, c’est qu’ils ne me demandent pas, qu’ils ne m’appellent pas, ou ils le font mal. Ah! si tous voulaient se dévouer, se prodiguer pour moi et voulaient se donner à moi comme tu te donnes! Demande-moi pour eux, obtiens pour eux. Obtiens pour moi... mendie pour moi aussi, aime-moi pour ceux qui ne m’aiment pas. Sois généreuse pour ceux qui ne le sont pas.»

Ô Dieu miséricordieux et bon, je ne suis qu’une très, très pauvre petite âme bien indigne de recevoir les bénédictions et les faveurs innombrables dont je suis, par votre infinie bonté, si libéralement comblée. Mais, les ayant reçues, les recevant sans cesse, accordez-moi, s’il vous plaît, de mériter vraiment de les conserver toujours pour votre amour, votre honneur et votre plus grande gloire, ô sainte et divine Trinité.

Sans Dieu, loin de Dieu, hors de lui, pauvre vie, pâle existence, malheureuse joie, pauvres mortels!

Si le doux sacrement de la communion ne produit pas en chacun les mêmes fruits, les mêmes salutaires effets, c’est que peut-être nous ne le recevons pas avec toutes les dispositions nécessaires. Nous allons à Jésus avec un cœur rempli de choses inopportunes à la grâce et tout-à-fait contraires à son action souveraine en nous, Jésus ne pouvant vivre longtemps dans un cœur partagé.

Ô mon Jésus, comme vos créatures vous affligent... Comme elles vous traitent, vous, la bonté, la tendresse même, vous l’éternel Amour! Ô Maître adoré, pardon et miséricorde pour tous, pardon et pitié pour moi aussi, pour mes tiédeurs, mes négligences, mes faiblesses, pour toutes sortes d’attaches trop naturelles.

Trop nombreuses sont aussi les personnes qui se figurent n’avoir pas fait une bonne communion quand elles n’ont éprouvé aucune émotion, ni effet sensible, qu’elles n’ont pas versé de larmes, ni senti la présence réelle de Notre-Seigneur en elles; qu’elles n’ont rien entendu, rien connu, rien goûté des douceurs, des consolations inséparables de Dieu.

Qu’elles se consolent! J’avoue que les douceurs, les consolations divines sont des gâteries, qui, quelquefois, stimulent notre ferveur, aident notre piété, nous encouragent dans la bonne voie, nous sommes des vases si fragiles! Mais Jésus, qui nous aime mieux que nous ne le savons, mieux que nous ne pouvons nous l’imaginer, sait nous ménager des douceurs quand elles sont nécessaires.

La communion n’est pas une récompense, elle est un moyen d’union et d’amour et de sanctification. Elle est la source vive de toutes nos actions et le fondement de tout bien moral et divin.

La sainte communion, c’est-à-dire la commune-union entre l’âme et Jésus, est bien ce qu’il y a de plus grand, de plus saint, de plus miséricordieux, de plus aimant après l’union de la divinité à l’humanité par l’incarnation, et après la rédemption. L’intelligence humaine ne peut rien concevoir de plus grand pour l’homme sur la terre; la puissance divine ne peut rien faire de plus aimant.

La sainte communion attire tout ce qui est pur et veut rester pur, tout ce qui est dévoué et veut toujours être plus dévoué, tout ce qui a le désir du bien, du beau, du divin; et voilà pourquoi nous devons avoir pour la sainte communion un attrait spécial.

Il n’est donc pas nécessaire, pour qu’elle soit bonne et très bonne, d’y recevoir des consolations, des grâces de choix, des faveurs surnaturelles extraordinaires; mais bien du soin avec lequel nous nous préparons à un acte aussi sublime et des fruits que nous retirons de l’action de grâce, mais non des émotions ressenties, plus souvent provoquées par une sensibilité naturelle exagérée que par les sentiments profonds éprouvés à cette minute divine. En un mot, ne sacrifions pas le fruit pour l’effet. Et s’il est vrai que la communion fréquente est la base de l’union intime et féconde avec Jésus, qu’elle est le succès de notre perfection et le secours qui nous aidera à vivre de Dieu, dans la société de Dieu, il est donc absolument indispensable de ne pas nous abstenir si facilement d’un si grand bien... du seul vrai grand bien, si nous voulons entretenir fidèlement dans notre âme la vie du divin modèle Jésus, que nous sommes obligés de retracer en nous, ressemblance sans laquelle on ne peut être prédestinés.

Heureuses, les âmes qui ont la joie et qui méritent de communier tous les jours! Heureuses celles qui, sur leur lit de mort, voient les précéder au ciel chacune des nombreuses journées de la vie qu’elles ont passées dans la solitude, tout embaumées, sanctifiées, consacrées par la sainte communion.

Appliquons-nous donc à communier souvent, très souvent, mais avec un cœur contrit et humilié, avec une âme bien pure et soigneusement préparée.

Ainsi faite, la communion ne pourra moins faire qu’être agréable à Dieu et salutaire à notre vie tout entière.

Loin d’envier les grâces extraordinaires et les faveurs miraculeuses accordées aux saints et à quelques rares âmes privilégiées (encore pas toujours), bénissons le Ciel de nous donner ces merveilleux appuis, ces précieux guides, ces parfaits modèles, et demandons-leur surtout une petite étincelle de cet amour de Dieu dont ils sont embrasés, et de leur charité héroïque envers le prochain. Et les voyant si haut, si grands dans leur humilité, avec des vertus si belles, suivons courageusement le chemin qui, de toute éternité, nous a été tracé par Dieu, d’une âme plus vaillante, d’un pas plus rapide, avec un amour plus ardent et plus fort, un sentiment plus profond pour Jésus Enfant, Jésus Victime, Jésus Hostie. Et louons, bénissons le Seigneur d’être si riche en bienfaits et de se montrer envers nous si prodigue.

Oh! nous qui sommes de si pauvres et de si chétives créatures, jamais assez humbles, jamais assez détachées de nous-mêmes, remercions le Seigneur qui veut bien faire de notre pauvre petit cœur son temple... et je dirais même son ciel; et qui vient à nous délicieusement voilé, amoureusement anéanti, pour faciliter le plus doux des rapprochements, et en vue de ménager notre faiblesse qui ne pourrait soutenir l’éclat merveilleux de sa gloire et de sa souveraine beauté.

Quand Dieu nous accorde des douceurs et des consolations dans la communion, quand c’est un sentiment tout divin qui fait couler nos larmes, montrons-nous-en heureuses en témoignant notre reconnaissance. Dieu sait pourquoi il agit. Mais lorsque rien de semblable ne se produit en notre faveur, soyons sans inquiétude, pensons un peu plus à lui, un peu moins à nous; un peu plus à donner, un peu moins à recevoir.

Rien ne touche davantage le Cœur de Jésus que la confiance joyeuse et l’abandon plein d’amour à ses divins vouloirs.

Répétons souvent du fond de notre cœur: ô Jésus, vous ne pouvez me refuser un regard, une caresse, une petite joie, mais si vous le faites, c’est toujours que vous m’aimez.

Ces doux face-à-face avec le Seigneur, ces intimes cœur-à-cœur avec lui dont jouissent quelques rares âmes, ils pourraient être nôtres, si nous savions comme eux, aussi bien qu’eux vivre avec Jésus, vivre pour Jésus, dans l’amour de Jésus! «Là où est votre trésor est aussi votre cœur». Et si notre trésor est en Dieu, si notre trésor est Dieu, notre cœur sera aussi en lui, et Dieu sera lui-même dans notre cœur. Ne l’oublions pas.

Tout ce qui monte du cœur est grand et puissant, tout ce qui passe par une âme remplie d’amour de Dieu est grand et divin. Quand on aime, on fait tout de rien.

Il n’y a que l’amour qui compte et qui produit! Et aimer Dieu, c’est faire ce qu’il veut. La Sainte Vierge Marie n’a pas fait autre chose, sa vie n’est qu’un fiat, plein d’humilité et d’amour. Jamais elle n’a négligé un seul de ses devoirs, elle mettait plus d’amour dans chacune des mille et une choses qui remplissaient ses journées que les anges dans leurs louanges et leurs adorations, les martyrs dans leurs souffrances, les saints dans leurs jeûnes et leurs pénitences, que toutes les créatures de la terre enfin!

Tout est proportionné à l’amour, et on ne doute de rien quand on aime.

Que d’âmes rayonneraient au firmament de la perfection si elles voulaient tout simplement s’abandonner, s’immoler à l’amour.

Les chrétiens peuvent faire quelque chose de bien grand, de bien beau, de divin de toutes les minutes de leur vie, s’ils le veulent vraiment.

Quand je pense que les rayons du soleil font resplendir même la boue! Que peut donc faire la grâce dans une âme? Qu’est-ce que le soleil à côté de la grâce?... Qu’est-ce que la vie à côté de la mort?...

Mais, hélas, combien nombreuses sont les âmes qui veulent boire au fleuve divin de l’amour, et combien en est-il qui repoussent le calice! Nombreuses sont avides des douceurs et des joies du ciel, mais presque toutes fuient devant la souffrance, dès qu’apparaît la Croix. Beaucoup aimeraient prendre place avec Jésus au Thabor, mais peu veulent gravir à sa suite les sommets du Calvaire, parce que peu ont dans le cœur cette flamme divine qui élève, purifie, édifie, sanctifie et rend l’action plus féconde.

Ô Marie, ô ma bien douce Maman, obtenez-moi, en ce beau jour du ciel, l’abandon complet, l’abandon parfait, l’abandon plein d’amour à l’Amour. Que par vous, avec vous, en vous, Vierge très pure, j’aime, j’adore, je prie, j’expie, je supplie et souffre avec toujours plus d’amour. Que ma vie ne soit plus qu’un “oui” d’amour... Que je ne sois plus qu’une âme toute consacrée à l’amour... à Jésus.

^ 7 mars 1930 (vendredi)

 

Prière (inspirée d'une prière de saint Thomas)

Ô vous qui m’aimez tant, Jésus ici véritablement présent, Dieu caché, écoutez-moi, je vous implore.

Que votre bon plaisir soit mon plaisir, ma passion, mon amour, ma joie! Donnez-moi de le chercher sans cesse, de le trouver, de l’accomplir jusqu’au bout. Montrez-moi vos chemins, indiquez-moi vos sentiers. Vous avez vos desseins sur moi, faites-les moi connaître, dites-les moi et donnez-moi de les suivre jusqu’au définitif salut de mon âme. Qu’indifférente à tout ce qui se passe et ne voulant voir que vous, j’aime tout ce qui est à vous, mais vous avant tout, vous surtout ô mon Dieu!

Rendez-moi amère toute joie qui n’est pas vous, impossible tout désir qui ne vient pas de vous, délicieux tout travail fait pour vous, pénible tout repos qui n’est pas en vous.

Qu’à toute heure, ô mon Jésus, mon âme prenne son vol vers vous; que ma vie ne soit qu’un acte d’amour, qu’un chant d’amour et de reconnaissance! Toute action qui ne vous honore et ne vous glorifie pas, faites-moi bien sentir qu’elle n’est rien devant vous.

Que ma piété ne soit pas une habitude, mais un profond élan du cœur, un chant intime et discret.

Ô Jésus, mes délices et ma vie, donnez-moi d’être sans recherche dans mon humilité, sans excès dans mes joies, sans abattement dans mes tristesses, sans découragement dans mes douleurs, sans exagération dans mes mortifications. Donnez-moi de parler sans détour, d’agir sans faiblesse, d’espérer sans présomption, de me garder toujours humble, pure et sans tache, de répondre sans colère, d’aimer sans faux-semblant, d’édifier sans rougir, d’obéir sans réplique, de souffrir sans murmure.

Bonté Suprême, ô Jésus, je vous demande un cœur avide, épris de vous, qu’aucun obstacle, aucune souffrance ne puisse ni effrayer ni arrêter, qu’aucun bruit ne puisse distraire; un cœur fidèle, généreux, aimant, qui ne chancelle, qui ne se relâche jamais; un cœur fort, toujours prêt à lutter après chaque tempête; un cœur chaste jamais séduit, jamais esclave, jamais partagé; un cœur droit qu’on ne trouve jamais dans les voies du péché.

Et mon esprit, Seigneur: qu’impuissant à vous méconnaître, ardent à vous chercher, fidèle à vous servir, il sache vous trouver toujours, vous, la suprême Sagesse, vous, la Bonté et l’Amour infinis! Que mes entretiens ne déplaisent pas trop à votre Cœur; que confiante, douce, calme, aimante, j’attende vos divines réponses et que, sur votre parole, je me repose en paix.

Puissent l’amour et la souffrance me faire sentir les épines de votre couronne, les clous de vos mains et de vos pieds, la blessure et l’agonie de votre Cœur... toutes les plaies de votre saint Corps! Puisse la grâce me verser1 vos dons sur le chemin de l’exil! Et puisse la gloire m’enivrer de vos joies dans la céleste Patrie.

Amen.

^ 8 mars 1930 (samedi)

 

La piété, c’est la volonté se portant continuellement à Dieu, à l’amour de Dieu, à la soumission à la volonté toujours aimante et si adorable de Dieu, au service de Dieu.

Pour bien prier et pour recueillir de l’exercice de la prière tout le fruit qu’elle produit, il faut que ces pensées remplissent, sinon toujours directement, au moins habituellement notre cœur.

On y parvient très vite en s’accoutumant à avoir pour chaque jour de la semaine ou du mois une intention particulière, que l’on détermine soit le matin pendant l’oraison, soit même chaque fois que commence l’heure. Cette pieuse habitude se contracte très facilement; elle est en même temps d’une excellence incomparable.

 

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J’ai dans mon âme le pressentiment de grandes douleurs à venir!... Faudra-t-il donc pour toujours l’abandonner, mon cher travail de couture? Je l’aimais tant cependant. Il me donnait encore un peu l’illusion de l’activité. Il était encore une raison de vivre, et c’est lui qui m’a appris l’art tout divin du recueillement, ce trésor inestimable de la maladie, et l’art non moins divin d’être toujours joyeuse.

Ma pauvre petite nature demeurée toujours si active et si courageuse dans l’affliction n’ose presque pas envisager une irrévocable incapacité de travail. Mais fiat ô mon Dieu! Mon Jésus, avec votre grâce je serai forte, je triompherai non de cette épreuve, si vous la voulez, mais par cette épreuve. Je suis à Dieu! Je suis sa servante, sa fille, son épouse, son esclave, sa victime, sa toute petite hostie!... Je suis à lui pour toutes choses... Je suis prête à tout... Je m’abandonne à tout! Me voici, Seigneur, vous le voyez, je veux faire ce que vous voulez, parce que je vous aime et que je veux vous glorifier; parce que je veux me sanctifier, me sauver et, en me sauvant, sauver beaucoup, beaucoup d’âmes.

Mon Dieu, donnez-moi de vous obéir.Vous le pouvez, vous êtes le Tout-Puissant... Vous le voulez, vous êtes si bon... Je le pourrai, je vous aime tant!

Que les douleurs à venir me laissent confiante et paisible. Dieu est le Maître et fera tout converger vers sa gloire. Je confie tout à la bonne Mère. Je sais qu’elle est là. J’attends son secours en toute sécurité.

^ 10 mars 1930 (lundi)

 

Il faut consoler Jésus par un amour d’enfant, être comme les tout-petits qui ne sont capables que d’une chose: aimer.

La petitesse, comme la simplicité, attire Dieu: quand on est tout-petit, Dieu fait tout.

C’est en devenant comme un petit enfant qu’on arrive à la perfection de l’amour.

Etre petit en tout, grand seulement par l’amour.

Etre petit, bien petit, puis aimer Dieu, l’aimer jusqu’à la folie, l’aimer jusqu’à en mourir!

La petitesse est très agréable au Cœur de Jésus. Elle travaille sans bruit, de la façon la plus simple et la plus modeste, par un moyen tout surnaturel et bien traditionnel, au triomphe universel de l’Eglise catholique et au salut des âmes: l’amour... la prière.

Il faut être simple comme Bernadette. Si Dieu avait trouvé une âme plus petite, plus faible, il l’aurait probablement choisie...

Voyons la Sainte Vierge: c’est plus son humilité que sa pureté sans tache qui lui a valu d’être Mère de Dieu.

Ce que je suis: une très pauvre petite âme qui a pour cachet la simplicité. Ce que je veux: aimer et faire aimer le Bon Dieu de tous ceux qui n’ont pas, comme moi, le bonheur de l’aimer.

 

 

La croix est toujours dressée devant moi, elle est toujours à m’attendre!

Toujours le calice amer... toujours la croix!... ô Christ Jésus!

L’ange m’a dit, en me donnant le calice, qu’il contenait toutes les peines de la création et qu’il serait versé jusqu’à la lie dans tout mon être.

Peu après, j’ai eu une apparition de Jésus; je l’ai vu courant à travers le monde, chargé de sa croix et cherchant des âmes pour la porter avec lui; mais toutes se sont enfuies à son approche... Alors je me suis de nouveau offerte.

Au même moment, Jésus m’a fait comprendre que ceux qui aiment la croix, et qui la reçoivent avec amour, n’ont d’autre demeure que son divin Cœur.

Ô mon Dieu, mon Jésus, je serai votre amante... l’amante de la croix!

Ô Amour infini, blessez-moi de vos traits! Ô mon Jésus, je m’offre en holocauste perpétuel et comme une victime d’amour. J’unis ce sacrifice au vôtre, au sacrifice de la croix. Je m’engage à rester toujours crucifiée avec vous, à ne vouloir jamais que votre volonté sainte... Je vous demande, ô doux Sauveur, la conversion des pécheurs... Me voilà prête à tout en vue de leur salut et pour la confirmation de la foi.

Ô mon Dieu, c’est au nom de votre amour, au nom de votre Cœur, au nom de votre Passion et de votre Mère bien-aimée que je vous fais cette prière. Et vous, âmes rachetées par le Sang de Jésus, ô pécheurs, venez à ce Cœur, venez à la fontaine, à l’océan de l’amour.

Oh! que l’homme a une belle destinée! Voir Dieu... l’aimer... le louer... le bénir, le contempler pendant l’éternité!... Mon cœur se fond quand j’y pense...

J’appartiens à Jésus, et c’est toujours lui qui m’immole, quelle que soit la main qu’il emploie. Et quand ce doux Seigneur veut m’envoyer de nouvelles souffrances, qu’il me prépare de nouvelles croix, il m’y dispose à l’avance par d’abondantes délices, par des faveurs nombreuses. Souvent même, au milieu de longs délaissements plus apparents que réels, il s’empare de mon âme avec une telle ardeur, une telle puissance, un si vif transport, qu’il me semble parfois que je vais défaillir.

Heureusement que ceci ne dure que quelques instants, mais se produit à n’importe quel moment. Quand je suis seule, je n’en suis pas autant confuse, mais s’il y a quelqu’un avec moi, je tremble qu’on s’en aperçoive.

Pour que cela se produise, il suffit quelquefois de jeter un regard vers Jésus, de prononcer son nom si doux, ou de l’entendre prononcer par quelqu’un... La seule pensée même, la conscience réelle de sa divine présence dans mon âme me met aussitôt hors de moi.

Plus rien ne m’étonne et me paraît extraordinaire de la part du Seigneur puisqu’il est le Tout-Puissant, et puisque je suis à lui tout entière et qu’il fait tout en moi. Tout est donc l’œuvre de son amour et de sa pure tendresse et n’arrive que suivant son désir et son bon plaisir... et toujours à l’improviste! Je n’ai jamais recherché, ni désiré les grâces et les faveurs extraordinaires, et ne les considère pas comme des biens acquis, ni comme des récompenses (rien ne nous est dû, et à moi moins qu’à une autre), mais comme des effets de sa divine charité et de sa grande miséricorde.

J’ai tant de fois résisté, et résisté jusqu’au tourment, je me sentais si indigne des faveurs divines et ne pouvais m’imaginer que cela pût être. J’ignorais totalement qu’on puisse entendre autrement que par les oreilles du corps, qu’on puisse voir autrement que par les yeux du corps, mais je puis affirmer maintenant que cela peut être, et que cela est. Et c’est si vrai que je l’affirmerai envers et contre toutes les objections qu’on pourrait me faire, avec beaucoup plus d’affirmative que tout ce qu’on peut voir et entendre humainement. Je pourrais encore douter de ce que je vois de mes yeux de chair, de ce que j’entends de mes deux oreilles, mais rien au monde ne me ferait douter de ce que j’ai vu et entendu au plus intime de mon âme. L’expérience m’a valu bien des effrois, bien des souffrances, je craignais tellement d’être dupe de quelques habiles manœuvres de la part du démon... surtout après, car pendant, le plus petit doute ne pouvait être possible que ce qui se passait dans mon âme venait bien du Bon Dieu, mais il me semblait tellement que j’étais un monstre devant lui... Mes répugnances devenaient presque insurmontables quand il me fallait dévoiler les faveurs célestes. Oh! la douleur et la honte que je ressens alors. Plusieurs fois même, j’ai dit: Seigneur Jésus, je vous en supplie, suspendez tout, ne me faites plus de grâces. Et chaque fois, j’ai cru entendre la même réponse: «Au contraire, je t’en ferai plus que jamais, je te veux toute mienne.»

Ah! quand Dieu veut agir, que toutes nos résistances, que nos industries sont donc inutiles! Pardon, ô mon Jésus, de m’être si volontairement opposée entre vous et mon âme, mais vous savez que je ne l’ai fait que par crainte, que par respect pour votre souveraine grandeur, et non pour avoir pu douter de votre amour et de votre infinie bonté.

Revenue à moi, je me sentais bien décidée à correspondre entièrement à tout ce que Dieu voulait de moi. Cette résolution à peine prise, je me trouvais dans une mer de tentations. Des rugissements affreux se faisaient entendre et j’étais frappée de coups. «Fini, disaient les démons, ou tu nous le payeras.» – «Au contraire, dis-je, sous la direction de la Très Sainte Vierge ma Mère, je vais m’efforcer de bien mieux faire encore.» Tandis que je formulais cette réponse, les coups cessèrent et tous les bruits s’éteignirent. Quant à exprimer ce qu’est la vision de Dieu, quant à décrire les grâces et les faveurs célestes, c’est impossible tant le langage humain est impossible à rendre, même un peu, ce qui est purement du divin, du moins à moi. Seul Jésus sait l’extrême violence que j’ai dû me faire pour en écrire quelques lignes, et je dois le faire encore si mal, j’ai l’impression que je défigure, que je profane la vérité. Et pourtant, ce martyre n’est pas fini, puisqu’il vient tout nouvellement de me dire que, pendant tout le temps de mon exil, je pourrai être plus intimement unie à lui, libre de toute occupation terrestre. En recevant ces nouvelles confidences du Cœur de Jésus qui me mortifient tant, j’ai pris la résolution de m’oublier du tout au tout, en me rendant bien compte que je suis son instrument à lui, sans aucune valeur, pour qu’il fasse en moi et de moi tout ce qui lui plaira. Je ne désire que son amour divin, et que tout serve à sa plus grande gloire.

Oh! oui, je suis heureuse, bienheureuse et saintement fière de porter la Croix de Jésus et de participer à toutes les souffrances de la Passion.

C’est une joie infinie de pouvoir lui prouver combien je l’aime et chéris sa sainte volonté.

Ô Amour... Amour, que tu es puissant, que tu fais et fais accomplir de grandes et belles choses!... Ô mon Dieu, que je vous aime!

Oh! si l’on savait le bonheur, la paix, le repos qu’éprouve l’âme débarrassée de tous les liens de la chair et du sang, et qu’elle est seule avec Dieu.

Si l’on savait combien il est doux de se sentir sous les pieds de tous pour l’amour de Dieu, que d’être au-dessus d’un seul par l’esprit du monde.

Ô Dieu d’amour, quand donc ne serez-vous plus le Dieu ignoré... le Dieu outragé... le Dieu... le Dieu qu’on oublie, mais le Dieu aimé et servi de tous?

Ô afflictions... ô douleurs... ô fruits d’immortelles espérances, fondez sur moi! Ô divin Roi du ciel et de la terre, ô doux Seigneur Jésus, je m’abandonne à votre volonté sainte. Daignez bénir, sanctifier mes résolutions, mes désirs, mes promesses, mes prières, mes souffrances. Ô Jésus, ne me quittez plus... Je ne veux que vous... Je veux tout ce qui me vient de vous.

Ô Maître adoré, guidez et maintenez dans la bonne voie tous les chrétiens, mais surtout et principalement les membres du clergé, mon cher père et mes frères spirituels, tous les prêtres tant réguliers que séculiers, les religieuses et les maisons religieuses que je vous dis dans mon cœur. Ayez pitié des pauvres pécheurs, des affligés, des agonisants, délivrez les âmes du Purgatoire. Protégez, ô mon Dieu, la sainte Eglise catholique, notre Saint-Père le pape, notre évêque; protégez la France qui vous aime, protégez le diocèse et la paroisse contre les efforts de l’impiété, rendez-lui la foi qu’on lui enlève... Rendez aussi la foi à notre France, mettez ses frontières à l’abri des méchants envahisseurs, donnez-lui la paix, mettez aussi la paix entre toutes les nations.

Amen.

Que Dieu règne... Qu’il soit connu et aimé de tous!

^  12 mars 1930 (mercredi)

 

Passer comme Jésus en faisant le bien... et en donnant du bonheur!

^  13 mars 1930 (jeudi)

 

Je bénis, je bénis Dieu des épreuves toujours plus grandes et toujours multipliées. Ô bienheureuses bénédictions! Les douleurs ruissellent en une pluie abondante. Que mourir serait bon!... Qu’il serait doux de mourir! mais souffrir est bien mieux encore. Souffrir c’est mériter, c’est donner, c’est grandir! Je souffre beaucoup, c’est vrai, mais je suis si heureuse! Je sens dans mon âme des douleurs bien cruelles, mais j’ai tant de paix.

Divin Jésus, laissez-moi vous louer... Laissez-moi vous aimer par toutes mes souffrances!... Laissez-moi, je vous en supplie, vous rendre grâce et vous bénir pour tant d’innombrables bienfaits.

Ô mon unique Amour, ne permettez pas qu’on ait connaissance de tout ce dont vous m’affligez. Vous le pouvez, vous êtes si puissant, et puisque mes souffrances sont l’œuvre de votre tendresse.

Mon bien-aimé, ne permettez pas que je perde, en le révélant, ce trésor infini de la souffrance. Ne faites jamais rien paraître en moi d’extraordinaire; que mon abjection, ma misère, ma bassesse soit visible et connue de tous!

Qu’on me voie toujours telle que je suis, c’est-à-dire rien et bien moins que rien.

Que c’est long!... Que mon exil est long! Ô bienheureuse demeure de la Cité céleste! Ô bon et bien-aimé Jésus, quand donc serai-je avec vous en Dieu pour l’éternité?

Mais fiat, ô mon Dieu, fiat et merci. Avec vous je veux aller jusqu’au bout... jusqu’au bout de moi-même.

Ô Jésus, Jésus, je vous aime! Je suis heureuse dans toutes mes souffrances. Toutes mes épreuves, mes afflictions, mes peines, mes chagrins, je les offre à Dieu, le suppliant dans mon amour d’en disposer lui-même en faveur de ses prêtres, afin que toutes soient utiles à la fécondité de leur apostolat et servent à répandre sur les âmes les trésors infinis de vérité, de grâces et de miséricordes, cachés dans le Sein de Dieu.

Que mon immolation incessante et entière leur vienne en aide, qu’elle leur serve... C’est toute ma prière et mon plus grand désir.

Que la lourde croix envoyée par mon Père des cieux, voulue de sa bonté divine, reçue de ses mains bien-aimées, acceptée avec la plus grande, la plus parfaite soumission et l’amour le plus sincère, ne me soit pas un sujet d’épouvante, mais un moyen précieux de sanctification et de salut; et que toutes les afflictions qui me brisent et m’accablent augmentent encore ma confiance en la toute-puissance et en l’amour infini de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, par l’union à Marie.

Ô Rédempteur Jésus, vous qui vivez avec moi, en moi! vous qui m’avez unie, liée à vous par un contrat d’amour, ne m’abandonnez pas... ne vous éloignez pas de moi, car je suis si faible, si petite, et ma misère est si grande. Qu’il m’est dur de vivre ici-bas, loin de Celui que chérit mon âme... Mais fiat! le ciel n’en sera que plus beau pour avoir été plus longtemps désiré. Qu’il est doux de penser que nous y serons tous un jour, perdus dans le Sein de Dieu, pour l’éternité!... Mon cœur se fond quand j’y pense.

Quand donc, ô Jésus, ravirez-vous à la terre votre pauvre petite victime, afin que là où vous êtes, elle y soit aussi avec vous?

Ce n’est pas pour le bonheur qu’on y goûte, ni pour être plus heureuse que je désire tant aller au ciel, mais pour aimer et faire aimer le Bon Dieu, l’aimer, le faire aimer sans mesure.

Mon Seigneur et mon Dieu! je veux... j’accepte... j’épuiserai jusqu’à la lie le calice présenté à ma lèvre par votre saint ange.

Oui Jésus, je veux tout... j’accepte tout... je me soumets à tout... je m’abandonne à tous les sacrifices. Broyez-moi, réduisez-moi en cendres, consumez-moi en vous... Je suis vôtre et uniquement vôtre.

Ô ma Vie!... mon Amour!... mon Tout! je vous supplie de vous servir de moi comme d’un objet sans valeur, sans prix! Faites-moi servir à votre amour et à votre plus grande gloire.

Mon Dieu, mon Dieu, je vous offre le trésor d’un amour sans mélange!

^  15 mars 1930 (samedi)

 

Plus la nuit est noire, plus elle est froide et glacée, plus le mur qui me sépare de Dieu est sombre et haut, plus seront abondantes les grâces qu’il répandra dans les âmes... plus nombreuses seront les brebis qui reviendront repentantes au bercail. Ô Croix, doux présent du ciel! tu es ma joie, mon trésor et ma vie! Ô douleurs, fontaines de grâces et de félicité, dons précieux de mon Jésus, je vous aime!

Quoi de plus pénible: n’avoir jamais goûté les douceurs qu’apporte après elle la présence d’un bien, ou bien en être privé après les avoir éprouvées?... Il est impossible de ne pas répondre que les privations sont d’autant plus dures que la jouissance a été plus vive.

Il y a une grande différence entre les plaisirs sensibles et les joies surnaturelles. Les premiers, qui sont violemment souhaités par ceux qui ne les ont jamais savourés, ne laissent après eux qu’un extrême dégoût. Les secondes n’inspirent aucun désir à ceux qui ne veulent pas s’en rendre dignes, mais quand on les a goûtées, on conserve d’elles une soif insatiable et pleine de douceur.

De là, je conclus que la privation des consolations divines, la suspension des grâces sensibles, les délaissements intérieurs, les sécheresses spirituelles, causent à l’âme privilégiée un tourment bien plus cruel à endurer que tout ce qu’on peut souffrir dans la vie présente, soit que l’on en regarde le caractère, les effets, la cause, soit que l’on en sonde la profondeur, la durée, le sujet, l’objet surtout.

Si le sentiment de la privation est en proportion avec l’excellence de l’objet dont on est séparé, de quelles peines ne sont pas affligées les âmes auxquelles sont enlevées ces ineffables consolations! Frappées par la volonté divine dans un dessein ou une justice mystérieuse servant leurs intérêts supérieurs, abandonnées par elle à une épreuve rigoureuse, elles peuvent s’écrier: si ces choses devaient m’être si tôt enlevées, pourquoi me les avoir données?

Néanmoins, c’est ordinairement par la soustraction des consolations sensibles, par la nuit de l’esprit, que Dieu éprouve la fidélité de ses amis. Ne faut-il pas en effet qu’il accoutume l’âme qui s’est si ardemment consacrée à son service, à l’aimer lui, et non pas seulement les consolations et les joies qu’il donne?... Ne faut-il pas que cette âme qui connaît les perfections infinies de Dieu et qui a senti si vivement sa bonté pour elle, le serve par reconnaissance plus que par intérêt?... Sans doute il n’attend pas que l’âme exclue de sa pensée la récompense auguste qu’il a promise à ceux qui le servent; mais il veut être servi pour lui-même, et non pour la récompense. Dieu mérite d’être servi et aimé alors même qu’il ne promettrait rien.

«J’ai cueilli la myrrhe de ma Passion, dit le bien-aimé à sa sainte épouse, avec les parfums de ma joie.» C’est donc pour rendre les douleurs de sa Passion plus sensibles que Jésus a voulu entrer en triomphe dans la ville de Jérusalem, d’où il devait bientôt sortir avec ignominie pour mourir sur le Calvaire.

Sa Passion devait lui être d’autant plus cruelle que le cortège qui l’avait accompagné quelques jours auparavant, avait été plus solennel. Et les cris de la populace en démence: «Ôtez-le! Crucifiez-le!» devaient d’autant plus l’affliger qu’il entendait encore retentir à ses oreilles les acclamations du peuple transporté d’admiration: «Bienheureux celui qui vient au nom du Seigneur!» Combien la croix dut lui paraître plus horrible, les épines plus cruelles, la nudité plus honteuse après que les foules en délire avaient jeté devant lui les rameaux et les fleurs, se dépouillant même de leurs vêtements pour les jeter sur son passage.

L’amour divin est le doux tyran des âmes que Dieu dispose à la perfection souveraine de la charité. Cet amour s’insinue ordinairement en elles en les comblant de caresses et de douces consolations, puis quand il en a pris définitivement possession, ilchange de visage et de procédé à leur égard, si je puis m’exprimer ainsi. Il entreprend de les rendre semblables à Jésus crucifié dans cette vie, pour les rendre conformes dans le ciel, dans sa vie de gloire. Il les prépare d’abord, il les console, puis il les exerce. Il les attire à lui, pour les entraîner ensuite dans la lutte et leur donner ainsi l’occasion de mériter et de triompher. Il gagne leur affection par la suavité des sentiments dont il les pénètre, pour obtenir d’elles dans les moments les plus difficiles, les plus pénibles, le témoignage de leur fidélité.

Je n’ai pas la prétention d’exposer dans cet entretien tous les moyens que Dieu emploie pour soustraire les consolations spirituelles aux âmes pieuses qu’il veut rendre participantes à sa croix! Ce serait tenter l’impossible. De même que l’intelligence humaine a trop peu de lumière pour comprendre les diverses opérations dont Dieu se sert pour communiquer ses grâces, elle ne peut non plus saisir tous les moyens dont il use pour les retirer et les suspendre. Nous pouvons bien, il est vrai, nous rendre compte de la présence de la grâce sensible, nous ne pouvons savoir comment elle vient. Nous sentons que nous ne l’avons plus, mais sans savoir l’heure et le moment où elle nous délaisse. Alors, puisque nous ne connaissons la présence et l’absence de Dieu que par les effets que l’une et l’autre produisent dans l’âme, c’est d’après les effets des consolations que peuvent se déterminer les croix que Dieu envoie à ses plus chers amis, et leurs délaissements intérieurs.

Que faire dans cet état si triste et si désolant?... Continuer sa vie régulière, pieuse et soumise, s’imposer s’il le faut le travail, la prière, l’oraison, la communion, mais ne rien laisser volontairement ou par dégoût. Forcer ses lèvres à dire à Dieu les actes de foi, d’espérance, de regret, d’amour, de confiance que le cœur semble se refuser à sentir, redire à Dieu avec toute la force de sa volonté ces paroles si émouvantes de saint François de Sales: «Je veux au moins vous aimer dans cette vie, si je suis assez malheureux pour ne pas vous aimer dans l’autre.» Au reste, c’est le moment bien choisi de se confier pleinement à la Miséricorde divine dans laquelle, si on ne trouve pas la consolation, on trouve du moins un grand soulagement. Et puis, et par-dessus tout, obéir aveuglément au prêtre à qui Dieu a confié le soin de notre âme. Mais pour que la douleur détache, purifie, élève l’âme sur les plus hauts sommets de l’amour, il faut lui montrer un visage joyeux, sans quoi son dur et amer baiser glace au lieu de ravir. Et le secret, la force de souffrir, ne se trouve que dans les bras de la croix. Cen’est qu’après avoir passé par le fer et par le feu de la tribulation qu’on entre dans le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix.

Le royaume des cieux souffre violence, et ce n’est qu’après avoir été exercé par toutes sortes de tribulations qu’on arrive à la béatitude, au repos.

L’homme naît pour aimer et aussi pour souffrir, et, du berceau à la tombe, la vie pour tous est une agonie plus ou moins longue, plus ou moins cruelle, une arène où il faut combattre sans relâche, où il faut lutter sans trêve ni repos avec la douleur. Vivre longtemps, a dit saint Augustin, c’est subir une plus longue torture. Et l’Esprit Saint résume en deux mots la vie de l’homme sur la terre: Labor et Dolor... labeur et douleur; et il en donne la raison: punition et expiation. La douleur a toujours la justice de Dieu pour auteur et le péché pour cause. Néanmoins, n’oublions pas que toute peine (excepté la dernière) est infligée par l’amour autant que par la justice du Maître. Dieu est toujours Père, surtout quand il châtie, et il ne se résout à perdre éternellement le pécheur que lorsqu’il voit l’invincible obstination de celui-ci dans le péché.

Quand même il ne nous doive rien, le Seigneur a toujours l’extrême bonté de nous envoyer des douceurs et des consolations dans tous nos malheurs, dans toutes nos douleurs. Quand on ne peut plus adorer et contempler Dieu en soi, on le contemple et on l’adore dans l’âme du prochain, on l’adore, on l’aime en lui-même.

Mon unique ressource dans mes angoisses et mes désolations est de m’abandonner sans réserve entre les mains du Bon Dieu; j’y trouve toujours la paix et le soulagement. J’espère que, Jésus m’écoutant, sa bonté ne voudra pas me rejeter éternellement de sa face.

Oh! Seigneur, châtiez-moi, châtiez-moi sur cette terre, mais ne me rejetez pas loin de vous.

Mon Jésus, faites-moi mourir plutôt que de vous offenser!

Ô ma Mère, venez à mon secours!

^  18 mars 1930 (mardi)

 

Sainte Communion. J’étais lasse, triste, découragée, en proie à mille vicissitudes. Jésus est venu à moi, il est venu en moi dans un amour qui dit tout, mais que je ne sais ni ne puis traduire.

Il faut avoir goûté cette douceur, cette joie d’amour, pour en connaître les délices, et surtout l’avoir goûtée au sein de la douleur.

Mon cœur était déchiré, brisé, à bout, et le voilà renouvelé! Jésus lui a communiqué une nouvelle ardeur, une nouvelle vie, un nouvel amour, un nouveau courage dans la souffrance.

Ô sainte Eucharistie! ô doux et divin Mystère!... Ô sainte Eucharistie, vrai brasier d’amour, vous êtes mes délices et ma vie!

Ah! que je voudrais, que j’aimerais voir toutes les âmes embrasées de ce Feu qui, si suavement, me dévore! Pourquoi en est-il si peu qui viennent s’y consumer, et s’y désaltérer?

Mon doux Jésus, retirez à votre petite victime toutes consolations, toutes douceurs et toutes joies.

Seigneur, changez pour moi en amertume toutes les consolations de la terre! Mais faites, je vous en prie et vous en supplie, que toutes les âmes qui, aujourd’hui, se sont approchées et qui désormais s’approcheront avec amour de la table sainte, en reviennent chaque fois renouvelées et transformées; plus humbles, plus pieuses, plus confiantes, plus soumises à l’adorable volonté de Dieu, et n’aspirent à rien d’autre qu’à grandir dans l’amour et dans l’union à Dieu.

Seigneur, augmentez la grâce dans l’âme des justes et daignez accorder aux pécheurs le pardon.

Je vous demande de daigner répandre des grâces abondantes de paix, d’union et de sanctification sur tous nos supérieurs ecclésiastiques et sur les fidèles chrétiens. Seigneur, versez sur votre peuple les richesses infinies de votre grâce, afin qu’ils reçoivent de vous la parfaite liberté et qu’ils avancent de plus en plus dans le chemin de l’éternelle félicité.

Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, vous rendre grâce partout et toujours par Jésus Christ notre Médiateur, notre Rédempteur et notre Maître: rien de plus digne de votre souveraine majesté, de plus conforme à la reconnaissance que nous vous devons, de plus favorable à nos intérêts spirituels et même temporels.

Ô doux Jésus, tendez-nous une main secourable au milieu de tant de dangers auxquels nous sommes exposés. Et faites que la communion que j’ai reçue m’enveloppe pleinement d’une atmosphère sanctifiante, imprègne intimement mon âme du céleste parfum de vos divines vertus et de votre sainte doctrine, développe mon admiration et mon amour pour vous et contribue à me faire progresser dans l’intimité avec votre Cœur, ô mon si doux Jésus.

Ô divine Marie, obtenez de l’adorable Trinité qu’elle daigne accepter, en réparation de tant d’injures qui lui sont faites, les affections de douleurs et d’amour dont l’Esprit Saint me favorise dans toutes mes communions.

Je demande que ma prière soit déposée par vous, bonne Mère, avec mon offrande, sur l’autel du ciel devant le Trône de l’éternelle Miséricorde.

Ô Jésus, ô mon unique amour, vrai trésor de mon âme! Ô Jésus, mon espoir et ma vie, vous qui vivez et régnez en moi, daignez exaucer mes bien pauvres, mais bien ferventes prières. Avous, Seigneur, en reviendra toute la gloire. Amen.

^  19 mars 1930 (mercredi)

 

Moins l’on parle, plus l’on pense... et mieux l’on prie. Plus l’on prie, mieux l’on aime. Plus l’on aime, mieux l’on monte!

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Partout, en tout et toujours, je vous bénis, ô mon Dieu!...

Trinité Sainte, recevez cette offrande que je vous renouvelle un nombre infini de fois tous les jours. Je vous la présente en mémoire de la Passion, de la résurrection et de l’ascension de Notre-Seigneur, ensuite en l’honneur de la bienheureuse Marie toujours Vierge, des bienheureux martyrs et de tous les autres saints. Puisse cette oblation servir en l’honneur et pour la gloire de son saint Nom, pour mon utilité et celle de la sainte Eglise.

Je suis de plus en plus unie à la Passion du Christ, tout mon être est scellé à la douleur; mais c’est à flots que Jésus répand ses bénédictions sur moi.

L’amour de Dieu me dévore! II me semble que je suis de plus en plus enchaînée à Dieu par l’amour. Ma vie est une croix, mais une croix d’amour... une croix de délices, puisque souffrir avec Jésus n’est déjà plus souffrir.

J’ai tant souffert tous ces jours que j’ai vraiment cru que Dieu allait enfin me rappeler à lui, et que l’heure tant désirée était bien près de se réaliser. Cependant je demeure, vivant de mon Dieu et me consumant pour lui! Je me sens étrangère en ce monde, et si loin de Jésus, si loin du ciel à cause de la vie qui m’est laissée, qui m’en ferme la porte.

Je suis crucifiée entre le ciel et la terre, mais c’est pour mon bien. Souffrir toujours autant... souffrir encore longtemps n’est rien, si je puis ainsi arracher des âmes, même une seule âme, à l’enfer.

Tout m’est et me sera doux, pourvu que Dieu règne et soit aimé.

Ô bon Jésus, ne permettez pas qu’on voie, qu’on ait connaissance de ce que je souffre, et plus encore ma chère maman.

Ô mon tendre Ami, laissez-moi me taire et me perdre en vous seul dans le silence et l’amour. Soyez ma force et ma confiance, ôJésus, je suis à vous!...

^  20 mars 1930 (jeudi)

 

Oh! quelle aridité depuis trois jours! Mon âme est enfermée dans une étroite prison et Jésus m’y laisse toute seule sans rien qui me console, mais avec beaucoup de choses qui m’affligent atrocement. A quelques rares moments, je crois sentir qu’il est là; il me semble que les oraisons, les prières, les souffrances, les peines que j’offre à Dieu sans cesse montent et vont jusqu’à lui. Mais la plupart du temps et presque continuellement, mon âme est dans une telle insensibilité, une désolation si grande, que j’ai l’impression que tout ce que je fais et donne à Dieu retombe à terre sans fruits, comme retomberait un caillou qu’on aurait jeté en l’air.

C’est pénible et terrible, et cette comparaison n’est rien comparée à la réalité... Car la privation des consolations divines, la suspension des grâces sensibles, les délaissements intérieurs, les désolations de l’esprit, les sécheresses spirituelles causent à l’âme toute consacrée à Dieu, un tourment bien plus cruel à endurer que tout ce que l’on peut souffrir dans cette vie, soit que l’on en regarde le caractère, les effets, la cause, soit que l’on en sonde la profondeur, la durée; mais surtout le sujet et l’objet. Si le sentiment de la privation est en proportion avec l’excellence de l’objet dont on est séparé, de quelles peines ne sont pas affligées les âmes auxquelles sont enlevées ces ineffables consolations. Et si les consolations divines dépassent sans comparaison toutes celles des sens, il faut dire que leur privation est aussi d’autant plus rigoureuse que l’épanchement de ces divines douceurs a été plus abondant, leur communication plus élevée, et les désirs qu’elles ont inspirés plus profonds, plus intimes et plus puissants.

Oh! nuit... sombre nuit, dureras-tu toujours?

Mon Dieu, mon Dieu, m’auriez-vous complètement abandonnée?... Y aurait-il une réserve au sacrifice entier que j’ai fait de moi-même?... Doux Seigneur Jésus, je vous prie et je vous supplie de me laisser la divine joie de vous aimer en ce monde; et laissez-moi le bonheur de vous le prouver et de vous le dire. Laissez ma pauvre faiblesse s’appuyer sur votre toute-puissance, se perdre dans votre compatissante miséricorde.

Rien dans ma vie ne ressemble à un jour lumineux. Quel étrange et douloureux changement! Il me semble que je n’y vois plus; mon esprit, qui s’occupait si volontiers de Dieu, ne peut se fixer nulle part; mon cœur, d’ordinaire si brûlant d’amour, ne sent plus rien, le dégoût remplace l’ardeur qu’il avait pour le bien, la peur remplace l’allégresse, cette divine allégresse qui transporte et rend tout léger. Tout ce que je dis, tout ce que je fais, tout ce que je donne me semble perdu.

Nul, s’il n’a passé par cette épreuve, ne peut comprendre l’angoisse d’un cœur qui se trouve plongé dans les ténèbres et les doutes spirituels sans pouvoir s’en dégager, ou s’il le peut, n’est pas compris de son directeur, soit qu’il manque d’expérience, soit que Dieu ne lui accorde pas les lumières nécessaires pour connaître le triste état de cette âme, soit aussi qu’Il veuille la laisser dans le complet abandon. L’amour obtient tout, la patience aussi... et j’ai tout, puisque je possède Dieu... puisque j’appartiens à Dieu!

Dieu sera avec moi toujours, quelle que soit la nuit qui m’enveloppe et, avec Dieu, j’aurai toujours et la force pour ne pas faiblir et la grâce pour profiter de cette rude épreuve.

Pourtant, je l’avoue, je ne pense ni à me plaindre, ni à me décourager, tant il est vrai souvent qu’on est malheureux par comparaison. Je compte en tout sur le secours de Dieu et j’attends en paix le temps de sa miséricorde, car il me semble qu’il ne m’affligerait pas d’une aussi terrible épreuve si elle ne devait servir à rien, si elle ne devait pas être utile à quelque chose.

Mon unique consolation au milieu de tant de peines, c’est la grâce que Dieu me fait de ne pas moins l’aimer qu’à l’ordinaire; c’est la pensée que, loin de lui demander de me délivrer d’un si grand tourment, je suis disposée à souffrir autant jusqu’à la fin de ma vie, si tel est son bon plaisir. Je suis sa très humble servante, je m’abandonne donc à lui de bon cœur et je le prie seulement de m’assister, afin que je ne l’offense point.

Ô divine Victime de mon salut, ô doux Jésus! comment ne pourrais-je pas supporter si peu quand j’ai vous, Seigneur, pour modèle, quand j’ai vous pour aide, pour guide et pour soutien? Ô Seigneur qui me tendez les bras... et non content de cela, vous m’ouvrez votre divin Cœur, pour que je m’y blottisse, pour que je m’y repose, pour que je m’y cache et y vive à tout jamais.

Mon Dieu, agissez en moi comme vous le voulez; mais toujours, toujours j’espérerai en vous.

Je voudrais pouvoir dire aux âmes qui s’affligent quand elles n’ont plus de consolation dans l’oraison, dans la prière, que la volonté de la prière et la soumission à la volonté de Dieu est un acte de foi et une preuve d’amour qui est très agréable à son Cœur; elle est le commencement de la prière du cœur et l’assurance des consolations célestes dont la tendresse divine récompense tôt ou tard ceux qui persévèrent en toute confiance dans la vertu.

Quelle arme toute-puissante est le véritable amour de la créature pour son Créateur! Ô Jésus, mon Amour et mon Tout! Accomplissez en moi et par moi votre souverain bon plaisir. Je ne mettrai aucune résistance à votre volonté sainte. Ô mon Maître adoré, vous m’avez tout demandé... je vous donne tout et sans réserve.

Du berceau à la tombe, Marie a été unie à son divin Fils dans cette oblation de la volonté à la volonté du Père; oblation entraînant comme conséquence celle du corps. C’est donc le don total de l’âme et du corps qui est le suprême témoignage de l’amour.

En effet, plus nous apportons de soumission et d’amour à accepter les volontés du ciel, plus nous participons à la perfection du Dieu trois fois saint. Et plus notre sacrifice a été uni et voulu en Eux, plus il nous fait présent à la Trinité Sainte et attire sur nous les libéralités divines, nous donnant ainsi un pouvoir d’amour proportionné à notre sainteté et à notre générosité.

L’âme est donc, dans cette oblation, à la ressemblance du Christ et en union avec lui, prêtre mystique et hostie d’amour. Si elle se consacre pour toujours à cette vie sublime, elle peut offrir sans cesse à l’Amour infini des sacrifices spirituels: hosties de louange et d’action de grâces, d’immolation et d’adoration, en un mot: l’or, l’encens et la myrrhe qui doivent être offerts à la divinité, en union avec le parfait Adorateur et Marie Médiatrice, par les adorateurs en esprit et en vérité que le Père s’est particulièrement choisis dans leur amour. Par Jésus et Marie, c’est réaliser en soi et autour de soi «la volonté du Père sur la terre comme au ciel» et attirer les âmes à ce culte filial qui fait les véritables enfants de Dieu.

Or, je m’engage pleinement et volontairement à vivre cette vie d’abandon et d’accomplissement de la volonté de Dieu. Mon vœu rendra permanent l’acte par lequel je donne au Christ toute liberté sur moi et par lequel je m’engage à accomplir toutes ses volontés.

Ô mon Dieu, de quelle paix ne faites-vous pas suivre ce total et confiant abandon à votre bonté de Père!

Ô mon Jésus, gardez-moi bien à vous et pour vous tout seul!

Délivrez-moi de cette étrange angoisse, en me retirant de cette sombre nuit! Laissez filtrer un petit rayon de lumière au travers du mur qui m’environne. Vous savez combien faible est votre petite servante quand vous ne la tenez plus sur votre divin Cœur, ô mon Jésus bien-aimé, et combien elle a froid, combien elle a peur quand elle ne sent plus sur elle votre si doux regard.

Cependant, ô Jésus, je veux tout, j’accepte tout, je vous fais le sacrifice de tout pour la gloire de votre saint Nom, pour l’honneur de votre Passion et pour la conversion des pécheurs.

C’est en frappant le rocher que Moïse en fit jaillir l’eau bienfaisante et rafraîchissante; c’est aussi en nous frappant, en brisant quelquefois la dureté de notre cœur, que Dieu fait jaillir en nous les eaux délicieuses et bienfaisantes de la grâce.

^  22 mars 1930 (samedi)

 

Vivre uniquement pour vivre en Jésus!!!...

Divin Jésus, je fais plus que vous consacrer mon temps, mon cœur, mon âme et mes prières... je vous donne aussi mes peines, mes souffrances.

^  23 mars 1930 (dimanche)

 

Dieu est vraiment bien bon de m’affliger avec tant d’amour!

Ô doux Seigneur Jésus, je veux tout ce que vous voulez, jele veux comme vous le voulez, je le veux pour le temps que vous le voudrez. Je vous remercie de toutes les douleurs dont vous daignez m’enrichir; donnez-m’en cent fois plus encore si c’est votre divin bon plaisir. Je les recevrai pleine de joie, parce que l’accomplissement de votre sainte et adorable volonté est la plus douce et la plus grande de toutes mes consolations.

La disposition intérieure à laquelle Notre-Seigneur semble me ramener constamment, et qu’il paraît me demander uniquement, c’est d’être et de me sentir heureuse par lui, et de me réjouir en lui de tout ce qui m’arrive. Ô mon Dieu! ô mon trop bon Sauveur, donnez-moi, conservez-moi toujours ce contentement, cet abandon joyeux et plein d’amour, afin que je demeure en vous par lui à jamais.

^  24 mars 1930 (lundi)

 

Combien il me coûte de savoir les miens accablés d’ouvrage, alors que je ne puis rien pour les aider.

J’offre au moins mes sacrifices et mes souffrances; puissent-elles leur profiter non tant en biens naturels, mais en biens spirituels et divins.

Ô mon Dieu, puissiez-vous, par mes sacrifices et mes souffrances, bénir tous ceux que j’aime!... je le voudrais tant!

^  25 mars 1930 (mardi)

 

Dieu est souverainement bon, infiniment sage. Ce qu’il veut est donc toujours un effet de sa miséricorde et de son amour.

Voilà pourquoi la soumission pleine, entière, affectueuse, àtoutes les épreuves, à tous les accidents, à tous les événements de la vie, est l’acte le plus parfait, le plus saint que la créature raisonnable puisse produire. Et Dieu, dans sa bonté sublime, en a fait l’acte le plus méritoire.

Je ne sais plus quel est le grand saint qui a dit que l’habitant de la Cité sainte porte au fond de son cœur un fiat et un amen continuels. Toutes ses peines, il les veut, et ne désire aucune des consolations dont il est providentiellement privé... Il ne veut rien d’autre que ce qu’il a. Sa nourriture est de faire avec Jésus, uni à Jésus, la volonté du Père, quelle qu’elle soit. J’aime souvent à me rappeler cette pensée, je la trouve si belle et si conforme au besoin de chacun: je suis, en ce moment, à la place où le Bon Dieu me veut, dans l’état, la situation, le degré d’amour et d’humilité où, de toute éternité, il me voulait; et le Seigneur me fait des grâces capables de rendre méritoires toutes mes peines.

Oh! oui, Dieu pense à moi; il y pense de toute éternité. Je sais qu’il est là. Il me regarde, il m’enveloppe de son amour! Sa divine main s’appesantit lourdement sur moi, c’est vrai, mais il me donne la force et surtout le courage de recevoir la douleur non seulement avec paix et résignation, mais avec joie. Il est possible que demain je souffre davantage qu’aujourd’hui, mais les grâces seront en rapport avec mes nouvelles souffrances.

Oui, mon Dieu, oui, je suis heureuse, alors même que de mes lèvres s’échappent des gémissements!... Je gémis, mon cœur gémit, mais ce sont des gémissements ineffables.

Je ne voudrais pas adoucir si peu que ce soit, abréger même d’une minute, les souffrances qu’il plaît à Dieu de voir en moi.

Dieu est mon Maître, un maître bon, un maître sage et clairvoyant, un maître puissant et plein d’amour! A lui donc, je m’abandonne tout entière. Lui seul est mon bonheur présent et mon bonheur à venir... Lui seul m’est tout.

Quand j’ai de grandes douleurs, Jésus est le médecin qui me guérit; quand je suis desséchée par la fièvre, il est la fontaine d’eau vive qui me rafraîchit; quand je suis triste, lasse, quand je tremble, il est la force qui me défend; quand je me sens défaillir, il est la vie qui me ranime, l’aliment qui rassasie ma faim. Il est le Bien suprême... Il est la Voie, la Vérité et la Vie... Il est l’éternel Amour.

Doux Seigneur Jésus, j’attends tout de votre tendresse, j’espère tout de votre bonté!

Cette longue épreuve qui me tient impuissante et qui me fait gémir, sera peut-être le bienfaisant remède de maux inconnus que moi-même j’ignore. C’est pourquoi je vous demande, ôdoux Jésus, une foi toujours plus vive, une conviction toujours plus forte, un amour toujours plus pur, une volonté toujours plus ardente, une soumission toujours plus parfaite. Que votre sainte et adorable volonté soit mon souverain bien dans le temps et dans l’éternité. Oh! je la veux... je l’aime... je la chéris... je l’embrasse, cette volonté sainte. Pauvre, faible et souffrante, je viens à vous, ômon bien-aimé, je reste avec vous, près de vous, en Dieu heureuse, paisible et confiante... Et toujours joyeuse.

^  27 mars 1930 (jeudi)

 

Passer humble et silencieuse comme la Vierge, en faisant le bien... en donnant du bonheur.

Je connais maintenant la joie la plus pure, la plus douce que l’on puisse connaître: celle de vivre pour les autres et pour leur bonheur.

Que c’est bon d’être dure pour soi-même, de ne se permettre aucun apitoiement décevant, rien qui affaiblisse et qui nuise au résultat de l’épreuve qui doit être de fortifier, d’élever, de grandir, de rendre meilleur et plus saint. C’est pourquoi, jusque dans les plus petites choses, comme d’avoir soif, d’allumer la nuit, je résiste. Il faut savoir rester seule et forte aussi bien la nuit que le jour. Moi qui aimais tant les nuits claires, les nuits parées d’étoiles... Mais tout cela est déjà si loin.

C’est en pensant et en méditant les souffrances de Jésus Christ, incomparables aux miennes et volontairement supportées par amour pour nous, et à son amour rayonnant, sublime sur la Croix, que je suis parvenue à m’unir à lui dans une communion intime et constante.

Ah! comme j’ai demandé à Jésus avec ferveur, après lui avoir offert mon immense douleur et fait le sacrifice de tout bonheur humain, de me faire accepter ma croix, et qu’elle soit pour moi le gage, la condition d’une vie toute d’amour pour Dieu et mon prochain!... Et Dieu m’a exaucée...

Dans mon oraison ce matin, j’ai longuement demandé à Dieu que tout ce qui pouvait encore me rester de vie pût être employé utilement. D’abord, l’humeur peut se refléter sur tous les alentours en bien ou en mal; puis, on peut donner son cœur, son âme, sa sympathie. Une chose reste toujours, elle est à la portée de chacun: la joie des autres... Donner un peu de calme, de courage, d’espoir, provoquer un sourire, tout cela est un doux travail et il n’est pas nécessaire d’être debout, ni en santé pour le faire. Au contraire, rien ne comprend mieux qu’une grande douleur. Puis reste la prière. La liste des bénédictions, des grâces à demander pour tous ceux qu’on aime est si longue! Il y a tant de pauvres cœurs brisés par les difficultés, les soucis et surtout par les amertumes de la vie, tant de malades comme moi qui passent par les mêmes tourments physiques et moraux, tant de malheureux qui ne connaissent et n’aiment pas le Bon Dieu.

Ma seule grande douleur, que je ne pouvais vaincre, était de ne pouvoir rien faire pour toutes les âmes souffrantes, pour tous ceux qui vivent loin de Dieu et vers lesquels mon cœur s’élance chaque jour. Que puis-je faire pour tous, me disais-je?... Et l’horizon s’est tout à coup éclairé: un surcroît de bonheur et de paix m’est revenu en pensant que je pouvais beaucoup pour eux par la prière, par l’offrande de mes souffrances unies à celles du Christ, par le rayonnement de ma vie toute d’amour, par le contentement, la joie. J’ai devant moi de quoi occuper utilement tout le temps qu’il plaira à Dieu de me retenir en cet état... Je sens bien cependant que ma charité n’est pas encore satisfaite. Sans doute qu’elle ne le sera jamais pleinement sur la terre... Ce besoin de me dévouer, de m’oublier pour les autres est en moi si grand.

Il y a deux ans je souhaitais vivement mourir pour voir Dieu, car j’avais la ferme espérance d’une éternité bienheureuse.

Maintenant que je sens que j’ai une mission à remplir, jelutte pied à pied avec la maladie, offrant d’avance les souffrances que mon énergie et ma résignation prolongent.

Que je suis heureuse de penser que ma vie n’est qu’un grand tissu de privations, et que par là, je me trouve plus rapprochée de mon Jésus chéri! Qu’il m’est doux, Seigneur, de prolonger ces jours privilégiés où je partage avec toutes vos créatures, surtout avec les déshérités, les vicissitudes de l’exil terrestre.

^  28 mars 1930 (vendredi)

 

Que faire pour m’acquitter de cette énorme dette de reconnaissance que j’ai envers Dieu et envers la société?... La réponse me vient, toujours la même: accepte avec soumission, avec bonheur tout ce qui t’arrive en peines, et donne en joie aux autres tout ce que tu reçois de Dieu.

Les privilèges ne me font pas envie, je crois que vraiment je ne pourrais plus jouir de rien après avoir connu les joies pures que je connais et après avoir vécu si longtemps la vie du sacrifice.

Grâce à Jésus, grâce surtout à notre bonne Mère, je m’entends de mieux en mieux à dissimuler ce qui a trait, tout ce qui peut rappeler que je suis malade, et à taire les maux dont je souffre constamment et desquels je ne parle que très peu.

Je veux que tout autour de moi et en moi rayonne l’harmonie, le saint contentement, la joie et l’immense bonté de cœur.

L’apprentissage de la gaieté dans la maladie n’est pas moins nécessaire que celui de la résignation.

Etre toujours gaie, toujours joyeuse, même dans l’affliction... C’est si bon! C’est de là que j’ai compris la valeur d’un sourire accueillant, le bénéfice d’une sérénité habituelle transformant mélancolie et tristesse en saint contentement.

L’amabilité, c’est la charité qui se donne, c’est la patience qui supporte, c’est la force et la paix qui se transmettent d’un seul cœur au cœur de tous... La joie, c’est la disposition radieuse de l’âme tournée vers son Dieu.

^  29 mars 1930 (samedi)

 

Nuit d’attente, d’appels à Jésus! Ne le trouvant pas près de moi, ni dans la prière, je l’ai cherché et l’ai trouvé dans les bras de la Très Sainte Vierge, qui me l’a donné après une dizaine de chapelet et un "Souvenez-vous" récité avec amour et piété.

Je l’ai trouvé, ce matin, après un acte d’obéissance qui a dû réjouir son Cœur si aimant; puis à la sainte Messe, mais surtout en faisant le Chemin de Croix... Et le calme, la paix, la joie est revenue dans mon âme.

Je le trouve bien d’ailleurs sans cesse et partout, tout le long du jour et de la nuit: je le vois dormant paisible, innocent et pur, tantôt dans les bras de sa Sainte Mère, tantôt sur la barque de Pierre, tantôt dans sa Crèche à Bethléem. Je le vois aussi priant avec Marie et saint Joseph, ou travaillant dans l’atelier de Nazareth... Mais le plus souvent et surtout, seul et triste à Gethsémani, au Calvaire et dans le Très Saint Sacrement de son amour. Dans les pauvres, dans les malades, dans les petits enfants que j’aime tant; dans les pauvres pécheurs, dans les malheureux, les prisonniers, dans tous les travailleurs... dans tous ceux qui m’entourent.

Dans quelques jours, je le trouverai dans la sainte communion, et lui demanderai de ne plus me quitter, de faire que rien ni personne ne puisse me distraire de lui, et que tous mes soupirs soient des soupirs d’amour. Que ma première pensée, mon premier regard, ma première parole soit un «Jésus, je vous aime!»

Que mes journées et mes nuits sont douces, ainsi unie à Jésus, l’Amour suprême et infini!

^  31 mars 1930 (lundi)

 

Jésus m’a fait comprendre d’une manière toute mentale que les sécheresses spirituelles, les grâces sensibles, les désolations intérieures ne sont pas toujours une épreuve voulue directement par lui, qu’elles peuvent aussi venir de quelques attaches, de quelques amitiés secrètes qui blessent son divin Cœur et qui empêchent son entière familiarité avec l’âme.

Ô vous qui souffrez et qui vous plaignez de vivre dans une nuit sans étoiles, regardez au fond de votre cœur s’il n’y a pas quelque chose, un souvenir ou une affection qui tienne la place que Jésus doit y occuper. Soyez généreuse, chassez tout cela et laissez entrer Jésus... et Jésus tout seul. Ne vous découragez pas; il faut toujours des épreuves à une âme. Tant que Jésus ne vous manquera pas, rien ne vous manquera, car celui qui a Dieu, a tout.

Il veut voir jusqu’où peut aller votre confiance, et vous ménage peut-être de grands concours. Il faut lui dire aussi: «Je sais bien que je suis la faiblesse, la misère même, et c’est pour cela que je compte sur vous, ô Jésus!»

 

Quand le Bon Dieu nous demande de grands sacrifices, qu’il nous envoie de profondes afflictions, c’est qu’il se dispose et nous prépare en secret de grandes consolations, un immense bonheur.

Que Jésus et Marie soient loués de tout! Au ciel, nous serons couronnés de nos afflictions d’ici-bas.

 

Etre une âme de lumière et d’énergie... un cœur plein d’humilité, de douceur et de charité... une petite martyre... une hostie d’amour... une louange de gloire!

Aimer en souffrant... semer en chantant, pour les moissons éternelles!

Etre une violette toujours modeste,

........ une pensée toujours pure

........ une pâquerette toujours simple

........ un muguet, gage de bonheur

........ un lys toujours très blanc... Rien qu’une toute petite fleur pour la joie de Jésus, mais une petite fleur toujours ensanglantée et qui, nuit et jour, se donne et s’immole pour la gloire de Dieu.

Les fleurs des autels, qui s’épuisent et s’effeuillent près du tabernacle pour l’honneur et la gloire de Dieu, sont la vivante image de l’âme consacrée et immolée par la main du Seigneur, qui s’épuise et se consume pour son amour, pour sa plus grande gloire et le salut des âmes. Tour à tour, avec lui, sur les sommets lumineux du Thabor ou sur le chemin ensanglanté du Calvaire.

C’est ainsi, ô mon Dieu, que je vais chaque instant du jour et même de la nuit, cueillant des fleurs pour vous les offrir.

Je n’ai pas vu leur beauté, je n’ai pas respiré leur parfum, je n’en connais pas le nombre. Je ne sais pas la valeur des souffrances, des fatigues, des sacrifices et des larmes, mêlés dans mes mains qui vous les offrent, qui vous les tendent... Non, je ne le sais pas! Mais j’aime mon ignorance... j’aime toutes vos volontés!

^  1er avril 1930 (mardi)

 

Ah! que ces mots divins tombés du Pater, «Fiat voluntas tua», prononcés par des lèvres pieuses et généreuses, épanchent un baume plein de mystères, un parfum de paradis qui adoucit et guérit les plaies les plus saignantes du cœur, réconforte l’âme torturée et meurtrie, l’inonde de paix et de bonheur... Et, au milieu même des douleurs et des larmes, fait naître une espérance, une lumière d’éternité.

 

Dieu notre Père, qui êtes aux cieux comme vous êtes dans le cœur de tous vos enfants, ô notre Père à tous, bénissez la plus pauvre, la moindre de tous vos enfants! Bénissez tous ceux qu’elle aime... bénissez toute créature.

Bénissez mes actions... Bénissez mes peines... Bénissez mes résolutions... Bénissez toutes mes intentions... Bénissez mes peines et mes souffrances... Bénissez les leurs, ô doux Jésus, mon Dieu.

Ô Père tendre et bon, à vous j’ai tout donné, accomplissez et achevez maintenant en moi ce que vous avez si merveilleusement, si amoureusement commencé.

Je sais que la durée de mes jours est exactement et surtout providentiellement mesurée à la longueur de la tâche que vous m’avez destinée. Aidez-moi, je vous en supplie, à la poursuivre, à la continuer avec toujours plus d’amour, avec une toujours plus grande ferveur, pour l’achever en beauté... Aidez chacun de nous à l’achever de même.

Pour bien finir, je sais qu’il faut toujours bien faire! Pour espérer faire une sainte mort, il faut vouloir vivre une belle vie!...

Pour cela, Seigneur, donnez-nous toujours abondamment votre grâce, votre lumière, pour connaître ce que vous nous demandez.

Donnez-nous surtout plus de ferveur, plus d’amour, plus de foi... plus d’intelligence aussi pour faire parfaitement ce que vous désirez, plus de volonté pour vouloir toujours ce qui vous plaît le mieux, et plus de confiance, plus de ferveur pour nous sauvegarder dans toutes nos défaillances... et rien de plus, si ce n’est la persévérance pour accomplir tous nos devoirs jusqu’au sommet suprême de la perfection.

Donner toute la pleine mesure de moi-même: mes devoirs, mes joies, mes souffrances, mes peines, mes consolations, mes encouragements, mes lumières... toute ma charité, tout mon amour, toute mon âme, tendrement penchée sur chaque créature, quel que soit leur état, quelle que soit leur vie, quels que soient leurs péchés et leurs vertus.

Oui, donnons, donnons-nous sans cesse; et donnons tout notre cœur, toute notre âme, toutes nos forces, tout notre sang, toute notre vie, sans chercher à savoir, sans nous inquiéter de ce que l’on pense et dit de nous. Faire tout notre devoir: tout ce qui est juste, vertueux et pur... tout ce qui est aimable, louable et parfait, unis à Jésus et à Marie notre si bonne Mère, dans l’unique pensée de plaire au Bon Dieu qui nous aime, qui nous voit, nous soutient, nous encourage, nous sourit pour chaque petit effort, pour chaque petite victoire obtenue, et, au ciel, nous en récompensera dans la joie d’un face-à-face éternel, tout comme il nous consolera de toutes nos souffrances endurées pour lui.

Ô doux Seigneur Jésus, qui ouvrez votre Cœur à tous, mais plus particulièrement aux affligés, pour y réfugier leur détresse, ayez pitié de nous...

Ô Jésus, je vous donne mon cœur, faites qu’il soit toujours bien vôtre!

 

Ah! que voilà une douce et consolante prière pour aller à Dieu! Prière d’amour, de charité, de confiance; prière écoutée, entendue, bénie, exaucée, parce qu’elle le réjouit, parce qu’elle l’honore et le glorifie.

 

Prier, dit saint Ambroise, c’est respirer le Bon Dieu! C’est mettre tout son cœur, toute son âme, toute sa volonté, tout son esprit, toutes ses pensées, toutes ses aspirations, toutes ses dispositions, tous ses désirs dans les mains de Dieu.

Prions donc, et bien fort... Prions beaucoup la Sainte Vierge, et elle aura pitié de nous.

Prions pour nous, pour nos proches, pour tous ceux que nous aimons; prions pour la persévérance des fidèles, pour la sanctification des justes, pour les affligés, pour les malades, pour tous les pauvres pécheurs. Prions aussi pour les chères âmes du Purgatoire, joignons nos mains pour supplier en leur faveur et Dieu tendra les siennes pour leur donner, et ces chères âmes ouvriront les leurs pour recevoir.

Prions, prions pour la France, pour l’Eglise militante et pour l’Eglise souffrante incessamment unie à l’Eglise triomphante.

 

La prière est une lampe pleine de mystère qui, en vertu de sa flamme brillante et pure, nous montre à tous le chemin du devoir en nous donnant le divin courage de l’accomplir.

Qui dira ce que la prière peut mettre et répandre dans une âme, de vérité, de paix, de force, de consolation, d’espérance? Elle n’est pas seulement de la lumière, elle est de la chaleur, elle est de la vie.

Elle est le parfum qui charme, la fraîcheur qui captive, l’aimant qui attire, la grâce qui enivre, la douceur qui enchante.

Si l’âme est triste, elle la relève; si elle dort, elle l’éveille; sielle est joyeuse, elle la modère, si elle est dans les ténèbres, c’est le rayon divin qui doucement descend sur elle et la ravit en Dieu.

Quand nous souffrons moralement ou autrement, prions en union avec Jésus et par Jésus toujours... prions comme priait Jésus. Unissons nos faibles voix à la sienne, toute-puissante et divine, demandons-lui de soumettre au Père, à notre Père, ce que nous voulons qu’il entende, nous donne, nous accorde.

Mon Dieu, que votre sainte et adorable volonté soit faite sur la terre comme dans le Ciel, qu’elle s’accomplisse surtout en mon âme!...

Si Jésus est notre Médiateur... si nous prions, si nous supplions avec lui et par lui... Si nous ne faisons qu’un avec lui, alors nous pouvons filialement dire à Dieu: «Ô Père... ô notre Père des cieux, ce n’est plus moi qui prie, c’est Jésus Christ, votre divin Fils, qui prie en moi.»

Oh! que Jésus fait bien mieux que nous tous ce que nous avons à faire! Nous n’avons qu’à nous tenir humiliés et anéantis devant lui, consentant à l’avance à tout ce qu’il voudra.

S’il faut aimer, Jésus aimera en nous et pour nous... S’il faut prier, adorer, glorifier, Jésus priera, adorera, glorifiera Dieu son Père, et beaucoup mieux que nous ne le pourrions.

Ô Jésus, puisque vous êtes mon âme, ma vie et mon tout, faites donc tout en moi et pour moi.

Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer chacun de mes jours à vous aimer, à vous obéir. Et comme pour vous il n’y a que l’obéissance qui compte, le plus grand entre tous est donc celui qui fait le mieux ce qu’il doit faire, et qui le fait avec plus d’amour.

Ce qui est grand, ce n’est pas tel acte ou tel autre, c’est tout ce que Dieu veut. Toutes les volontés de Dieu sont grandes, en dehors de là, tout n’est rien.

Je fais toujours une grande chose quand j’accomplis un acte voulu de Dieu et parce que Dieu le veut.

Notre vie n’est donc pas en réalité ce qu’elle paraît être, mais bien ce que nous la faisons.

Telle existence glorieuse en apparence n’est souvent qu’une fumée, et quelquefois même, pire encore. Telle autre sans éclat, sans relief aux regards des humains, est aux yeux de Dieu une éblouissante beauté.

Ce qui m’a beaucoup confirmée dans cette pratique de l’amour obéissant est une vue que Dieu m’a donnée de la complaisance et de la joie infinie que lui, le Père éternel, a de voir toute sa gloire intérieure et extérieure recueillie dans son Fils; car il voit en lui toutes ses grandeurs divines. Il voit de même en lui toute sa gloire extérieure, et rien ne lui plaît mieux que la personne de son Fils; ou si quelque autre chose lui plaît, ce n’est que par lui.

Il voit dans son éternité tous les mystères de sa vie terrestre, dans lesquels il prend ses délices, y trouvant la plénitude de ses perfections divines.

Sa justice y est pleinement satisfaite... Sa miséricorde y éclate admirablement... Son amour y rejaillit merveilleusement, ainsi que sa sagesse, sa bonté, sa puissance, et enfin toutes ses suprêmes grandeurs. Et comme Jésus est la parfaite image de son Père, selon son essence et sa vie divine, se voyant lui-même dans le Père, il s’aime et se réjouit de son infinie beauté. Il est aussi un tableau parfait dans lequel resplendissent toutes les perfections de la divinité, selon les mystères de sa vie mortelle. Le Père éternel, les voyant en lui, y prend plaisir et s’en réjouit infiniment, en sorte que, comme rien ne le satisfait au-dedans de lui-même, que la vue de son Fils unique, rien non plus ne le satisfait au-dehors, que la vue de ce même Fils. Ainsi, si nous faisons quelque chose qui soit agréable à Dieu, ce n’est point parce que l’acte vient de nous, mais parce que nous sommes liés aux différentes opérations de Jésus envers son Dieu, son Père, de sorte qu’étant abîmés en lui et unis à ses suprêmes opérations envers la divinité, nous sommes en quelque manière d'autres lui-même. Nous faisons ce qu’il fait d’une manière ineffable et que nous ne pouvons comprendre; car ses grandeurs sont incompréhensibles, il faut les adorer plutôt que les considérer, et attendre patiemment le grand jour de l’éternité pour les connaître. Cependant, nous devons tous nous appliquer fortement à l’imitation des vertus et des dispositions de Jésus Christ, pour le faire vivre en nous.

C’est pour cela que cet aimable et doux Sauveur vient en nous par la grâce et par la sainte communion, afin que nous vivions de sa vie et que nous le laissions opérer en nous librement tout ce qu’il voudra.

Ô doux Jésus, pourquoi venez-vous si souvent avec votre vie en moi, si ce n’est pour y vivre vous seul? Quand donc aurai-je l’ineffable bonheur de me trouver dans un état conforme au vôtre, afin que je n’aie plus d’autre vie en moi que la vôtre, ô mon Jésus, mon Dieu.

 

Tout mon idéal est de me perdre et de m’ensevelir en Dieu, de me reposer dans la pensée divine, afin qu’en vertu de l’Esprit, le Père et le Fils soient bien libres en mon âme.

Ainsi m’a appris la Sainte Vierge, elle qui, de plus en plus, se fait ma Mère et ma Médiatrice toute-puissante.

Mon Dieu, me voici, je me livre à vous, à votre divin et céleste Bon Plaisir, pour accomplir en toute chose, unie à Jésus votre divin Fils et à Marie Immaculée, ma Mère chérie, tout ce qui peut être agréable à votre Cœur, parce que je vous aime. Et c’est parce que je vous aime plus que tout, et pour vous prouver la sincérité de mon amour, que je soumets tout mon être à accepter votre volonté, quelle qu’elle soit. Je vous prie, ô Dieu, de daigner vouloir que cette offrande soit en tout point bénie, admise, agréée; que, surnaturalisée par mon union au Christ, elle vous soit agréable en se convertissant, pour mon utilité et pour celle de tout votre peuple, au Corps et au Sang de votre Fils bien-aimé.

 

Ô toute bonne et toute miséricordieuse Vierge Marie, daignez exaucer les prières de ceux qui s’adressent à vous, et daignez obtenir le pardon et la rémission des péchés à ceux qui en font un humble aveu; afin que, recevant par vous le pardon de leurs fautes, ils goûtent les douceurs de la véritable paix du Christ.

^  3 avril 1930 (jeudi)

 

Si l’on me demandait: «Que vaut-il mieux faire, l’oraison ou la sainte communion?»... Les deux sont vivement à conseiller. Mais s’il faut porter une préférence, je crois que je répondrais: l’oraison; car l’oraison est une disposition et une préparation immédiate à la sainte communion.

«Que l’homme s’éprouve lui-même avant de manger de ce pain et de boire ce calice.» Or, comment s’étudier, se connaître, s’assurer de la fidélité de son amour, si ce n’est par l’oraison?

L’oraison prépare l’âme à la sainte communion; elle est le fruit de la bonne communion.

Une communion sans préparation et sans action de grâces, faites l’une et l’autre dans le recueillement de l’oraison, est de bien peu d’utilité pour l’âme... «Méditez souvent sur vos fins dernières, dit l’Esprit Saint, et vous ne tomberez jamais dans le péché.» Et cet autre: «Souvenez-vous, dans toutes vos actions, de votre fin dernière.»

La communion fréquente est un conseil, l’oraison est un divin précepte: «Priez, priez sans cesse». Or, il est difficile de bien prier et de prier sans cesse, si le cœur ne se remplit pas de bonnes, de saintes pensées, fruits de la méditation.

Il en coûte plus pour faire oraison que pour communier. La communion est un acte extérieur, qui est en lui-même un plaisir, une consolation, une joie pour l’âme... L’oraison, qui est un entretien secret entre Dieu et l’âme, dans les commencements surtout, est au contraire un assujettissement et une peine... Elle demande beaucoup plus d’effort...

La communion sacramentelle peut d’ailleurs ne pas être possible pendant un très long intervalle, à cause de différentes infirmités que Dieu envoie à sa créature pour l’éprouver, et cette privation, lorsqu’elle ne dépend pas de nous, n’empêche pas la sainteté. Et l’oraison, pendant que peut et doit se faire la communion spirituelle, est toujours possible, ne serait-ce que quelques minutes.

La communion ne suppose pas toujours la vertu: on peut communier et se rendre coupable du Corps et du Sang de Notre-Seigneur. L’oraison de chaque jour ne veut point dire qu’on soit vertueux, elle est cependant une preuve qu’on travaille sérieusement à le devenir.

Quelqu’un a dit: «On trouve des chrétiens qui communient tous les jours et qui sont en état de péché mortel, des chrétiens qui font des aumônes abondantes et qui sont en état de péché mortel, des chrétiens qui se mortifient en toutes manières et qui sont en état de péché mortel; mais on ne trouve jamais une âme qui fasse oraison tous les jours et qui demeure dans le péché.»

Qu’en lisant ces lignes, mon père spirituel ne se méprenne pas sur mes intentions et n’y voie pas un ralentissement dans l’empressement et l’ardeur de mon âme à faire la sainte communion. J’ai voulu seulement parler dans quelle erreur sont certaines âmes qui s’inquiètent beaucoup d’une communion qu’elles n’ont pas pu faire, et qui ne se soucient pas d’une oraison qu’elles auraient pu faire et qu’elles ont volontairement abrégée ou manquée, qui demandent avec instance et opportunité de remplacer une communion et qui ne se mettent pas en peine, lepouvant facilement, de remplacer une oraison.

Oh! nous qui savons le don de Dieu et qui connaissons ses desseins sur nous, faisons-nous une obligation de ne jamais laisser volontairement l’oraison, de la remplacer si nous avons dû ou l’abréger, ou la laisser. Nous souvenant que, tout comme pour la communion, l’oraison négligée laisse une lacune dans la journée d’une âme toute consacrée à Dieu.

Un très grand saint a fait remarquer très sagement qu’il faut toujours faire précéder la réflexion avant l’action. Autrement dit, il faut que les opérations de la vie active soient précédées et même sagement entremêlées de celles de la vie contemplative, pour la raison que si on peut bien entrer dans le ciel sans la contemplation parfaite, on ne peut guère marcher avec joie dans la voie du salut ni porter courageusement le joug du Seigneur sans une sorte de contemplation.

Voilà ce que les pères de l’Eglise ont bien compris, et c’est pourquoi ils veulent que l’oraison se fasse au commencement du jour, avant que chacun vaque aux occupations de sa charge.

Sage, très sage mesure!

Non moins sage, celle qui sème les exercices pieux tout le long du jour! C’est Marie venant au secours de Marthe.

Non, celui qui ne médite pas les vérités éternelles ne peut, sans miracle, vivre en parfait chrétien. Il est bien difficile en effet de résister à la tentation sans la méditation qui donne un tact délicat des choses saintes, et comme une divination des choses surnaturelles.

Toute la terre est désolée parce que personne ne réfléchit!!!...

^  4 avril 1930 (vendredi)

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La méditation, ou l’oraison, est un intime commerce d’amitié dans lequel l’âme s’entretient seule à seul avec Dieu, pour lui rendre ses devoirs d’amour, d’adoration, de louange, pour lui exprimer ses besoins, pour devenir meilleure, plus sainte pour sa gloire.

Je viens de dire que la méditation est un intime commerce d’amitié avec Dieu. Ces mots nous révèlent la grandeur, l’excellence de l’oraison.

L’oraison, c’est la vie du ciel! Dans le ciel, les anges et les saints vivent dans un intime commerce d’amitié avec Dieu; ils voient Dieu, ils l’aiment, ils ne se lassent pas de le voir, de l’aimer et de lui exprimer leur amour... Ils sont dans une oraison continuelle.

Sur la terre, l’âme participe à cette vie du ciel quand elle fait oraison. Il n’y a, en quelque sorte, que Dieu et elle dans le monde; l’âme oublie, pendant quelques instants du moins, tous les êtres créés et Dieu lui suffit amplement... C’est son apprentissage de la vie éternelle.

Dans sa miséricordieuse condescendance, Dieu est toujours prêt à nous recevoir. Il suffit de lui dire: «Mon Dieu», et il est là, ilnous écoute.

Oh! n’est-il pas vrai que Dieu est très bon et qu’il nous aime bien?... Comment n’être pas heureux en sa présence? Comment n’être pas confus d’être admis aussi facilement auprès de lui, et ne pas se hâter, par un acte d’amour bien fervent, bien sincère, bien généreux, de se donner à lui?

Comprenons bien le sens et la portée de ces paroles: l’oraison est un commerce intime avec Dieu; c’est un enfant qui parle avec son Père, une épouse avec son Epoux, une amie avec son Ami, une créature aimée, créée par amour, avec son Créateur souverainement, uniquement aimé.

La méditation a pour fin de rendre à Dieu nos devoirs, et le premier devoir dû à Dieu est l’adoration. N’est-il pas juste, en approchant de Dieu, de le saluer par les titres qu’il a bien voulu nous faire connaître? Il est notre lumière, notre consolation, notre force, notre soutien, notre protecteur, notre aliment, notre vie.

Ne ferions-nous que répéter lentement et respectueusement chacun de ces titres en ajoutant à chacun: «ayez pitié de nous», qu’il y aurait quelque chose de bien pieux, de bien doux, de bien utile pour nous.

Le second devoir dû à Dieu est la louange. N’est-il pas juste aussi, en nous approchant de Dieu, de le louer?...

Il est la souveraine Beauté, la souveraine Sagesse, la souveraine Sainteté! Il est la Miséricorde qui ne s’épuise jamais... la Bonté qui ne défaille pas... Il est immense, il est partout, il voit tout, il entend tout, il connaît tout!... Il est l’éternel Infini... Il est l’éternel Amour!

Et ne ferions-nous que lui dire: «Ô Dieu, nous vous louons!... Ô Dieu nous vous aimons... nous vous bénissons... nous vous rendons grâce!», n’y aurait-il pas quelque chose de bien vertueux, de bien généreux, de bien aimant?

Le troisième devoir envers Dieu, c’est la reconnaissance! N’est-il pas juste encore, en approchant de Dieu, de le remercier?

Que de grâces dans notre vie: grâce du saint Baptême, grâce de l’éducation chrétienne, de la première communion, de la conversion, de la vocation, de la persévérance. Grâces de l’intelligence, du cœur, de l’âme, de l’esprit, du corps... Grâces pour ceux qui nous sont chers, pour nos proches, pour tous.

Ne ferions-nous, après l’énumération de toutes ces grâces – et chacun en a de spéciales pour lui – que répéter: «Merci mon Dieu!», il y aurait quelque chose de bien beau, de bien grand, de bien saint!

Le quatrième devoir dû à Dieu est l’offrande de nous-mêmes! Il est très juste, en nous approchant de Dieu, de nous rappeler que par vœux nous nous sommes tout spécialement données et consacrées à lui en venant nous mettre à sa disposition pour qu’il fasse de nous tout ce qu’il voudra.

Il est mon Maître, il a donc le droit de m’employer à ce qu’il voudra, de la manière qu’il voudra, et tout le temps qu’il voudra.

Il est mon guide, il a donc le droit de m’emmener où il lui plaît.

Il est mon Directeur, il a donc le droit de tout exiger de moi.

Il est mon Père, mon Ami, mon Frère... Il est mon Dieu, ilpeut donc tout me donner et me refuser à son gré.

Nous sommes ses servantes et aussi sa victime; je suis donc à lui pour toutes choses.

La méditation a pour fin d’exposer à Dieu nos besoins! Elle a pour but de nous aider à devenir meilleurs, plus saints pour sa gloire. Et c’est bien là ce que doit se proposer tout chrétien!

 

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Effets de la méditation

 

C’est dans le travail et le repos de la méditation que se préparent et se font les grandes choses qui tiennent à la perfection de l’âme et à la gloire de Dieu.

C’est dans l’oraison, dans ces entretiens intimes et de tous les jours avec Celui qu’elle a choisi pour l’aimer uniquement, que l’âme reçoit ces lumières célestes qui lui révèlent tant de choses que le monde ignore. C’est là qu’elle apprend ce qu’est Dieu, ce qu’il mérite, comment il faut le servir et l’aimer, et ce que, par rapport à l’éternité, valent les joies, les honneurs, les plaisirs de la terre.

C’est là que s’opèrent les grands et les petits sacrifices; là qu’on trouve le courage qui les consomme et la foi qui les anime. C’est là qu’on verse de saintes larmes, là qu’on expie ses fautes à force d’aimer.

C’est là aussi qu’on émeut le Cœur de Dieu, qu’on le touche et qu’on lui arrache des paroles de pardon et de miséricorde.

C’est là que se féconde et se nourrit le génie de la charité, avec ses industries merveilleuses, ses ardeurs, ses ampleurs, ses prodiges. Toute œuvre qui n’a pas été mûrie dans l’oraison est une œuvre stérile ou sans suite.

C’est là qu’on trouve, pour toutes les bonnes œuvres et pour le salut des âmes, des secrets et une puissance que toute la science du monde et tout le pouvoir du génie ne suppléeraient jamais.

C’est là enfin, là surtout, que l’âme apprend à se connaître et à se mépriser, là qu’elle aperçoit, cachée au fond de son être, une foule de défauts à peine perceptibles, et pourtant si dangereux, et un grand nombre d’intentions imparfaites; là qu’elle distingue les ruses et les bassesses de ses passions qui se dissimulaient sous des apparences de vertus; là qu’elle puise la force pour lutter, la modération, le saint détachement d’elle-même, la patience et la joie dans les épreuves, et les ressources pour vaincre les tentations!...

Car dès qu’une âme est fidèle à l’oraison, quels que soient les péchés dans lesquels le démon puisse la faire tomber, j’ai pour certain que le Seigneur finira par la conduire au port du salut éternel.

Ne nous tourmentons pas cependant outre mesure sur la durée et la multiplicité des actes que nous produisons.

Si un seul retient unie à Dieu, il est inutile d’en produire d’autres; mieux vaut recommencer s’il le faut, et se méfier surtout des illusions toujours si fatales aux âmes contemplatives.

L’illusion sur l’oraison est une des plus funestes qui soit. Elle entraîne à l’orgueil, au mépris de la discipline, à l’entêtement, à la désobéissance, à l’erreur.

Ne quittons donc pas de nous-mêmes la méthode la plus simple, la plus commune; préférons toujours celle qui nous sanctifie à celle qui nous élève. Appliquons-nous dans l’oraison à produire des actes d’amour de Dieu et d’humilité, à apprendre à le servir et à nous soumettre à sa volonté... et attendons.

Quand Dieu veut qu’une âme monte plus haut que la voie commune, c’est lui qui l’appelle, lui qui l’attire et qui la fait monter, souvent même à son insu.

Au reste, l’oraison qui élève l’âme aux degrés sublimes de la contemplation peut bien être une de ces grâces stériles qui, quoique venant de Dieu, ne rendent l’âme ni plus sainte, niplus agréable à Dieu; un de ces dons qui sont quelquefois les effets de la sainteté, les récompenses de la sainteté, les marques de la sainteté, mais n’en sont jamais ni la cause, ni la sainteté elle-même, au lieu que l’oraison commune, par l’exercice des vertus les plus méritoires qu’elle fait pratiquer à l’âme, est la source féconde de toutes les grâces qui font notre sanctification.

Comme la foi nous enseigne que le moindre degré d’humilité, de patience, de charité, est devant Dieu quelque chose de plus estimable que le don de faire des miracles et de ressusciter les morts; parce que le don des miracles est une grâce infructueuse qu’ont eue quelques saints, mais qui n’a pas rendu saints et sans laquelle on peut être aussi saints et même plus saints. Du même principe, nous devons donc conclure que le moindre degré de l’oraison commune, suivant laquelle l’âme cherche à se purifier, à se détacher et à se perfectionner, est autrement important et d’un plus grand mérite que toutes les extases et autres dons qui supposent l’âme établie dans le repos de la contemplation.

Dieu ne discerne point les élus par la sublimité de leurs actes, mais par la fidélité et la générosité de leur vie.

 

Résolution: Je veux être fidèle, très fidèle à l’oraison de chaque jour, malgré les sécheresses, les ennuis, les dégoûts que je pourrais avoir... malgré les paroles désobligeantes, décourageantes, menaçantes que le démon pourra me répéter, comme il en a répétées à tant d’autres.

Fidèle, oui toujours. L’oraison est pour moi un devoir; elle est plus qu’un devoir, elle est pour moi un irrésistible attrait, elle est ma vocation et ma presque continuelle occupation, elle est l’essence, le besoin, la joie de ma vie. Dans les jours de trouble et de grands tourments, je me dirai: Dieu le veut... ma vocation le veut, cela me suffit! Je ferai l’oraison, je resterai tout le temps qu’on m’aura prescrit à l’oraison, je ferai le mieux que je le pourrai mon oraison, et quand l’heure de me retirer sera venue, j’oserai dire à Dieu: mon Dieu, je n’ai guère prié, guère travaillé, guère fait, mais je vous ai obéi. J’ai bien souffert, mais je vous ai montré que je vous aimais et que je voulais vous aimer.

 

Conclusion: Remercier Dieu de nous avoir si longtemps soufferte en sa sainte présence, et de nous avoir donné toutes les grâces que nous avons reçues.

Demander pardon du peu de respect, d’attention, d’amour que, peut-être, nous lui avons témoigné.

Le prier de nous bénir, et nous retirer en la douce compagnie de notre ange gardien.

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Il y a dans le monde à chaque instant du jour et de la nuit, des êtres ignorants, des êtres méchants et pervers qui blasphèment le saint nom de Dieu.

Il y a aussi, grâce à la prière, à la méditation, à l’oraison, à l’office divin et à l’office de la Très Sainte Vierge, à chaque instant du jour et de la nuit, des âmes consacrées à Dieu qui adorent, qui louent, qui bénissent et exaltent sa puissance, sa bonté, sa grandeur, sa miséricorde infinie, son divin amour.

 

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Le Seigneur envoie par toute la terre des anges pour recueillir toutes les prières que nous faisons au nom de l’Eglise, pour les offrir à Dieu en hommage, en expiation, en reconnaissance.

 

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A qui irions-nous dans nos peines, dans nos souffrances, dans nos tentations, dans nos troubles, dans nos inquiétudes, dans nos emplois, dans nos douleurs, dans toutes les craintes qui viennent tourmenter notre vie, si nous n’allions pas à Jésus?... Lui seul a les paroles de la Vie éternelle.

Qui donc peut nous consoler mieux que lui, nous conseiller, nous éclairer, nous diriger, nous fortifier, nous défendre comme lui? Jésus est pour tous les hommes, pour tous les fidèles sans doute, mais plus spécialement pour l’âme consacrée à lui, la source de tout bien, de toute consolation, de toute espérance, de tout amour.

Quand on a Jésus vivant avec soi, près de soi, en soi, que peut-on craindre?... La vertu, les actes les plus difficiles, les plus pénibles, les sacrifices les plus déchirants, les souffrances les plus cruelles, n’en sont même plus, quand on a près de soi et pour soi Jésus! Jésus est pour le cœur l’Ami qui partage tout... pour l’âme l’Epoux qui se charge de tout... le Père qui veille à tout et qui, pour nous, fait tout.

 

Les apôtres n’eurent rien de plus que nous. La Sainte Vierge n’eut rien de plus.

Ah! sans doute elle le voyait et le possédait d’une manière ineffable, mais ce Jésus qui était sa joie et son amour est aussi le nôtre!

Ô ma Mère, faites de moi, comme vous avez fait de tant d’âmes privilégiées, une âme eucharistique... une petite hostie pour Jésus.

 

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Ô Jésus, vous m’êtes tout en tout, mais particulièrement dans votre agonie au jardin de Gethsémani, dans vos délaissements au Calvaire, dans vos anéantissements dans l’Eucharistie!

 

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Les croix du chemin sont excellentes, mais plus sublimes encore sont les croix de la maison!

Les suprêmes épreuves intérieures où le Seigneur retire tout sentiment, toute lumière, toute consolation, toute espérance, ne voulant que la pure adhésion de la volonté, portent l’âme vers les hautes pensées, les grandes purifications, les nobles intentions, les saintes inspirations, les intimes ascensions... jusqu’aux divines perfections.

Jésus montre à tous que le chemin du ciel, c’est le chemin de la Croix, et rappelle aux grandes et aux petites âmes la douloureuse vision du Calvaire.

La Croix domine les temps et semble redire à tous les voyageurs de ce monde: Vous qui passez comme une ombre ici-bas, venez à Dieu car il demeure.

Vous qui souffrez, venez à lui, car il guérit les cœurs brisés.

Vous qui avez soif de bonheur, venez à lui... venez à Jésus crucifié, venez à son Cœur d’où jaillit la source d’eau vive.

Vous qui craignez la mort, venez à lui, car il est la vie.

Vous que le temps lasse, venez à lui, il est l’éternité.

Vous dont le cœur soupire après les délices de l’union éternelle, venez à lui, il est le Bien suprême, il est la Vérité, il est l’éternel Amour.

 

Jésus m’a fait comprendre ce matin par voie de communication, que la Croix serait désormais le grand livre dans lequel je dois lire et méditer tous les jours, qu’il n’en voulait point d’autres pour moi.

Oh! je veux aimer le souverain Bien!... Je vais bien m’appliquer à faire la sainte Volonté de Dieu!... Je lirai uniquement dans le grand livre de Jésus, dans le grand livre de la Croix, qui est aussi le livre de son Cœur.

Je veux l’aimer, l’aimer comme jamais encore il n’a été aimé!

Je voudrais que mon cœur n’eût de palpitations, de soupirs, d’aspirations, de désirs, de vie que pour Jésus... que ma langue ne sût parler que de Jésus... que mes yeux n'eussent de regards que pour Jésus... que ma plume ne sût écrire que le nom de Jésus... que ma pensée ne s’envolât que vers Jésus.

^  5 avril 1930 (samedi)

 

L’ange est venu cette nuit m’annoncer la douleur. Je l’ai bien accueilli, mieux encore que les autres fois, et me suis sentie bien décidée à correspondre entièrement à tout ce que Dieu demandait de moi. J’ai dit: qu’elle soit faite en tout, la volonté de Dieu.

Au même instant, toutes mes douleurs se sont ranimées, en même temps que se rallumait mon désir de souffrir toujours plus.

Durant plusieurs heures, j’ai éprouvé ce que j’appelle une agonie de mort; et j’ai vu se dresser pour l’avenir comme une montagne de peines. Que Jésus et Marie soient loués de tout.

Nuit de tourments sans arrêt, mais nuit de joie et d’amour.

 

Ce matin encore, pendant la sainte messe, j’ai eu un recueillement, une extase et il m’a semblé avoir eu de nouveau la vision intellectuelle de Jésus en Croix.

J’ai cru le voir au fond de mon cœur, me demandant de me renouveler toute en lui, et me disant que je n’obtiendrais la vertu d’humilité qu’en me quittant moi-même.

Je lui ai demandé comment je devais m’y prendre pour me renouveler toute en lui, et l’ai supplié de m’aider à me dépouiller de toute volonté propre.

Tout à coup j’ai été éclairée, et ce fut un monde de lumières et d’inspirations.

Alors je me remis tout entière entre les mains de mon Dieu, en lui disant: «Mon souverain et unique Bien, ô mon Amour et mon Tout, je m’abandonne toute à vous, et c’est avec vous, c’est en vous que je veux vivre et agir... et avec vous que je veux vous aimer. J’en fais le pacte.

Non, Seigneur, je ne me séparerai pas de vous, mais vous, de grâce, ne vous séparez pas de moi, restez toujours et toujours dans mon cœur.»

Comme je parlais encore, j’ai senti se resserrer les doux liens de notre union, mais toutes les paroles sont impuissantes à expliquer ce mystère.

Mon âme est dans la lumière, et la présence de Dieu est plus intime que jamais.

J’ai eu alors la connaissance très nette de mon néant, et c’est dans cette connaissance que je suis revenue à moi.

J’ai bien eu d’autres lumières que je dirai à mon confesseur, mais je ne crois pas devoir les rapporter ici.

^  6 avril 1930 (dimanche)

 

Ô mes joies... mon Amour... mon Tout!... Je pense intensément, comme on ne peut penser tous les jours, mais seulement les jours privilégiés, les jours "de grâces".

Mon Dieu, que vous êtes bon pour vos pauvres petites créatures!

Comme je reste immobile, trop prise par la joie intérieure... trop prise par Dieu pour bouger... Je suis à l’un de ces sommets où une présence aimée suffit à abolir toute autre préoccupation. Etainsi abîmée dans les ampleurs et les splendeurs merveilleuses de l’oraison, je songe à la beauté, à l’apostolat de la joie chrétienne: chant joyeux dans la nuit sombre, pieux cantique au milieu de l’orage, espoir divin et toujours montant à travers les ténèbres et l’angoisse des jours et élevant avec lui tous les cœurs déchirés, brisés, inquiets, par-delà les nuées de la terre et jusqu’aux cieux constellés d’étoiles.

L’amour dans le travail, l’espoir dans la détresse, la joie dans la souffrance... Sourire à l’épreuve, à la peine, et chanter dans les larmes, courageusement, pieusement toujours!

Il ne faut pas souffrir en rechignant, disait la petite sœur Thérèse, et comme des servantes mal payées.

Rien ne réussit bien que ce que l’on fait avec joie!

La joie, c’est un peu du ciel qui descend sur la terre. Joie de me savoir aimée et utilisée par Jésus à toute heure du jour et de la nuit.

Pour aider tous les autres affligés, tous les malheureux, tous les pauvres pécheurs à trouver le chemin du bonheur, je sème ma souffrance et ma joie. Voilà pourquoi je suis toujours gaie et contente.

Oh! que j’éprouve de joie de souffrir et de me consumer pour Jésus! Mais ce n’est pas moi qui souffre, c’est Jésus qui souffre en moi... c’est Jésus qui me consume en lui!...

Paix et joie vont de pair! Soyons donc des semeuses de joie, des semeuses de vérité, des semeuses d’éternité! Et chantons sous la pluie et l’orage, au soir comme au matin car, a-t-on dit, c’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière.

^  7 avril 1930 (lundi)

 

Tranquillité, liberté, douceur, lumière: il y a tout cela dans mon âme! Et Dieu s’y fait sentir... Il se révèle... Il se montre... Ilm’aime... Il est là!...

Comment n’être pas heureuse et bienheureuse en sa bien-aimée présence? Comment n’être pas émue et confondue d’être admise si facilement dans sa divine intimité, et ne pas se hâter de lui exprimer son amour quand on se sait tant aimée?

Ô ma pauvre petite âme, qui es là devant ton Dieu si riche et si puissant, devant ton Père si miséricordieux et si bon, devant ton conseiller si sage et si prudent, devant ton consolateur si tendre et si compatissant... demande, demande donc pour toi, pour tous ceux que tu aimes, pour tous ceux qui volontairement ou involontairement t’ont fait souffrir, pour tous ceux qui t’ont fait du bien (et ils sont si nombreux), pour tous...

Demande à ton Dieu, à ton Jésus, de rétablir l’union et la paix dans les nations, de rapprocher de lui tous ceux que tu as, et d’autres avec toi, ont éloignés de son divin Cœur par votre peu de douceur, de vertus et d’humilité. Demande-lui surtout de venir au secours de ses chers et bien-aimés prêtres dans leur bien lourd et si sublime ministère. Demande-lui de leur donner l’énergie, le courage, la piété, la vertu, la santé dont ils ont besoin. Demande-lui, pour eux et pour toi, l’amour, la lumière, la paix, la ferveur, le zèle pour faire le bien en promettant de devenir meilleure, plus fervente, plus dévouée, plus obéissante, plus soumise, plus amoureusement abandonnée au bon plaisir divin, plus affectueuse aussi; de faire toujours mieux, c’est-à-dire de mieux prier, de mieux travailler, de mieux souffrir... d’aimer toujours plus.

Exaucez, ô Dieu, dans votre miséricorde et votre souveraine bonté, les prières que je vous adresse pour la conversion des pécheurs, pour la liberté et l’exaltation de la sainte Eglise notre Mère, pour la sanctification des prêtres et des fidèles, par Jésus Christ Notre Seigneur.

Oh! doux rapport de l’enfant avec son Père, de l’épouse avec son divin Epoux, du pauvre petit être reconnaissant et plein d’amour avec l’Ami infiniment riche et puissant qui le comble de ses plus grandes grâces, qui n’est jamais las de lui donner, et lui jamais las de remercier.

Cette union est l’union la plus intime, la plus forte, la plus féconde en délices! C’est l’oubli de la terre, l’oubli de soi, l’oubli de la douleur, l’oubli de tout ce qui est humain... C’est le ravissement à toute vie terrestre... C’est la vue de Dieu, le sentiment de Dieu, lajouissance de Dieu... la paix et l’oubli en Dieu.

C’est la vie du ciel déjà commencée sur la terre, c’est la participation à cette vie céleste; c’est l’apprentissage de la vie éternelle, du bonheur qu’on y goûte et de la joie qu’on y reçoit.

Je n’insisterai pas davantage: ce bonheur s’indique, il ne se raconte pas, il se sent par l’âme appelée à cette vie avec Dieu... à cette vie toute en Dieu avec Jésus.

Je dirai seulement que c’est dans ces heureux moments d’audience divine, dans ses entretiens familiers et de tous les jours avec Celui qu’elle a choisi pour l’aimer uniquement, que l’âme reçoit ces lumières célestes qui lui révèlent tant de choses que le monde ignore. Là qu’elle apprend ce qu’est Dieu, ce qu’il mérite, comment il faut le servir et l’aimer et ce que par rapport à l’éternité valent les joies, les honneurs, les biens de la terre; là, comme je l’ai déjà dit, que s’opèrent les grands et les petits sacrifices, qu’on trouve le courage qui les consomme et la foi qui les anime; là qu’on demande pardon et qu’on trouve de douces et saintes larmes. Là surtout que l’âme se convertit, qu’elle expose ses besoins, qu’elle demande pardon de ses négligences, de ses lâchetés, de ses faiblesses, de toutes ses résistances à la grâce; là qu’elle prie l’amour de Dieu de venir en elle, la sagesse de Dieu d’habiter en elle, la miséricorde de Dieu de demeurer en elle, la toute-puissance de Dieu d’agir en elle. Voilà la nature de l’union! Et les avantages de l’union!

Dieu ne fera jamais rien de grand d’une âme qui ne s’efforce pas de vivre tous les jours dans son intimité.

^  8 avril 1930 (mardi)

 

L’amour vrai sait se taire, se reposer dans la confiance mutuelle, la simplicité, la paix!

C’est l’amour de Dieu, l’amour en Dieu qui m’a fait voir les amours de la terre comme bien fragiles, bien peu en rapport avec le besoin que je sentais en moi d’aimer toujours plus, d’aimer dans la souffrance, d’aimer par la souffrance, d’aimer jusqu’au sacrifice. Et c’est lui qui m’a conduite à Dieu qui est l’Amour pur, l’Amour complet, l’Amour parfait, l’Amour éternel.

En moi l’amour et le sacrifice se sont confondus dans une seule et même pensée, parce que l’amour vrai n’est autre que l’oubli absolu de soi pour s’occuper uniquement de l’Etre aimé, et se sentir disposé à lui sacrifier tout ce qu’il demande.

L’amour, c’est pour moi l’abnégation, le renoncement, l’immolation, la douleur, la croix. Je ne me suis donnée à Dieu que pour l’aimer, me sacrifier, m’oublier, obéir. A tel point que je m’imaginerais ne pas l’aimer, ou tout au moins ne pas savoir lui témoigner mon amour, si je ne l’aimais dans la souffrance, puisqu’aimer c’est se donner tout entière à Dieu et à Dieu seul, et, par ordre de Dieu et de la manière et dans la mesure que Dieu veut, c’est se donner au prochain.

Aimer, c’est donc tendre constamment à unir sa volonté à celle de Dieu, pour être sur la terre sa servante fidèle et dévouée, de manière à vouloir sans hésitation aucune tout ce que Dieu veut; à accepter avec paix et même avec joie tout ce qu’il permet; à faire avec bonheur et empressement tout ce qu’il commande par lui-même ou par ceux qu’il a établis nos supérieurs, dans le but de reconnaître sa toute-puissance, sa toute-sagesse, sa toute-bonté, sa toute-miséricorde, et de lui procurer ainsi toute la gloire qu’une créature sur la terre est capable de lui procurer.

Et cet amour, qui nous met volontairement et affectueusement sous la dépendance de Dieu, est facile aux anges du ciel et aux saints qui jouissent maintenant de la gloire; mais à nous qui sommes sur la terre, il est quelquefois un peu difficile ou tout au moins assez pénible, parce qu’il a des ennemis nombreux, puissants, ligués ensemble et qui sont implacables: Satan, le monde, la chair; le péché sous tous les noms, sous toutes les formes avec ses forces épouvantables, de quelque semblant qu’il se revête, est une contradiction active à l’amour. Le démon est celui qui n’aime pas, qui cherche constamment à arrêter, à paralyser, à détourner, à affaiblir la tendance qui porte l’âme à Dieu! Oh! nous qui avons reçu tant de grâces, nous surtout qui avons tant de fois uni à notre chair la pure chair de Notre Seigneur Jésus  Christ qui est tout amour, et qui, après tout, aspirons si ardemment à être unies à lui dans le ciel, fuyons le péché, fuyons le Démon qui multiplie autour de nous les obstacles.

Obstacles qu’il fait surgir du fond même de notre nature gâtée par le péché originel, et par conséquent toujours inclinée au mal.

Obstacles du côté des créatures, même les plus saintes, et pour lesquelles il cherche à exciter en nous des sympathies capables de troubler notre cœur, ou contre lesquelles il  excite des antipathies pour nous éloigner du prochain et par conséquent du Bon Dieu.

Pour aimer, c’est-à-dire pour se donner à Dieu et au prochain en vue de Dieu, et par amour pour Dieu, il faut donc combattre et combattre sans relâche.

Le but de la vie, c’est l’amour de Dieu! Or, la vie étant un mouvement continu vers le but, et l’unique chemin qui mène à ce but étant journellement obstrué par des obstacles quelquefois même très nombreux, toute l’activité de notre être doit s’employer à les vaincre par une lutte aussi incessante que sérieuse.

Pour faire un saint, il faut surtout beaucoup d’amour et beaucoup de bonne volonté et de courage.

Combattre est donc la seconde obligation de la créature, une nécessité pour tous. «La vie de l’homme sur la terre est une lutte incessante.» Celui qui ne combat pas ne mérite pas le nom si doux d’enfant de Dieu, et il devient tôt ou tard l’esclave du péché; ce qui veut dire du maître le plus tyrannique, le plus odieux qui soit.

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La vertu d’humilité ne s’acquiert jamais si bien que par la voie des souffrances et des tentations. Quand une âme est assaillie par de longues et fortes épreuves et qu’elle se voit sur le point de succomber, elle touche du doigt sa propre faiblesse et en demeure profondément humiliée; parce qu’elle reconnaît le besoin qu’elle a du secours continuel de Dieu, elle recourt donc à lui avec plus de sollicitude, plus de confiance et plus d’amour, et se garde avec plus de précaution pour ne pas s’exposer à des occasions de chute.

Souffrons donc avec bonheur les douleurs et les humiliations que Dieu nous envoie; elles sont pour nous, âmes consacrées à Dieu, ce que sont les tempêtes pour les flots. Elles nous gardent pures et aimantes. Elles mettent en nous plus de délicatesse, plus de défiance, plus de honte, plus de mépris de nous-mêmes, plus d’humilité, plus d’amour aussi; par conséquent, elles nous tiennent plus que jamais peut-être éloignées de toutes fautes et plus près du Cœur de Jésus qui aime les humbles, les petits, ceux qui ne comptent plus sur eux-mêmes et n’ont d’espoir qu’en lui!... Elles nous donnent la joie si douce de sentir que nous aimons Dieu.

Car de même, a dit quelqu’un, qu’une mer battue par la tempête rejette au loin toutes les immondices qu’elle a pu recevoir, de même l’âme exercée par la tentation se défait de toutes les impuretés dont elle s’était chargée dans un temps de calme.

La résignation douce, soumise, confiante en la sainte volonté de Dieu, voilà le secret d’être heureux... voilà le bonheur!

Douce, car le Bon Dieu est la douceur même, et la soumission doit être faite avec une aimable douceur. Soumise, car le Bon Dieu est tout-puissant. Confiante oh! oui, entièrement confiante en la bonté et en la miséricorde de Dieu, car la confiance est la voie du ciel la plus directe, la plus facile à suivre, et toute âme qui aime Dieu devrait aller à lui avec la confiance et la joie d’un enfant. Lorsque tout nous accable, lorsque l’adversité se jette sur nous comme un orage de grêle, qu’il est doux de se réfugier en la bonté de Dieu et de s’appuyer sur les mérites de Jésus Christ.

A quelle école apprendre mieux le détachement des créatures et la vénalité des choses de ce monde qu’à celle de la souffrance et de l’adversité? Les revers et les pertes de fortune, les désastres et les maladies, les afflictions et les malheurs nous montrent la fragilité et le néant des créatures. Elles détruisent ou diminuent les trompeuses espérances que nous mettions en elles, et peu à peu rompent les funestes liens qui attachaient nos cœurs à cette misérable terre.

La pauvreté, la souffrance sont les deux portes nécessaires pour entrer dans le royaume de Dieu.

Riches, ne repoussons pas la souffrance, elle nous conduira à l’éternelle joie.

Pauvres, aimons notre pauvreté, elle est le gage le plus sûr de notre prédestination divine. Alors, persuadés des vanités du monde et de la faiblesse des créatures, nous chercherons un autre point d’appui, un autre secours, quand nous verrons que tout s’en va autour de nous, que tout nous échappe.

Et cet appui, ce trésor, nous ne le trouvons qu’en Dieu, qui toujours nous reste; et en Dieu tout est bon!

Tout lieu où il nous met, toute condition où il nous place, conduit au ciel, mais surtout l’adversité.

L’adversité, qui renferme tous les germes de la souffrance, est un ascenseur puissant pour aller au ciel; il faut donc s’estimer bienheureux de la sentir attachée à ses pas.

De la souffrance offerte à Dieu sort une joie surnaturelle qui fait supporter, pour ne pas dire oublier, la douleur naturelle.

C’est une loi divine, et celle-là est immuable!

Acceptons-la donc! Tout sert pour mieux aimer! Tout est bon pour aller au ciel!

Lorsque la vie de Notre Seigneur Jésus Christ n’a été que souffrances et martyre, nous chercherions, nous, le repos et la joie?...

Ô mon âme, regarde donc au-delà de cet horizon matériel qui lasse tes yeux... regarde le Maître, heureux et ému du courage que tu te donnes, de l’amour que tu mets pour accomplir sa sainte volonté.

L’homme a été créé pour posséder Dieu, tout a été fait pour aider les hommes à arriver à ce terme, à cette plénitude ineffable.

Nous devons donc, ou nous en servir ou les laisser, selon qu’elles nous rapprochent ou nous détournent de lui.

Au milieu des sombres jours de l’exil, dans les amertumes, dans les déceptions, dans les larmes, comment vivre?... Comment respirer? Comment trouver la force de continuer la route sans une espérance au cœur?

Il est tant d’heures dans la vie où les voix de la terre sont impuissantes à consoler, où la coupe du bonheur paraît épuisée à jamais, où toute joie est morte, où tout semble se dérober et attirer vers l’abîme...

La plus affreuse désespérance se rue alors sur la pauvre âme désemparée et lui livre de très violents assauts.

Où se tourner?... Où porter ses regards?... Où chercher du secours, si ce n’est en Dieu, qui n’est pas un tyran, mais un Père! Dieu, la force du juste, le pardon des pécheurs, le secours des opprimés, la lumière de tous...

Dieu, la Miséricorde, l’Amour, la Joie, la Tendresse infinie!

 

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Deuxième cahier

 

 

Aux âmes chrétiennes pour la gloire de Dieu

 

 

«Fais de ta vie une ascension.» Il ne fut peut-être pas une époque où le divin Rédempteur du monde, le Seigneur des anges, n’étendît vers nous du haut de sa croix plus grand, plus amoureusement ses bras, ni avec plus de tendresse (plus de désolation aussi) et ni enclin à plus de pardon. Il ne dut jamais sans doute prononcer d’une voix plus vibrante, plus aimante (plus douloureuse et plus affligée) l’appel suprême et si sublime du «venez tous à moi».

Ce Dieu que nous avons crucifié par nos péchés et nos ingratitudes, ce tendre Libérateur que nous crucifions encore chaque jour, quand donc lui rendrons-nous amour pour amour? Le saint Curé d’Ars disait: «Quand vous allez communier, vous allez déclouer Notre-Seigneur.» Oh! clous infâmes qui ensanglantez les membres innocents de Jésus, venez et transpercez nos cœurs de douleur et d’amour!

Mes sœurs bien aimées, Dieu nous appelle, la vie d’ici-bas est un aujourd’hui qui n’aura peut-être pas de lendemain pour nous, puis nous savons ce que nous pouvons faire aujourd’hui et demain peut-être il n’en sera plus ainsi. L’Imitation dit aussi: «Vous savez encore ce que vous pouvez faire pendant que vous êtes en santé, mais malade, vous ignorez ce dont vous serez capable.» Il est donc d’une extrême importance de mettre le présent à profit, car l’éternel et mystérieux demain, il n’en serait peut-être plus temps! Ne soyons plus des âmes molles et tièdes dont la conduite et les devoirs sont autant de soufflets infâmants jetés à la face adorable du Seigneur, et autant de flèches cruelles blessant la sainteté de ses regards. Ne restons pas dans la tiédeur quand même nous serions incapables de commettre de grandes fautes; somnolence malheureuse, la tiédeur est l’escalier qui descend à l’aveuglement dans le péché. Appliquons-nous chaque jour à rendre notre âme belle et travaillons à notre bien religieux et moral, mais pas en suivant la route plate des âmes moyennes; embrasons-nous du désir d’avancer en montant toujours, comme si nous étions à la veille de recevoir la récompense de nos travaux.

Souvenons-nous que Dieu repousse avec une horreur douloureuse les cœurs partagés, mais il se tient aux côtés de l’âme bien disposée, la tenant par la main, la soutenant pour franchir les abîmes.

N’est-il pas dit également des âmes relâchées «que le paradis les rejette et que l’enfer les dédaigne»? En ces jours troublés et mauvais, la religion a besoin d’âmes vigilantes et de volontés fermes pour triompher des obstacles permanents qui, à chaque instant, se lèvent devant nos pas et nos résolutions pour nous faire chanceler et reculer. C’est en renouvelant souvent nos saintes résolutions de servir Dieu et de l’aimer de plus en plus sans nous décourager jamais, que nous arrivons à les mieux tenir; ne nous troublons pas alors si nous n’avançons que pas à pas; c’est le Seigneur qui le veut ainsi. Voyant notre sincère et constante volonté, il nous donnera lui-même tout ce qui nous manque. Cequi est le plus utile, c’est oublier «son moi». Jésus a dit: «La paix est aux âmes de bonne volonté».

Que notre conduite soit de telle sorte à forcer les méchants à glorifier le Seigneur. Pour cela, nous devons être des âmes montantes, de vraies chrétiennes non seulement devant Dieu, mais devant tous les hommes. N’oublions pas que dans le service de Dieu il n’est point de petite vie, que seule importe la façon de la remplir. Ne pensons point avoir fait tout notre devoir quand nous avons assisté à la messe le dimanche, ce serait ne voir de la religion que l’extérieur.

Selon ses vues, le Seigneur confie à chacune de nous une faible parcelle de ses biens; il ne nous demande pas toujours, non plus qu’il ne demande à tous les mêmes choses, ni de grands sacrifices, mais de faire très bien et en vue de lui plaire, de l’aimer, la tâche qu’il demande à chacune de nous. Un acte de vertu, petit en lui-même, peut être d’une très grande valeur quand il est déposé dans les mains toutes-puissantes de Jésus.

Laissons Dieu se servir de nous, comme des instruments de sa parole et de sa volonté. Non! rien n’est petit pour la plus grande gloire de Dieu. Travailler en tout pour lui, c’est servir humblement une grande cause. Donc, que rien ne demeure improductif entre nos mains. Quand il faudra comparaître devant la face du Juge, nous aurons à rendre compte du plus petit don reçu; nulle excuse ne sera admise; nul délai ne sera plus accordé. Plaçons en Dieu toute notre espérance et nous posséderons la paix. Notre divin Maître nous demandera compte de toutes les grâces qu’il nous aura faites et il voudra beaucoup de celui à qui il aura donné beaucoup. Aimons, servons pour répondre à tant d'innombrables faveurs! On fait beaucoup quand on aime beaucoup et on aime beaucoup quand on fait la volonté de Dieu et non la sienne».

Ne cessons jamais d’aimer. Engageons-nous humblement et par amour dans le sentier ardu mais glorieux de la perfection chrétienne. C’est généreusement et de toutes nos forces que nous devons aimer et glorifier Dieu. Aimer, c’est mieux que parler, c’est prouver. Les saints sont des êtres qui ont fait peut-être beaucoup moins que bien d’autres, mais ils ont accompli parfaitement, et en aimant Dieu de toutes leurs forces, le peu qui leur était demandé. Si, dans sa souveraine Sagesse, le Seigneur nous a remis cinq talents... prenons bien garde de les dissiper, de les semer au vent de l’erreur, à la fumée des flatteuses promesses et des jouissances malsaines; surtout n’imitons pas non plus le mauvais serviteur de la parabole, n’enfouissons pas les trésors divins dans la boue des négligences, des flatteries trompeuses, ce serait nous tromper nous-mêmes. On ne peut tromper le Seigneur; l’action la plus secrète, comme la plus petite créature, est connue de lui; elle lui apparaît plus clairement qu’il ne nous est donné à nous-mêmes de voir briller un miroir en plein soleil de midi. Et dire que c’est pourtant devant Dieu seul qu’on ose commettre ce qu’on ne ferait devant aucune créature... Pour être un mauvais serviteur, puisqu’il suffit de ne point faire fructifier les dons reçus, combien grandes alors seront les peines pour l’âme qui en use comme d’un bien à elle ou qui, plus encore, les fait servir contre l’auteur de la grâce? La mauvaise disposition d’esprit change en obstacle les plus puissants moyens de salut. Veillons, pour ne pas abuser des bienfaits de Dieu, et surtout ne nous servons pas de ses dons pour l’offenser.

Ceux qui vivent trop au milieu du monde et qui se livrent trop à lui perdent beaucoup des lumières et des grâces que Dieu donne aux âmes qui cherchent uniquement le bien et la vérité. Celui qui ne laissera pas passer une parole oiseuse ne regardera pas non plus d’un œil indifférent une vaine jouissance. Aimons mieux nous rendre à la maison des larmes, à la maison où l’on souffre, qu’à la maison des fêtes et des matérielles joies. Ah! si l’on savait goûter combien le Seigneur est doux... notre cœur n’est-il pas tout brûlant au-dedans de nous quand nous écoutons sa voix intime? Plus le divin Maître remplit nos faibles mains, plus il entend  que nous portions des fruits, et de bons fruits. Ce n’est pas tout d’assister à de beaux sermons, d’entendre prêcher les Evangiles du Seigneur. Ce qu’il faut surtout c’est l’écouter attentivement, le suivre et lui obéir avec docilité. On appartient à Dieu quand on pratique ses commandements. Profitons des divines leçons que nous enseignent nos prêtres, puisque par eux c’est encore Notre Seigneur Jésus Christ qui nous parle. Nous devrions faire monter vers Dieu des prières incessantes pour ceux qui nous enseignent la vérité et qui élèvent nos âmes vers la lumière, qui nous ouvrent les secrets de l’Écriture. Que ferions-nous, que serions-nous sans ces âmes vaillantes au milieu des tempêtes, des attaques dont souffre la sainte Eglise? S’il en est, hélas! qui se rendent indignes de la sainteté de leur mission, la fidélité, la vertu des autres n’en est que plus sublime. Souvenons-nous que la religion chrétienne est toujours la même et qu’il ne nous est pas permis de condamner mais de relever, de prier, d’exhorter au repentir, au retour, les malheureux égarés qui ont perdu la voie droite. Médire d’un prêtre est plus grave que de maudire son père et sa mère. Ceux à qui il est donné d’enseigner la vérité, de donner la vraie vie aux âmes, brilleront d’une merveilleuse splendeur au firmament éternel; à celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, Dieu promet de le combler d’une récompense qui dépassera tout ce qu’on peut imaginer. Il déposera sur leur front une lumineuse auréole. Dans l’Evangile, Jésus fait du prêtre l’arbitre de nos consciences ici-bas, le dépositaire de sa miséricorde et du pardon, et son unique représentant: «Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez...» Baissons notre tête sous leur main qui absout, c’est toujours Jésus qui parle et pardonne en eux. L’Apôtre dit aussi: «Si vous ne croyez pas en nos paroles, croyez à nos actes.»

Je vous supplie et vous conjure, ô Dieu d’Amour, de soutenir de vos mains toutes-puissantes tous vos ministres, précieux guides de notre faiblesse.

Un jour, Dieu demandera compte à chacun de toute bonne parole, de tout enseignement chrétien qui sera resté inutile au perfectionnement de notre âme. Agissons donc en tout de façon à ne point avoir à redouter ce moment suprême. Vivons comme nous voudrions être trouvées quand la mort viendra nous surprendre. L’Apôtre a dit: «Notre conversation est dans le ciel.» Notre conduite aussi est dans le ciel.

Sous les regards vigilants et si paternels de notre Père des Cieux... armées du tout-puissant et très miséricordieux secours de la grâce, il n’appartient qu’à nous d’être des vases d’honneur, des porteuses de lumière, des semeuses de bons exemples. Dieu étant lui-même Lumière et Vérité, nous devons nous-mêmes être des enfants de lumière et de vérité. Il est toujours prêt à aider ceux qui espèrent en sa grâce. Avec confiance, demandons-lui toujours: «Aidez-moi, Seigneur, dans mes saintes résolutions pour vous servir.»

«Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce que le royaume des Cieux leur appartient.» Mais, objecte-t-on de toutes parts, je ne suis qu’un très petit vase, sans aucune valeur. – Mais pourquoi oublie-t-on toujours que, dans la maison de Dieu, il faut des vases de toutes valeurs et de toutes grandeurs? Admirons au contraire la bonté de la Providence qui proportionne les moyens et les devoirs au besoin et aux forces de chacun. Dieu sait bien mieux que nous que notre faiblesse est sans fond, et n’est-il pas toujours prêt à nous revêtir de sa force dès qu’il voit nos bonnes dispositions? Combien nombreuses aussi sont celles qui disent sans réfléchir: je ne suis peut-être pas une âme appelée... Toutes les âmes sont appelées, et si nous ne sommes pas élus, c’est souvent de notre faute!

Point n’est besoin d’engagement particulier, ni d’être revêtu d’un habit religieux; il n’est pas nécessaire non plus d’entrer dans un monastère ni dans une maison particulière pour être unie à Notre Seigneur Jésus. De nos jours, beaucoup n’osent pas s’enfoncer dans la vie chrétienne, dans la foi parfaite, craignant qu’en voyant leur piété on ne veuille plus les laisser vivre dans le monde. Coupable et lamentable erreur... quand donc, ô mon Dieu, prendra-t-elle fin? Non, rien de tout cela n’est obligatoire. Ce qu’il faut bannir à tout prix, c’est la morne et tiède indifférence.

Qui suit la doctrine du Sauveur et fait ses œuvres lui appartient, et l’on fait ses œuvres dans toutes les actions où l’on met l’intention pour Dieu et lui plaire.»

Tout parle quand on aime. Il faut accepter la volonté de Dieu dans les petites choses comme dans les grandes. Qui donc nous aime plus que Dieu? Et qui devons-nous aimer davantage que lui?

Le sacrifice, c’est le bonheur! Donnons au divin Maître toute notre reconnaissance, tout notre amour; une piété vraie, simple et forte révèle une grande âme, et c’est en nous imposant de petits sacrifices que nous pouvons résister au mal et pratiquer la vertu.

Beaucoup disent également: je ne me reconnais aucune aptitude, et je me rends facilement compte que j’ai bien moins de ressources, c’est-à-dire que j’ai beaucoup moins reçu qu’une telle qu’il m’est donné d’observer, je le reconnais bien moi-même... et que l’on ne peut donner que ce que l’on possède...

Vis-à-vis des dons, des grâces de Dieu, il ne nous est pas permis de faire des comparaisons, les comparaisons n’étant jamais justes, et moins encore quand il s’agit du divin. Dieu est maître de ses dons, il les distribue donc quand et comme il lui plaît, et à qui il lui plaît, et j’ajouterai: à qui se dispose le mieux à les recevoir pour l’aimer. Chaque âme reçoit sa grande part... toute âme est comblée de grâces.

Nous n’avons donc le droit, quoi que le Seigneur nous envoie, ni de nous glorifier, ni de nous plaindre, mais nous avons toujours le devoir de remercier, de nous humilier, de bénir. Si nous possédons peu, cultivons peu; mais si, au contraire, nous avons reçu beaucoup (et comme nous recevons tout) cultivons beaucoup. Le bon usage de toutes choses est source de richesses, tandis que l’abus de ce qui nous paraît insignifiant est la porte ouverte au dénuement, à la misère. Que chacune de nous se conduise donc selon ce qu’elle a reçu, selon ce qu’elle reçoit à chaque instant du céleste Distributeur et selon ce qu’il lui demande; qu’elle s’applique à se sanctifier au lieu et place et dans l’état où il la veut.

Il est tant de valeurs qui reculent en face de la perfection, ilen est tant d’autres qui restent volontairement dans l’ignorance. A l’exemple de la veuve du Temple, mettons toute notre indigence entre les mains toutes-puissantes de Jésus. Donnons-lui toute notre indigence, et par lui elle deviendra un grand trésor. Le petit grain de froment qui apparaît à nos yeux terne et sans attrait renferme cependant à lui seul, dans toute sa petitesse, une plus grande merveille que le sommet de la plus haute des montagnes.

Toute âme qui monte est une entraîneuse! Le monde ne se spiritualise pas en masse ni soudainement, mais petit à petit et individuellement.

Il est certain qu’aucune de nous ne saurait être assez aveugle et assez orgueilleuse pour croire qu’elle arrivera par elle-même, par ses propres forces, à changer la société... mais ce sont les individus qui font la société. Si donc chaque personne recevait tour à tour la vérité et la pratiquait, l’heure ne viendrait-elle pas où le progrès vers le bien, vers le divin, naîtrait enfin et se développerait? On ne fait pas le bien sans qu’il en coûte. Dans nos luttes, pensons à Celui qui supporta toute sa vie l’infini des contradictions. Apprenons de lui la patience dans le combat, sans jamais perdre courage. Nous pouvons nous attrister, mais jamais nous décourager. Si tous les chrétiens élevaient leurs enfants selon les enseignements de l’Eglise, ne serait-ce pas préparer le triomphe de la religion et de la morale? Quant à ce qui nous revient personnellement, n’est-il pas de notre devoir, n’est-ce pas bon et consolant (sans vouloir prétendre changer la masse) d'avoir la conscience que nous, du moins, nous voulons accomplir cette tâche sacrée? Mais en cherchant à faire aimer Dieu, à faire le bien, que ce soit toujours très discrètement, sans chercher à imposer... surtout dans le monde; que nos conseils soient des prières, de l’affection et non des ordres.

Ce n’est qu’au ciel que nous recevrons la récompense, fruit de nos efforts! Mais ici-bas, Dieu a, dans sa sagesse, chargé chacun de nous du soin de son prochain, et l’exercice de la charité est le premier des devoirs. Nous devons aimer toutes les âmes dans leurs diverses situations, dans leurs craintes, leurs épreuves, leurs défaillances, leurs regrets, leurs efforts, et nous devons les relever en les remettant sur la voie qui conduit à la vie. Dieu nous demande de porter le fardeau les uns des autres. Promettons donc de tout notre cœur au souverain Roi de pratiquer la charité comme il le veut, quand bien même nous n’aurions pas beaucoup d’occasions de le faire. Au reste, les occasions ne manquent pas quand on n'en laisse échapper aucune; et il ne s’agit pas, ni il n’est besoin pour cela, de faire des actes éclatants, mais seulement d’être fidèle à accomplir tout ce que Dieu met sur notre chemin, tout ce qu’il place à notre portée. Pour cela, il nous faut et nous devons mettre à chaque instant de notre existence et toute notre existence nos croyances en pratique... par les œuvres. Nous sommes nous-mêmes les artisans de notre bonheur, donc refuser d’avancer ou ne pas chercher à le faire, c’est refuser le bonheur dès ici-bas. Mais il ne faut pas croire pour cela que notre vie ne sera qu’amertume et douleur et que nous sommes obligés à n’avoir que douleur et tristesse dans le travail, sans rien recevoir, sans récompense actuelle. Nous recevons de la part de Dieu, et à tout instant, infiniment plus que nous ne pouvons donner, Dieu ne se laissant jamais vaincre en générosité. Chaque jour nous recueillons les fruits de nos labeurs, chaque jour nous recevons le prix de notre travail. Ouvrons les yeux face à la lumière et nous verrons alors si Dieu ne nous récompense pas au centuple dès cette vie, car tout travail reçoit son salaire, toute peine sa récompense, et ce n’est que la dîme de ce que nous recevrons là-haut, si nous avons vaillamment persévéré dans la vraie voie, si nous avons combattu le bon combat. Il appartient donc à nous de faire de la vie, que Dieu nous donne, une vie d’amour, un pèlerinage de bonté. Nous le pouvons, nous le devons. Il faut le vouloir. Que toutes nos actions soient en vue de l’éternité, soit dans le sacrifice, soit dans la pénitence, soit dans la croix... enseignez-nous, Seigneur, à faire votre volonté. La souffrance, quand on la voit uniquement en Dieu, est le puissant levier de l’âme; tout ce qui purifie, sanctifie; tout ce qui sacrifie rend meilleur, donc heureux. Les épreuves sont des grâces, puisque Dieu nous les envoie pour notre bien; c’est pourquoi nous devons le bénir dans la tristesse comme dans la joie. Dieu est bon dans tout ce qu’il fait. Sans doute, la soumission à sa volonté n’empêche pas la tristesse, mais elle l’adoucit, la change en rapprochant de lui.

N’est-ce pas le seul et vrai bonheur, que celui de sentir son âme bonne, pure, toute à Dieu et en lui? N’est-ce pas en vivant irréprochable qu’on vit heureux et plein d’espérance? Et, sur cette terre, pour vivre irréprochable, il faut qu’il en coûte. L’âme ne peut atteindre au sommet de l’amour que si le sacrifice et le renoncement en sont la base... Et quand le sacrifice et le renoncement sont dans l’immolation de la croix, elle connaît et jouit de la pure et divine joie des âmes qui possèdent Dieu. Les consolations sont à même nos douleurs. Le vrai bonheur, la véritable paix ne règne que sur le chemin du Calvaire, mais ce n’est ni le bonheur, ni la paix tels que le monde les désire, ou plutôt qu’il cherche sans les trouver nulle part. L’Ecriture dit bien vrai en disant: «Il n’y a point de paix pour l’impie». Qu’il fait bon, qu’il fait toujours meilleur monter, surtout quand c’est au sein de l’épreuve! C’est en portant la croix qu’on apprend la vraie vie chrétienne, je pourrais dire l’essence, la mœlle de la vie chrétienne et la science du salut. Plus une âme s'approche de Dieu, plus elle reflète la lumière. En haut les cœurs! En haut les pensées! En haut les désirs! Saint Jérôme conseillait à ses dirigées «de tenir les yeux sur leur ouvrage et leur cœur au ciel». Un autre saint disait: «Si servir Dieu, c’est régner, souffrir pour lui, c’est jouir.» Nous n’aurons part à la béatitude qu’après avoir eu part aux tribulations dont Jésus fait part à ceux qu’il aime. Ici-bas, les caresses de Jésus sont des épreuves, des croix, mais les épreuves, les croix deviennent de douces caresses quand c’est les mains bien-aimées de Jésus qui les donnent. Une âme qui souffre est moins une âme que le Seigneur a frappée qu’une âme qu’il a choisie et qu’il aime; c’est pure vérité que les âmes qui souffrent par la volonté divine seront dans la joie à mesure qu’elles comprendront la merveilleuse part qu’il leur a donnée. Le Seigneur ne mesure ni sa gratitude ni sa récompense; jamais il ne se laisse vaincre en générosité. Comme le feu éprouve le fer, c’est ainsi que nous devons être éprouvées par toutes sortes de peines, mais si nous avons en vue Dieu seul, la souffrance ne nous troublera pas...»

Je reviens à mon sujet. Je disais donc que nous devions croire et agir en croyants. Que sert la croyance sans la pratique? Que sert la pratique sans les œuvres? Je ne veux pas dire pour cela que toutes les œuvres de tous les chrétiens soient bonnes en soi et louables. Non, non! car toutes ne sont pas saintes et pures, toutes n’ont pas l’approbation de Dieu, toutes ne sont pas basées sur les commandements divins, hélas! Pas davantage, je ne veux dire que toutes les œuvres des incroyants soient mauvaises. Non encore, trois fois non! De grandes preuves nous témoignent le contraire. J’ajouterai donc encore une fois pour nous: veillons sur nous, parce que le monde et son modernisme nous abusent malgré nous et nous fascinent. La masse a constamment les yeux fixés sur nous... nous nous devons donc de donner l’exemple en nous dirigeant, en nous élevant vers le bien, vers les sommets. L’efficacité de l’exemple est d’une très grande portée, et les pieuses et saintes actions ne peuvent pas toujours être ignorées. Ceci ne veut pas dire qu’il faille les publier à grands renforts, bien loin de là. Le proverbe dit: le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas le bien.

Il est utile parfois que les nobles actions, que les grands sacrifices, que les vies pieuses et héroïques sortent de l’ombre et soient connues pour être imitées.

J’ai dit plus haut que nous devions être de vraies chrétiennes devant Dieu et devant les hommes; on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau. Cette lampe, c’est la clarté du bon exemple. «Que votre lumière luise parmi les humains, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux.» L’humilité ne doit point nous faire oublier que nous nous devons d’édifier les autres par nos bons exemples. Ne tenons pas compte des railleries. Quoi que nous fassions, il y aura toujours matière à critique. N’oublions pas surtout que nous ne poursuivons pas un but. Le Bon Dieu n’a pas besoin de nous, ni de personne non plus. Il n’a pas besoin de nos louanges, mais ildaigne, dans son infinie bonté, se servir de nous. Il daigne écouter et exaucer nos prières et recevoir nos louanges.

A l’heure actuelle où il est parlé du mal partout, où partout il est étalé au grand jour, je dirai même encouragé, payé, voté! Que d’adeptes différents a le mal sur toute l’échelle de la société! Ne craignons pas de le dire: la dépravation et le mal ont pour eux de hardis apôtres et instigateurs, lesquels ne se découragent jamais et ne reculent devant aucun obstacle, aucune difficulté, aucune peine, ni devant personne... sauf devant la vérité. L’égoïsme et l’orgueil se développent dans des proportions lamentables. Nous sommes, nous, les ouvriers du Bon Dieu, c’est donc à nous d’arrêter cet état de choses. Comment?... par l’action, la conduite qui édifient; par l’amour, la prière et la charité. Oui! que l’amour et la charité abondent en chacune de nous. Aimons! Réalisons cette profonde définition du mot: aimer... La vie spirituelle est à la base de l’amour, elle nous conduit à la charité, au dévouement, à l’oubli de soi. Ayons horreur du mal, mais ayons pitié et soyons miséricordieux pour ceux qui le commettent. Jésus a dit: «Heureux les miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde.» Comment pouvons-nous savoir que nous ne nous trompons pas dans nos jugements quand nous nous égarons si facilement et si souvent sur bien des points? Ne condamnons jamais notre prochain, cela ne nous appartient pas. Les personnes de qui nous parlons défavorablement peuvent avoir tant d’excuses connues de Dieu seul. Imitons le bon Maître, et soyons toujours enclins à la miséricorde. Détournons-nous du mal, mais quand il apparaît à nos yeux, pensons que nous ferions pis peut-être, si Dieu ne nous tenait par la main.

Il ne faut pas penser ce qu’il y aura à faire dans dix